jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2400569 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Autres délais-Etrangers-2 |
| Avocat requérant | SOUTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mars 2024, M. E A D, représenté par Me Souty, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet d'effacer son nom du fichier des personnes recherchées et du Système d'information Schengen, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 440 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou une somme de 1 200 euros à lui verser directement dans l'hypothèse où il ne bénéficierait pas de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- il est contraire au principe de non-refoulement posé par l'article 5 de la directive 2008/115 ;
- il est contraire aux dispositions de la directive 2013/32/UE transposées aux articles L. 521-4 et R. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui imposent une obligation d'enregistrement de sa demande d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée au regard de l'illégalité du pays de destination ainsi que l'a jugé le Conseil d'État dans un arrêt de décembre 2020, n° 435867, et en application de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 14 mai 2020, FMS, FNZ, SA et SA Junior (C-924/19 PPU ).
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par un courrier du 3 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la requête de M. A D est désormais dépourvue d'objet par l'effet de la délivrance à l'intéressé le 7 mars 2024 d'une attestation de demande d'asile par laquelle le préfet du Calvados a, implicitement mais nécessairement, abrogé l'obligation de quitter le territoire sans délai en litige (non-lieu à statuer).
Vu :
- la réponse au moyen d'ordre public enregistrée le 3 avril 2024 présentée pour M. A D qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- la réponse au moyen d'ordre public du préfet du Calvados enregistrée le 3 avril 2024 qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens ;
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 14 mai 2020, FMS, FNZ, SA et SA Junior (C-924/19 PPU) ;
- la décision du Conseil d'État, n° 435867 statuant au contentieux ;
- le code de justice administrative.
Par décision en date du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. C conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Souty, représentant M. A D qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant soudanais originaire du Darfour, est entré en France le 7 octobre 2023, selon ses déclarations. Il a été interpellé par la gendarmerie à Ouistreham (Calvados) pour s'être introduit sans autorisation dans la zone d'accès restreint de la gare maritime, le 1er mars 2024. Par l'arrêté contesté du même jour, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an. Le 7 mars 2024, le préfet du Calvados a délivré au requérant une attestation de demande d'asile en procédure " Dublin ".
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, M. A D soutient que les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, il ressort des dispositions des articles L. 613-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Il suit de là que le moyen est inopérant et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le requérant fait grief au préfet du Calvados de ne pas avoir indiqué les raisons de son départ et ses craintes en cas de retour et soutient que le préfet a entaché, dès lors, son arrêté d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle. Toutefois, il est constant que l'arrêté mentionne que M. A D a déclaré " c'est la guerre dans mon pays " et ne pas vouloir être reconduit au Soudan, lors de son audition. Dans ces conditions, le moyen manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
5. En troisième lieu, M. A D ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 5 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 à l'encontre d'un acte administratif individuel, dès lors qu'à la date de l'arrêté contesté, ce texte avait été transposé en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011.
6. En quatrième lieu, il ressort de la lecture combinée des articles L. 521-1, L. 521-2, L. 521-4, L. 521-7, L. 542-2 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque l'étranger présent sur le territoire français formule, à l'occasion de son interpellation, une demande d'asile, l'autorité administrative compétente a l'obligation de délivrer une attestation de demande d'asile valant droit au séjour durant l'examen de la demande. M. A D soutient qu'il entrait dans ce cas de figure et que, par suite, c'est à tort que le préfet du Calvados a pris l'arrêté attaqué. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de son interpellation du 1er mars 2024 que le requérant a été interrogé sur les raisons de sa venue en France et a répondu " pour pouvoir traverser et rejoindre l'Angleterre " et qu'à la question " Avez-vous demandé l'asile en France ou l'envisagez-vous ' " il a déclaré : " Non. Si je ne n'arrive pas à traverser, je demanderais l'asile ici ". Par suite, cette simple déclaration relative à une éventuelle demande dans l'hypothèse où il ne pourrait pas rejoindre l'Angleterre ne peut être regardée comme la formulation d'une demande de protection internationale au titre de l'asile au sens des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation légale d'enregistrer sa demande d'asile doit être écarté comme manquant en fait.
7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A D est entré récemment en France, qu'il ne justifie pas d'une intégration particulière et qu'il n'émet pas le souhait d'y fixer le centre de ses intérêts privés et familiaux en déclarant vouloir rejoindre l'Angleterre. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, ni entretenir des relations stables et intenses avec des personnes résidant régulièrement sur le territoire. Dans ces conditions, l'arrêté ne peut être regardé comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A D une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A D et des conséquences qu'il emporte sur celle-ci.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
9. D'une part, aux termes de l'article 3 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier : " Aux fins de la présente directive, on entend par : () 3) " retour ": le fait, pour le ressortissant d'un pays tiers, de rentrer - que ce soit par obtempération volontaire à une obligation de retour ou en y étant forcé - dans : - son pays d'origine, ou - un pays de transit conformément à des accords ou autres arrangements de réadmission communautaires ou bilatéraux ou - un autre pays tiers dans lequel le ressortissant concerné d'un pays tiers décide de retourner volontairement et sur le territoire duquel il sera admis ; 4) " décision de retour " : une décision ou un acte de nature administrative ou judiciaire déclarant illégal le séjour d'un ressortissant d'un pays tiers et imposant ou énonçant une obligation de retour ". Il résulte de ces stipulations que le fait d'imposer ou d'énoncer une obligation de retour constitue un des éléments constitutifs d'une décision de retour, une telle obligation de retour ne pouvant se concevoir, au vu du point 3 de cet article, sans l'identification d'une destination, qui doit être l'un des pays visés à ce point 3, ainsi que l'a par ailleurs rappelé l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 14 mai 2020, FMS, FNZ, SA et SA Junior (C-924/19 PPU § 115). Mais comme mentionné au point 5 les dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ont été transposées dans l'ordre interne et ne peuvent plus, dès lors, être invoquées utilement à l'encontre d'un acte administratif individuel.
10. Et d'autre part, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Selon l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que la décision fixant le pays de renvoi constitue, en vertu du premier alinéa de l'article L. 721-3 du code précité, une décision distincte de l'obligation de quitter le territoire français, qui fait d'ailleurs l'objet d'une motivation spécifique. La décision fixant le pays de renvoi est, ainsi, sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. L'adoption de la décision fixant le pays de renvoi conditionne, en revanche, la possibilité pour l'administration d'exécuter d'office l'obligation de quitter le territoire, dans les conditions prévues à l'article L. 722-3. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement est illégale du fait de l'illégalité alléguée du pays de destination doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de retour :
12. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. A D soutient que la décision fixant le pays de destination est contraire à l'article 3 précité et fait uniquement valoir que le Soudan, le pays dont il est ressortissant, est en guerre.
13. La Cour européenne des droits de l'homme a rappelé qu'il appartenait en principe au ressortissant étranger de produire les éléments susceptibles de démontrer qu'il serait exposé à un risque de traitement contraire aux stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à charge ensuite pour les autorités administratives " de dissiper les doutes éventuels " au sujet de ces éléments (23 août 2016, J.K et autres c/ Suède, n° 59166/1228). Selon cette même cour, l'appréciation d'un risque réel de traitement contraire à l'article 3 précité doit se concentrer sur les conséquences prévisibles de l'éloignement du requérant vers le pays de destination, compte tenu de la situation générale dans ce pays et des circonstances propres à l'intéressé (30 octobre 1991, Vilvarajah et autres c. Royaume-Uni, § 108, série A n° 215). A cet égard, et s'il y a lieu, il faut rechercher s'il existe une situation générale de violence dans le pays de destination ou dans certaines régions de ce pays si l'intéressé en est originaire ou s'il doit être éloigné spécifiquement à destination de l'une d'entre elles. Cependant, toute situation générale de violence n'engendre pas un risque réel de traitement contraire à l'article 3, la Cour européenne des droits de l'homme ayant précisé qu'une situation générale de violence serait d'une intensité suffisante pour créer un tel risque uniquement " dans les cas les plus extrêmes " où l'intéressé encourt un risque réel de mauvais traitements du seul fait qu'un éventuel retour l'exposerait à une telle violence. Pour déterminer l'existence de motifs sérieux et avérés de croire à un risque réel de traitements incompatibles avec l'article 3, la Cour s'appuie sur l'ensemble des éléments qu'on lui fournit ou, au besoin, qu'elle se procure d'office (H.L.R. c. France précité, § 37, et Hilal c. Royaume-Uni, no 45276/99, § 60, CEDH 2001-II). Il résulte enfin de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme que le juge interne, dans l'examen des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit se placer à la date à laquelle il statue afin de procéder à une évaluation ex nunc de la situation de l'étranger au regard du pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office (CEDH, 23 mars 2016, F.G. c. Suède, n° 43611/11, § 115).
14. Il ressort de la documentation publique et des décisions de la Cour nationale du droit d'asile que depuis le 15 avril 2023, la situation sécuritaire s'est aggravée au Soudan et est devenue encore plus complexe du fait d'un nouveau conflit armé entre l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR). Ce conflit est l'aboutissement de plusieurs années de tensions et de rivalités entre deux composantes de l'appareil sécuritaire soudanais, surtout entre leurs chefs respectifs parvenus en même temps à la tête de l'Etat soudanais depuis la chute du président Omar el-Béchir en 2019 et tous deux à l'origine du coup d'Etat de 2021, le général Mohamed Hamdane Daglo, dit "B", à la tête des FSR et le général Abdel Fattah al-Burhan à la tête de l'armée (Forces armées soudanaises - FAS). Le conflit s'est étendu rapidement à de nombreuses régions du pays, notamment au Darfour. Les FAS assurent contrôler les sites stratégiques les plus importants tandis que les FSR restent bien implantées au Darfour et dans la capitale (où elles ont pris le contrôle de points stratégiques dans le centre de Khartoum et à l'aéroport), théâtre des combats les plus violents. Les trêves se succèdent mais sont violées aussitôt signées la plupart du temps. Par ailleurs, le 5 mai 2023, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a sollicité les gouvernements à garder les frontières ouvertes aux Soudanais et à ne pas les renvoyer dans ce pays. Cette nouvelle position sur les retours du Haut-Commissariat de l'Organisation des Nations Unies (ONU) pour les réfugiés appelle " les États d'asile à suspendre l'émission de décisions négatives sur les demandes de protection internationale par des ressortissants soudanais (). La suspension doit rester en place jusqu'à ce que la situation au Soudan se soit stabilisée et que des informations fiables sur la sécurité et situation des droits de l'homme soit disponible pour procéder à une évaluation complète de la nécessité d'accorder une protection internationale aux candidats individuels " (site du HCR l'agence des Nations Unies pour les réfugiés). Dans un communiqué des Nations Unies du 2 février 2024, le Programme alimentaire mondial estime que " la situation au Soudan aujourd'hui n'est rien de moins que catastrophique ", notant que près de 18 millions de personnes à travers le pays sont actuellement confrontées à une faim aiguë, et qu'est estimé à cinq millions le nombre de personnes souffrant d'une situation d'urgence due au conflit dans des régions telles que Khartoum ou celle du Darfour. Selon un rapport global publié le 23 février 2024 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, le conflit armé au Soudan a entraîné la mort de milliers de civils, le déplacement de millions de personnes, le pillage de biens et la conscription d'enfants, alors que les combats se sont étendus à de nouvelles régions du pays. Ce rapport décrit de multiples attaques aveugles menées par les Forces armées soudanaises et les Forces d'appui rapide dans des zones densément peuplées, y compris des sites abritant des personnes déplacées, en particulier dans la capitale Khartoum, ainsi que dans le Kordorfan et le Darfour, au cours des combats qui ont eu lieu entre avril et décembre 2023. Justin Brady, le chef du bureau d'aide humanitaire des Nations Unies au Soudan, relève que le 14 avril 2024, un an après le début des affrontements entre factions armées rivales, le Soudan est toujours plongé dans une guerre dévastatrice, qui a fait près de 15 000 morts et abouti à 8 millions de civils en fuite, 25 millions de personnes ayant un besoin urgent d'assistance et qu'une famine menace. Il déclare que " Nos plus grandes préoccupations concernent les zones de conflit à Khartoum même et dans les États du Darfour ".
15. Eu égard aux risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine, le requérant est, dès lors, fondé à soutenir qu'en décidant qu'il serait reconduit dans le pays dont il possède la nationalité, c'est-à-dire nécessairement le Soudan ou " tout pays dans lequel il est légalement admissible à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse.", le préfet du Calvados a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu de prononcer l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2024 en tant qu'il fixe le pays dont M. A D a la nationalité comme le pays de destination en vue de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont l'intéressé fait l'objet.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".
17. Comme mentionné au point 14, il ressort des informations et des documents publiés par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés que la situation au Soudan est particulièrement instable et revêt un caractère de danger permanent et sérieux de mort pour la population civile sans qu'un civil ne soit spécifiquement ciblé et donc dans le cadre d'une violence aveugle, situation aggravée par une insécurité alimentaire et sanitaire majeure. Par suite, le requérant est fondé à dire que le préfet du Calvados a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 1er mars 2024 en tant qu'il a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
19. Par son objet particulier, la décision fixant le pays de destination constitue une mesure d'exécution de la mesure d'obligation de quitter le territoire français. L'annulation de la seule décision fixant le pays de destination n'implique pas nécessairement que le préfet du Calvados procède à un nouvel examen de la situation de M. A D. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le tribunal enjoigne au préfet de réexaminer sa situation et lui délivre une autorisation provisoire de séjour doivent être rejetées.
20. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Et aux termes de l'article R. 613-7 du code précité : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Enfin selon l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription / () ".
21. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Calvados fasse supprimer dans le système d'information Schengen le signalement de M. A D aux fins de non-admission résultant de l'interdiction de retour édictée à son encontre. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de prendre toutes les mesures utiles pour procéder à cet effacement sans délai à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
22. M. A D qui a présenté sa demande de frais non compris dans les dépens sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 600 euros à Me Souty en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Souty renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée directement à M. A D.
D E C I D E :
Article 1er : M. A D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet du Calvados 2024-I086 du 1er mars 2024 est annulé en tant qu'il a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit à M. A D le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de prendre toute mesure propre à mettre fin sans délai au signalement de M. A D dans le système d'information Schengen à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : L'Etat versera à Me Souty, avocat de M. A D, la somme de 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A D, la somme de 600 euros lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E A D, à Me Souty et au préfet du Calvados.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
X. RIVIERELa greffière,
Signé
H. SCHREINER
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026