jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2400439 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Autres délais-Etrangers-2 |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 février 2024 et 11 mars 2024, Mme C D, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour raison familiale, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et dans l'attente de la munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur le refus de délivrance du titre de séjour :
- le préfet doit justifier de la compétence de l'auteure de la décision ;
- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie familiale et privée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie familiale et privée ;
- elle est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an :
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie familiale et privée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, en ce qu'elle a été enregistrée après l'expiration du délai de recours contentieux de quarante-huit heures ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.
Par décision en date du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. B conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Cavelier, représentant Mme D qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante de la République du Congo, est entrée en France le 16 février 2015, munie d'un visa de court séjour. Le 8 avril 2017, elle a épousé à Alençon (Orne) un ressortissant congolais, père de son fils né le 13 novembre 2015 dans la même ville. Le 13 mars 2019, elle a sollicité son admission au séjour pour raison familiale et privée, le préfet de l'Orne a refusé de faire droit à cette demande, assortissant son refus d'une obligation de quitter le territoire français le 2 octobre 2019. Le 14 juin 2021, elle a formulé une nouvelle demande de titre de séjour à laquelle le préfet a opposé un refus implicite. Par l'arrêté contesté du 7 juillet 2023, le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :
2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / () ". Et selon l'article L. 614-6 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / () ". Enfin aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative dans un délai de quarante-huit heures à compter de leur notification par voie administrative.
3. Il est constant que l'arrêté en litige a fait l'objet d'un envoi postal, et n'a pas été notifié par voie administrative en méconnaissance des dispositions précitées, au surplus la copie de cet arrêté produite à l'instance ne comporte ni l'heure, ni la date, ni les signatures de l'agent notificateur et de l'intéressée. Il suit de là que le délai de recours de quarante-huit heures ne lui était pas opposable. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet de l'Orne tirée de la tardiveté de la requête de Mme D doit être écartée.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur l'étendue du litige :
6. Il n'appartient pas au magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif, saisi dans le cas prévu aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la mesure d'éloignement est fondée sur le maintien en situation irrégulière après expiration d'un document autorisant le séjour, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. En conséquence, les conclusions dirigées contre la décision de rejet opposée à la demande de titre de séjour pour raison familiale de Mme D et les conclusions aux fins d'injonction, en ce qu'elles en sont l'accessoire, doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Caen. Il en va de même des conclusions présentées en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre de cette instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, entrée sur le territoire français le 16 février 2015, a eu un enfant né en France, le 13 novembre 2015, avec un compatriote, M. A, qu'elle a épousé le 8 avril 2017. Détenteur d'une carte de résident valable jusqu'en 2031 et exerçant la profession d'agent de sécurité incendie, M. A a vocation à rester durablement sur le territoire français faisant obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer au Congo. Si Mme D et M. A sont en instance de divorce, il ressort de l'ordonnance du juge aux affaires familiales du 23 novembre 2023, que l'autorité parentale est exercée en commun par les deux parents, qu'un droit de visite a été octroyé au père à hauteur d'un week-end sur deux et de la moitié des vacances scolaires avec une contribution mensuelle de cent quatre-vingt-sept euros pour l'enfant. Il ressort également des relevés de compte bancaire que M. A procède à des virements réguliers au profit de leur compte joint d'un montant supérieur à la contribution fixée pour l'enfant et a signé un bail d'habitation pour y loger Mme D et leur fils, qu'il contribue ainsi à l'entretien et à l'éducation de son fils. Dans ces conditions, l'exécution de l'arrêté attaqué aurait pour effet de priver l'enfant de la présence régulière de son père. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'obligation de quitter le territoire français du 7 juillet 2023 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision refusant un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
11. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'arrêté en litige implique que le préfet de l'Orne examine la situation de Mme D et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il ait statué sur son cas. Il y a lieu de lui fixer à cet effet des délais d'exécution respectifs de deux mois et quinze jours.
12. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Et aux termes de l'article R. 613-7 du code précité : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Enfin aux termes de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription / () ".
13. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Orne fasse supprimer dans le système d'information Schengen le signalement de Mme D aux fins de non-admission résultant de l'interdiction de retour édictée à son encontre. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de prendre toutes les mesures utiles pour procéder à cet effacement sans délai à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions aux fins d'annulation de la décision relative au séjour, les conclusions aux fins d'injonction qui en sont l'accessoire et les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sont réservées jusqu'à ce qu'il y soit statué en formation collégiale.
Article 3 : Les décisions du 7 juillet 2023 du préfet de l'Orne portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont annulées.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de l'Orne de réexaminer la situation Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours.
Il est également enjoint au préfet de l'Orne de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de Mme D aux fins de non admission dans le système d'information Schengen sans délai à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Cavelier et au préfet de l'Orne.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
X. RIVIERELa greffière,
Signé
D. LEGOUBIN-PERCHERON
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026