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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400554

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400554

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 février 2024 et le 12 avril 2024, M. B A, représenté par Me Levet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai un récépissé ;

4°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Levet, une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Levet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- la décision portant refus d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 avril 2024 et le 15 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon, rapporteure,

- et les observations de Me Levet, avocat de M. A.

Une note en délibéré, présentée par M. A, a été enregistrée le 10 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, a demandé le 23 janvier 2023 le renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet du Calvados a rejeté sa demande. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 29 mai 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il s'ensuit que sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions sur le fondement desquelles M. A a présenté sa demande et expose les motifs pour lesquels le préfet du Calvados a considéré, au regard tant de sa situation personnelle et familiale que de son comportement, qu'il n'entrait pas dans leurs prévisions. Elle satisfait ainsi aux exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Calvados n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. Si M. A fait état de sa durée de présence sur le territoire français et soutient qu'il dispose de liens familiaux anciens, intenses et stables en France en raison de la présence de son fils de nationalité française et de sa belle-fille et qu'il travaille de manière régulière par l'intermédiaire d'une entreprise d'intérimaires, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Caen le 22 septembre 2021 à une peine d'emprisonnement de deux mois avec sursis pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant conjoint. Il a également été condamné le 7 mars 2022 par le tribunal judiciaire de Caen, confirmé par la cour d'appel de Caen le 31 août suivant, pour non-respect de l'ordonnance de protection du 8 décembre 2021. Compte tenu de la gravité des faits à l'origine des condamnations de M. A et de la réitération de son comportement violent, c'est à bon droit que le préfet du Calvados a estimé que la présence du requérant sur le territoire français constitue une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. En outre, le requérant, qui ne produit qu'une attestation de la mère de son enfant, au demeurant postérieure à la décision attaquée, ne justifie pas d'une participation effective à l'entretien de cet enfant. Par ailleurs, la production de bulletins de salaire de décembre 2023 et janvier 2024 n'est pas de nature à justifier une intégration professionnelle particulière. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant justifie de liens tissés en France en dehors du cercle familial, ni d'une insertion sociale particulière. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Levet et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Absolon, première conseillère,

Mme Pillais, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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