mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2400845 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LEBEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Lebey, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la décision portant refus d'un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été rendu conformément aux dispositions des articles R. 425-12, R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 et qu'il comporte les mentions obligatoires prévues à l'article 6 du même arrêté ;
- elle est illégale, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ainsi que celles portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par des mémoires enregistrés les 9 avril et 23 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations, enregistrées le 7 août 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sénécal, rapporteure,
- et les observations de Me Lebey, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante mongole née le 6 décembre 1986, déclare être entrée irrégulièrement en France le 29 novembre 2010. Sa demande d'asile, présentée sous une autre identité et nationalité, a été rejetée par une décision du 30 juin 2011 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 6 février 2012 de la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande de réexamen a été rejetée par une décision du 16 mars 2012 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 1er mars 2013 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 27 mars 2013, annulé par un jugement du 2 juillet 2013 du tribunal administratif de Caen, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Mme A a demandé un second réexamen de sa demande d'asile, demande qui a été rejetée par une décision du 16 avril 2013 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 11 décembre 2013 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 4 novembre 2013, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Mme A a obtenu en 2015 un titre de séjour pour raisons de santé, valable du 29 septembre 2015 et au 28 septembre 2016, dont elle a sollicité le renouvellement, le 4 juillet 2016, et qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Elle a présenté une nouvelle demande de titre de séjour pour raisons de santé le 13 novembre 2017 qui a été refusée par un arrêté du 23 novembre 2018, l'obligeant également à quitter le territoire français, et dont la légalité a été confirmée par un jugement du 3 mai 2019 du tribunal administratif de Caen. Le 11 décembre 2021, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, demande qui a été rejetée par le préfet du Calvados par un arrêté du 3 février 2023, lequel a été annulé par un jugement du 20 juin 2023 du tribunal administratif de Caen, enjoignant au préfet de réexaminer la situation de l'intéressée. Par l'arrêté attaqué du 12 mars 2024, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions de la requête de Mme A :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, il résulte de la combinaison des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12, R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 que la régularité de la procédure implique que les documents soumis à l'appréciation du préfet comportent l'avis du collège de médecins de l'OFII et soient établis de manière telle que le préfet puisse vérifier, d'une part, que cet avis a bien été rendu par un collège de médecins et, d'autre part, qu'il permette l'identification des médecins ayant effectivement siégé. L'identification des auteurs de cet avis constitue une garantie dont la méconnaissance est susceptible d'entacher d'irrégularité l'ensemble de la procédure. Il en résulte également que, préalablement à l'avis rendu par ce collège, le préfet doit être destinataire d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur et établi par un médecin de l'OFII, lequel ne doit pas siéger ensuite au sein du collège de médecins chargé d'émettre l'avis précité. En cas de contestation devant le juge administratif portant sur ce dernier point et afin de s'assurer que la composition du collège de médecins est régulière, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent d'identifier le médecin qui a rédigé le rapport, sur la base duquel le collège de médecins s'est prononcé.
3. Il ressort des mentions portées sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui comporte les mentions obligatoires énoncées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège des médecins qui a rendu cet avis, l'avis comportant les mentions permettant d'identifier les trois médecins composant le collège et étant revêtu de leurs signatures. En outre, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par une décision du 11 janvier 2024 régulièrement publiée et consultable sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a désigné les trois médecins signataires pour participer au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ainsi que le médecin rapporteur. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'avis du collège de médecins aurait été rendu dans des conditions irrégulières doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes de la décision attaquée du 12 mars 2024, que le préfet du Calvados a procédé à un examen complet de la situation de la requérante. La circonstance qu'elle comporte les mentions du bulletin n° 2 du casier judiciaire alors que Mme A en a obtenu l'effacement par ordonnance du 1er mars 2024 de la vice-présidente du tribunal judiciaire de Coutances, notifiée le 7 mars 2024 et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été portée à la connaissance du préfet du Calvados, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée au regard des considérations de fait et de droit qui la fondent. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
6. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. Toutefois, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, le préfet du Calvados s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 18 janvier 2024, lequel a estimé que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cette analyse, la requérante produit quatre certificats médicaux du 18 novembre 2021 et des 21 mars, 29 mars et 13 juillet 2023 attestant qu'elle présente une symptomatologie anxio-dépressive invalidante qui nécessite la prise quotidienne d'un traitement psychotrope et un suivi médical spécialisé régulier, cinq ordonnances prescrites entre le 23 février 2023 et le 16 novembre 2023 pour la plus récente ainsi qu'un avis médical du 29 novembre 2023 relatif à des douleurs au niveau du poignet gauche et un article du 10 juillet 2022 relatif à l'état des soins en Mongolie. Toutefois, aucune pièce n'atteste de la poursuite du suivi médical, ni de la prescription d'un traitement à la date de la décision attaquée du 12 mars 2024 ni d'éléments contemporains relatifs aux modalités et au rythme de cette prise en charge qui seraient de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins et l'appréciation portée par le préfet du Calvados sur l'état de santé de la requérante. En outre, il ressort des observations du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que Mme A n'a jamais fait l'objet d'hospitalisation en psychiatrie en France pour l'affection dont elle souffre, que les symptômes rapportés en juillet 2023 sont séquellaires, fixés et ne sont plus accessibles aux soins et qu'une prise en charge psychothérapeutique en France se heurte à la barrière de la langue dès lors que Mme A n'est pas francophone et, à supposer qu'elle puisse bénéficier de l'aide de traducteurs, elle n'est pas assurée de leur disponibilité ni de l'absence de biais de traduction ou d'interprétations du traducteur. Il résulte de l'ensemble de ces éléments qu'il n'est pas établi que le défaut de prise en charge médicale engendrerait, pour elle, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Au surplus, il ressort des observations du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que Mme A peut bénéficier dans son pays d'origine d'une thérapie ciblée sur le psychotrauma avec la méthode d'intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires dite " EMDR ", d'un suivi médical avec un psychiatre et/ou un psychologue en ambulatoire et en hospitalisation et d'un traitement médicamenteux identique ou équivalent à celui qui lui a été prescrit lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raisons médicales. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ;() ". Le préfet n'est toutefois tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions mentionnées à ces articles, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.
9. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, Mme A ne remplit pas les conditions de délivrance du titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'était pas tenu, avant de rejeter la demande de titre de séjour de Mme A, de saisir la commission du titre de séjour.
10. D'autre part, si Mme A fait valoir qu'elle est présente sur le territoire depuis plus de dix ans, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait sollicité son admission exceptionnelle sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour alors, au surplus, qu'elle ne justifie pas d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 mars 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :
12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité doit être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
14. Il n'est pas contesté que Mme A a des attaches familiales dans son pays d'origine où résident son mari et ses parents et où elle a vécu la majeure partie de sa vie. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que ses deux enfants, nés en 2016 et 2018, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Mongolie où la cellule familiale peut se reconstituer ni que Mme A, qui est sans emploi en France, aurait tissé des liens personnels et amicaux en France. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs pour lesquels cette décision a été prise. Ce moyen tiré doit être écarté.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Si la requérante soutient que ses enfants, nés en 2016 et 2018, sont scolarisés en France, qu'ils pratiquent le judo, qu'ils ne sont jamais allés en Mongolie et que le système scolaire en Mongolie ne garantit pas à tout enfant de pouvoir poursuivre une scolarisation, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des éléments produits, qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité en Mongolie où la cellule familiale pourra se reconstituer. Par suite, ce moyen doit être écarté.
16. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'Office ".
17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ne pourrait pas bénéficier en Mongolie des soins qui lui seraient nécessaires. Par ailleurs, aucune pièce ne vient étayer ses allégations selon lesquelles elle serait soumise à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, comme exposé au point 1 du présent jugement, elle a été déboutée de ses demandes d'asile. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens doivent être écartés.
18. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.
En ce qui concerne la légalité de la décision interdisant le retour sur le territoire français :
19. En premier lieu, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination n'étant entachées d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.
20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
21. Mme A, qui ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française, n'a pas de liens personnels et familiaux en France, à l'exception de ses deux enfants mineurs nés en France en 2016 et 2018 et vivant auprès d'elle. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'elle n'a pas exécuté deux précédentes mesures d'éloignement prises par arrêtés du préfet du Calvados des 4 novembre 2013 et 23 novembre 2018. Par suite, le préfet du Calvados, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant au principe et la durée de cette mesure.
22. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
23. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles de Me Lebey relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Lebey et au préfet du Calvados.
Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,
- Mme Sénécal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
SIGNÉ
I. SENECAL
La présidente,
SIGNÉ
A. MACAUD
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026