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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400724

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400724

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mars 2024, M. A D, représenté par la SAS Itra consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier que la signataire de l'arrêté bénéficiait d'une délégation de signature régulière et que le titulaire de la signature était absent ou empêché ;

- l'arrêté ne satisfait pas aux exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé ;

- si le préfet estimait le dossier incomplet, il devait lui demander les pièces complémentaires conformément aux dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'il en remplit les conditions, et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- le préfet ne pouvait se fonder sur la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2022, dès lors qu'elle avait plus de douze mois ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en tant que conjoint de française sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- sa situation pouvait être régularisée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de ses attaches familiales et/ou de son activité salariée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 11 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Sénécal, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 25 janvier 1995, déclare être entré en France le 17 novembre 2018. Le 22 mars 2021, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 9 juin 2022, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 30 septembre 2022 et une ordonnance du 8 février 2023 de la Cour administrative d'appel de Nantes, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. A la suite de son interpellation le 20 juillet 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans par un arrêté du 21 juillet 2023, annulé par un jugement du 8 septembre 2023 du tribunal administratif de Caen. Le 22 janvier 2024, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Une autorisation provisoire de séjour valable du 24 janvier 2024 au 23 juillet 2024 lui a été délivrée. Par l'arrêté attaqué du 16 février 2024, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 16 février 2024 comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Par ailleurs, par un arrêté du 4 octobre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-243, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme B F, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Enfin, contrairement à ce qui est soutenu, il ne résulte d'aucune disposition ni d'aucun principe que l'auteur d'une décision ayant reçu délégation de signature soit tenu de justifier d'un empêchement de l'autorité administrative à l'origine de la délégation. Les moyens tirés de l'incompétence de la signataire de l'acte et de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, selon lequel toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci, doivent, par suite, être écartés.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables à la situation du requérant détaille de manière circonstanciée sa situation personnelle et familiale, son parcours administratif et expose clairement les motifs de rejet de sa demande de titre de séjour ainsi que ceux fondant chacune des décisions prises. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué qui comporte ainsi la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement satisfait aux exigences de motivation en droit et en fait. Par suite, ce moyen doit être est écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué du 16 février 2024 que le préfet du Calvados ne s'est pas fondé sur l'incomplétude du dossier de M. D pour refuser de l'admettre au séjour. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est marié à une ressortissante française depuis le 24 octobre 2020. Toutefois, le formulaire de déclaration de communauté de vie, établi à Orbec et signé par Mme E C le 19 novembre 2020, n'est pas revêtu d'un cachet de l'autorité compétente. En outre, dans sa demande d'admission au séjour présentée le 26 septembre 2023, modifiée en janvier 2024, M. D ne mentionne pas l'identité de son épouse. La réalité des liens entretenus ainsi que leur intensité ne ressortent pas davantage des pièces du dossier. Enfin, si des membres de la famille de M. D résident régulièrement en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait avec eux des liens particuliers, réguliers et d'une particulière intensité. Le moyen tiré de la méconnaissance du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, la circonstance que la mesure d'éloignement dont M. D a fait l'objet en 2022 avait plus de douze mois à la date de la décision attaquée ne faisait pas obstacle à ce que le préfet du Calvados en tienne compte à l'occasion d'un nouvel examen de la situation du requérant. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

8. En troisième lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 6 du présent jugement, M. D ne démontre pas la réalité et l'intensité des liens dont il se prévaut, la seule production de documents officiels, notamment le livret de famille, les pièces d'identité ou les titres de séjour des membres de sa famille étant insuffisante. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. D réside en France depuis cinq ans à la date de la décision attaquée, dont un an et huit mois en situation irrégulière, et a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 23 ans. En outre, si des membres de la famille de M. D résident régulièrement en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait avec eux des liens particuliers et réguliers. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. D aurait tissé des liens personnels et amicaux en France ni qu'il y serait particulièrement intégré. Dans ces conditions, la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs pour lesquels cette décision a été prise.

9. En quatrième lieu, aux termes du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

10. Il est constant que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, il ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

11. En dernier lieu, si M. D soutient que sa situation pouvait être régularisée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de ses attaches familiales et/ou de son activité salariée, il est constant qu'il n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. En tout état de cause, il ne pouvait utilement se prévaloir de ces dispositions dès lors que celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour et aux conditions de leur délivrance ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent, à cet égard, des règles fixées par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 février 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision doit, par voie de conséquence, être écarté.

14. En second lieu, ainsi qu'il a été exposé aux points 6 et 9 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il devait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision interdisant le retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions doit, par suite, être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient de l'assortir d'une interdiction de retour, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle.

18. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée du 16 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français qu'elle comporte un délai de départ volontaire de trente jours. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

20. Ainsi qu'il a été exposé aux points 6 et 8 du présent jugement, M. D ne démontre pas la réalité et l'intensité des liens dont il se prévaut ni ne justifie d'une insertion particulière dans la société française. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prononcée par un arrêté du 9 juin 2022 du préfet du Calvados. Par suite, le préfet du Calvados, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant au principe et la durée de cette mesure. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

I. SENECAL

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUDLa greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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