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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400925

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400925

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPAPINOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2302694 le 18 octobre 2023 et le 2 mai 2024, M. C, représenté par Me Papinot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler, dans le même délai et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus d'un titre de séjour n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés les 5 avril et 3 mai 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2400925 le 9 avril 2024, M. C, représenté par Me Papinot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler dans le délai de deux mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa demande au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de fait sur sa situation administrative, personnelle et familiale ; le préfet s'est placé au jour de l'envoi de son dossier de demande et non au jour de la décision ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire, enregistré le 24 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen s'agissant de l'instance enregistrée sous le n° 2400925.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sénécal, rapporteure,

- et les observations de Me Papinot, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant gabonais né le 25 octobre 2003, déclare être entré régulièrement en France le 30 juillet 2019 à l'âge de 15 ans, muni d'un visa C avec ses parents et sa sœur née en 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 29 août 2022 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 23 mai 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 4 octobre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a été implicitement rejetée. Par un arrêté du 2 avril 2024, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen au titre de l'instance introduite par requête enregistrée sous le n° 2302694. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire doit être rejetée.

Sur les requêtes de M. B :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 2 avril 2024 portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituant le fondement juridique de la décision en litige, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle énonce des éléments de fait propres à la situation de M. B, en indiquant qu'il est entré régulièrement en France à l'âge de 15 ans avec ses parents et sa sœur née en 2018, que sa demande d'asile a été rejetée, qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il déclare être hébergé dans un foyer ADOMA. La décision attaquée du 2 avril 2024, qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation du requérant, énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire ". Le premier alinéa de l'article R. 431-2 du même code dispose que : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Selon l'article R. 431-3 de ce code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors des titres dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice et qui figurent sur la liste prévue à l'article R. 431-2 du code, fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration, la demande de titre de séjour est effectuée par comparution personnelle au guichet de la préfecture ou, si le préfet le prescrit, par voie postale.

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du dossier de demande de titre de séjour déposé à la préfecture le 4 octobre 2022 et de son courrier du 2 juin 2023, que M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a, par ailleurs, adressé, par voie postale, une demande sur un autre fondement que celui mentionné dans sa demande initiale du 4 octobre 2022, à savoir l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif au titre de séjour " étudiant ". Toutefois, le préfet du Calvados n'était pas tenu de vérifier que M. B pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur ce dernier fondement dès lors que la demande de ce titre a été irrégulièrement présentée par voie postale, en méconnaissance de la règle de comparution personnelle en préfecture. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé le réexamen de sa demande d'asile à la date de la décision attaquée du 2 avril 2024 ni que le préfet aurait commis une erreur sur ses attaches familiales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

8. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 6 du présent jugement, le préfet du Calvados n'était pas tenu de vérifier que M. B pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour " étudiant ". Dès lors, le requérant ne saurait utilement soutenir que le préfet du Calvados a entaché sa décision d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen complet de sa situation en ne prenant pas en compte la durée de sa scolarité ni qu'il poursuivait des études supérieures à la date de la décision attaquée. Il ne peut davantage soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Enfin, pour l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire, sans charge de famille, sans emploi stable, résidait, à la date de la décision attaquée, depuis quatre ans et huit mois en France, où il est arrivé le 30 juillet 2019 à l'âge de 15 ans avec ses parents et sa sœur mineure, née en 2018, et a été admis à s'y maintenir le temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile, laquelle a été rejetée définitivement le 23 mai 2023. Si son comportement en tant que lycéen a été exemplaire, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que M. B aurait tissé des liens personnels et amicaux intenses et stables en France. En outre, ses parents font l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par un jugement du 28 août 2023 du tribunal administratif de Caen, sa jeune sœur, dont la demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 12 mars 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ayant vocation à suivre ses parents. Au demeurant, il est constant que M. B n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B puisse se prévaloir de circonstances exceptionnelles ou de considérations humanitaires justifiant que le préfet l'admette à titre exceptionnel au séjour. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France et alors même que le requérant est inscrit en licence de biologie à l'université de Caen pour l'année 2023-2024, le préfet du Calvados n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de mener une vie privée et familiale normale en refusant de lui délivrer un titre de séjour ni n'a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 avril 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne la légalité de la décision interdisant le retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

15. Le préfet du Calvados a assorti l'obligation de quitter le territoire prononcée à l'encontre de M. B d'un délai de départ volontaire de trente jours et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré régulièrement en France à l'âge de 15 ans, y a obtenu son baccalauréat général en 2022, était inscrit, pour les années scolaires 2022-2023 et 2023-2024, en Licence sciences de la vie et n'a jamais fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas allégué, qu'il présenterait, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public. En prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Calvados a, eu égard à sa durée et à ses conséquences, commis une erreur d'appréciation et a, par suite, entaché sa décision d'illégalité.

16. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 avril 2024 prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 avril 2024 en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire s'agissant de l'instance introduite par la requête enregistrée sous le n° 2302694.

Article 2 : La décision du préfet du Calvados du 2 avril 2024 prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Papinot et au préfet du Calvados.

Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

I. SENECAL

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

N°s 2302694, 2400925

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