vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2400701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Autres délais-Etrangers-2 |
| Avocat requérant | GALY MARIE-SOPHIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 mars 2024, 2 avril et 11 avril 2024, M. A E, représenté par Me Galy, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2024 par lequel le préfet de la Manche l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elle est contraire à l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an :
- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- la demande d'aide juridictionnelle du 28 mars 2024 ;
- la désignation et la prestation de serment de l'interprète ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Par décision en date du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. D conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Galy, représentant M. E, qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures, en présence de M. B, interprète en langue arabe,
- les observations de Mme C, conjointe du requérant, qui revient sur les démarches entreprises en vue de leur mariage, réaffirme leur intention de s'unir prochainement et fait valoir qu'elle attend un enfant de M. E.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, de nationalité tunisienne, est entré en France en août 2022 sans visa selon ses déclarations. Le 15 mars 2024, l'intéressé a fait l'objet d'une retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par l'arrêté contesté du 16 mars 2024, le préfet de la Manche l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. M. E ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
4. En premier lieu, M. E soutient que le préfet de la Manche a entaché sa décision d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle dès lors qu'il ne mentionne pas son concubinage avec Mme C depuis un an alors qu'il l'a assigné à résidence chez elle et ne pouvait dès lors ignorer son existence. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier et notamment du procès verbal d'audition que l'intéressé a déclaré avoir rencontré sa compagne depuis mai 2023 et avoir emménagé avec elle en février 2024 , il est constant que le préfet de la Manche pour motiver sa mesure d'éloignement a retenu que sa présence en France - inférieure à deux ans - est relativement récente, qu'il n'est pas marié ni chargé de famille et que ses liens personnels et familiaux - lesquels englobent nécessairement la concubine du requérant - ne sont ni anciens, ni stables, ni intenses. Dans ces conditions, l'absence de mention explicite d'une relation de concubinage dans la décision contestée n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen complet de la situation personnelle de M. E.
5. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
6. M. E se prévaut de l'existence d'une relation de couple qu'il entretient depuis mai 2023 avec Mme C, une ressortissante française, et fait valoir que celle-ci est enceinte depuis mars 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est présent en France depuis un an et demi et qu'il a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans en Tunisie. De plus, la relation de couple est récente - ayant fait la connaissance de sa conjointe dix mois avant la date de la décision contestée et leur cohabitation a débuté un mois auparavant, en février 2024, selon ses déclarations. En outre, lors de son audition M. E a déclaré que sa famille se trouvait en Tunisie à l'exception d'un frère résidant à Paris. Il suit de là que M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
7. Les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel M. E pourra être éloigné ne peut qu'être écartée.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, l'exception d'illégalité soulevée par le requérant à l'encontre de l'interdiction de retour doit être écartée.
9. En second lieu, M. E soutient que l'interdiction de retour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à sa relation amoureuse et de ce que sa concubine est enceinte. Toutefois, comme mentionné au point 6, sa relation de couple est inférieure à un an et la quasi-totalité de sa famille réside hors de France. En outre, l'état de grossesse de sa concubine ne ressort pas du procès-verbal d'audition et il n'est ni allégué ni établi que le préfet en aurait été informé préalablement à l'édiction de cette mesure. Au demeurant M. E pourra solliciter l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français dans les conditions prévues par la loi, une telle abrogation étant de droit, sauf circonstances particulières tenant à la situation et au comportement de l'intéressé, lorsqu'il a respecté le délai qui lui était imparti par l'obligation de quitter le territoire qui le visait, ainsi que l'a énoncé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011. Par suite, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Manche du 16 mars 2024.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil du requérant de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Galy et au préfet de la Manche.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
X. RIVIERELa greffière,
Signé
H. SCHREINER
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026