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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400762

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400762

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, sous astreinte, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle est présentée dans un délai raisonnable ;

- la décision de refus implicite de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est contraire aux articles 3, 8 et 9 la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2024, le préfet du Calvados conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Il fait valoir que la décision en litige constitue un refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour, lequel est un acte qui, ne faisant pas grief, est insusceptible d'être déféré au juge de l'excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 ;

- le décret n° 2024-87 du 7 février 2024 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. Rivière a été lu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née le 3 avril 1989 à Khinshasha, est entrée en France irrégulièrement le 19 novembre 2012 selon ses déclarations. La Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté ses demandes de protection internationale et de réexamen respectivement les 15 avril 2014 et 21 janvier 2015. Le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour, refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français, par une décision du 7 décembre 2015, dont la légalité a été confirmée par le tribunal par un jugement du 18 mai 2016. Le 17 juillet 2023, Mme B a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code et, subsidiairement, de l'article L. 435-1 du même code. Le 12 décembre 2023, Mme B a demandé la communication des motifs de la décision implicite de refus. Le 21 octobre 2024, les services préfectoraux ont sollicité des pièces nécessaires à l'instruction de sa demande à transmettre sous un délai de quinze jours. Les pièces réclamées n'ayant pas été communiquées, le préfet a informé Mme B, par lettre recommandée du 10 décembre 2024, du refus d'enregistrement de sa demande au motif de l'incomplétude de son dossier. Mme B demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B formées contre la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite du 10 décembre 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser d'enregistrer la demande d'admission au séjour de Mme B, le préfet du Calvados s'est fondé sur le fait que si son dossier comprenait une copie d'un acte de naissance et d'un jugement supplétif, ces documents n'étaient pas légalisés par les autorités compétentes.

5. D'une part, aux termes du II de l'article 16 de la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France doit être légalisé pour y produire effet. / La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu / Un décret en Conseil d'État précise les actes publics concernés par le présent II et fixe les modalités de la légalisation. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 7 février 2024 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France ou devant un ambassadeur ou chef de poste consulaire français doit être légalisé pour y produire effet. / La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. Elle donne lieu à l'apposition d'un cachet dont les caractéristiques sont définies par arrêté conjoint des ministres chargés de la justice et des affaires étrangères ". Il résulte des dispositions du II de l'article 16 de la loi du 23 mars 2019 que la formalité de la légalisation est obligatoire en l'absence d'engagement international contraire.

6. D'autre part, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La vérification des actes d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article R. 431-10 du même code prévoit que : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil () ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

7. Lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation.

8. En outre, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

9. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient. Dès lors, en exigeant la production de " documents justifiant de son état civil ", l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fait pas obligation aux ressortissants d'un pays pour lequel s'applique la formalité de la légalisation, de produire des actes d'état civil légalisés.

10. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier de son identité et de sa nationalité, Mme B a transmis à l'administration une copie intégrale d'acte de naissance, ainsi qu'un jugement supplétif de naissance n° RC 418/G du tribunal de grande instance de Kinshasa/Kalamu du 26 avril 2013 tenant lieu d'acte de naissance, et un certificat de non appel de ce jugement n°1078/2018 établi par la Cour d'appel de Kinshasa/Gombe le 17 août 2018, et une copie de son passeport en cours de validité. Dans ces conditions, et alors même que ces actes d'état civil ne sont pas légalisés, Mme B doit être regardée comme ayant présenté, à l'appui de sa demande de titre de séjour, des documents justifiant de son état civil. Le préfet du Calvados a, dès lors, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que le dossier de Mme B n'était pas complet faute de comporter des documents justifiant de son état civil.

11. Il résulte de ce qui précède que la décision du 10 décembre 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B fait grief à cette dernière qui est, dès lors, recevable et fondée à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard au motif d'annulation retenu, et en l'absence de changement dans les circonstances de fait et de droit, le présent jugement implique nécessairement que la demande de titre de séjour présentée par Mme B soit enregistrée et qu'un récépissé l'autorisant à séjourner sur le territoire français lui soit délivré le temps de l'examen de sa demande de titre de séjour. Un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement est imparti au préfet du Calvados pour y procéder. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. L'État versera la somme de 300 euros à Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 décembre 2024 de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B et de lui délivrer un récépissé autorisant son séjour sur le territoire français le temps de l'examen de sa demande de titre de séjour et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 300 euros à Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- M. Rivière, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

Le rapporteur,

SIGNÉ

X. RIVIÈRE

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUDLa greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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