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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400460

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400460

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantWAHAB

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 2400460, par une requête, enregistrée le 20 février 2024, M. B A, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale en sa qualité de parent d'enfant français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocate, Me Wahab, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une menace pour l'ordre public ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que les frais liés au litige soient minorés.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.

II. Sous le n° 2401392, par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mai 2024 et le 19 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocate, Me Wahab, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une menace pour l'ordre public.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour sur le territoire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 juin 2024 et le 26 juillet 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon, rapporteure,

- et les observations de Me Wahab, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, a demandé le 5 mai 2021 le renouvellement d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 30 juin 2021, le préfet du Calvados a décidé de refuser l'admission au séjour de l'intéressé au regard de ses condamnations judiciaires. Le 6 janvier 2022, M. A a déposé une nouvelle demande d'admission au séjour en qualité de parent d'enfant français, laquelle a fait l'objet d'une décision de classement sans suite, annulée par le tribunal administratif le 3 mars 2023. La commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable le 13 juillet 2023. Par un arrêté du 20 décembre 2023, le préfet du Calvados a rejeté la demande de titre de séjour au motif que la présence M. A sur le territoire représente une menace pour l'ordre public, décision contestée par une première requête. Par une seconde requête, l'intéressé demande l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2400460 et 2401392 présentées par M. A concernent la situation d'un même étranger, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Par des décisions des 24 avril 2024 et 23 juillet 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il s'ensuit que ses demandes d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ont perdu leur objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur la décision du 20 décembre 2023 portant refus d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour, le préfet du Calvados a donné délégation à M. C D, chef du service de l'immigration, à l'effet de signer tous arrêtés ou décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code dispose : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Lorsque l'administration oppose le motif de la menace pour l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande de titre ou de renouvellement de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour et d'éloignement et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à huit reprises entre juillet 2005 et mars 2021, pour des faits de vol en réunion, conduite d'un véhicule sans permis, prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui, rébellion, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, et conduite de véhicule sans assurance. Il est constant que le requérant a été condamné à trois reprises à des peines d'emprisonnement dont le total s'élève à douze mois, et qu'entre la première condamnation et la dernière, se sont écoulées seize années sans que le comportement du requérant n'évolue favorablement. Dès lors, en relevant que les condamnations prononcées à l'encontre de M. A étaient de nature à faire regarder sa présence sur le territoire comme constitutive d'une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, ni d'une méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si M. A, qui réside en France depuis septembre 2000, soutient qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il a eu deux enfants français, que sa situation professionnelle est en voie de stabilisation et qu'il doit subvenir aux besoins de sa famille, la décision en litige n'a néanmoins pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de la gravité de la menace pour l'ordre public que représente la présence de l'intéressé sur le territoire.

Sur la décision du 29 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision attaquée émane de M. C D qui, ainsi qu'il a été dit au point 4, bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'incompétence doit être écarté.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, la décision en litige n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Pour les motifs exposés au point 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait insuffisamment pris en compte l'intérêt supérieur des enfants de M. A. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur la décision du 29 mars 2024 refusant le délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, pour l'ensemble des motifs exposés précédemment, le moyen tiré de ce que la décision attaquée reposerait sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

16. Pour les motifs exposés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une menace pour l'ordre public doit être écarté.

Sur la décision du 29 mars 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, pour l'ensemble des motifs exposés précédemment, le moyen tiré de ce que la décision attaquée reposerait sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

19. Compte tenu des éléments exposés aux points 7 et 9, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 29 mars 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans doivent être rejetées.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. A.

Article 2 : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Wahab et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, présidente,

Mme Absolon, première conseillère,

Mme Pillais, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

N°s 2400460, 240139

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