vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2401031 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | URGENCE- Etrangers |
| Avocat requérant | MINET |
Vu les procédures suivantes :
1° Sous le n° 2401031, par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 et 25 avril 2024, M. E D, représenté par Me Minet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) à titre subsidiaire, de l'autoriser à sortir du département afin de rendre visite à sa fille à Cherbourg selon le calendrier de visite du service de l'aide sociale à l'enfance et lui permettre de vivre chez son père ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. D soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une menace pour l'ordre public.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa nécessité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
2° Sous le n° 2401032, par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 et 25 avril 2024, M. E D, représenté par Me Minet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) à titre subsidiaire, de l'autoriser à sortir du département afin de rendre visite à sa fille à Cherbourg selon le calendrier de visite du service de l'aide sociale à l'enfance et lui permettre de vivre chez son père ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. D soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une menace pour l'ordre public.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa nécessité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Caen a délégué M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C, qui informe les parties de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que le tribunal autorise M. D à sortir du département afin de rendre visite à sa fille à Cherbourg selon le calendrier de visite du service de l'aide sociale à l'enfance et lui permettre de vivre chez son père, dès lors que de telles conclusions ne relèvent pas de l'office du juge ;
- les observations de Me Minet, avocat de M. D ;
- et les observations de M. D.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la requête n° 2401032 :
1. La requête enregistrée sous le n° 2401032 constitue en réalité le double de la requête enregistrée sous le n° 2401031. Les productions enregistrées sous le n° 2401032 doivent donc être rayées du registre du greffe du tribunal.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la décision portant refus d'admission au séjour :
3. Aux termes de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, () statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. () ". Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".
4. Il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale du tribunal les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et assignation à résidence :
5. En premier lieu, les décisions attaquées émanent de M. B F, chef du service immigration de la préfecture du Calvados, qui bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Calvados du 4 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'incompétence doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de multiples condamnations en raison, notamment, de faits, commis entre 2018 et 2022, de conduite de voiture sans permis, avec usage de stupéfiants et sous l'emprise de l'alcool, de rébellion et de violence en état d'ivresse. Ainsi, eu égard à la réitération des infractions commises, et en dépit des affirmations de M. D selon lesquelles il serait sorti de son addiction aux stupéfiants et à l'alcool, le préfet n'a pas entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation en estimant que la présence de M. D sur le territoire est constitutive d'une menace pour l'ordre public.
7. En troisième lieu, si M. D soutient que les seules attaches dont il dispose en Algérie, son pays d'origine, sont constituées par la présence de sa mère, que son père et ses deux frères résident régulièrement en France et qu'il est parent d'un enfant français, il ressort des pièces du dossier que sa fille a été placée auprès de l'aide sociale à l'enfance en raison de la défaillance, fût-elle involontaire, de ses parents et que l'intéressé, quoi que manifestant son affection envers son enfant, n'exerce encore qu'imparfaitement le droit de visite accordé par le tribunal pour enfants, comme le jugement de ce dernier du 4 septembre 2023 le relève. En outre, M. D ne justifie d'aucune démarche d'insertion professionnelle depuis son entrée en France en 2015, alors qu'il a bénéficié de titres de séjour entre le 2 octobre 2019 et le 1er octobre 2022. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, les moyens tirés de ce que les décisions attaquées auraient été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Pour les motifs de fait exposés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. La décision attaquée fait obstacle, pendant la durée de son exécution, à ce que M. D et sa fille, âgée de seulement cinq ans, puissent maintenir des relations. En outre, la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. D sur le territoire n'est pas d'une gravité telle qu'elle puisse justifier l'impossibilité pour ce dernier de se rendre ponctuellement en France sous couvert de visas de court séjour afin de voir sa fille. Il s'ensuit que, dans les circonstances de l'espèce, en prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français, le préfet a entaché sa décision d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de ce qui précède que M. D est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Calvados a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal autorise M. D à sortir du département afin de rendre visite à sa fille à Cherbourg selon le calendrier de visite du service de l'aide sociale à l'enfance et lui permettre de vivre chez son père :
11. Il n'appartient pas au juge d'autoriser M. D à sortir du département afin de rendre visite à sa fille à Cherbourg selon le calendrier de visite du service de l'aide sociale à l'enfance et lui permettre de vivre chez son père. Par suite, les conclusions présentées en ce sens sont irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de M. D doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
13. L'Etat ne peut, dans les circonstances de l'espèce, être regardé comme la partie perdante pour l'essentiel. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. D tendant à l'application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les productions enregistrées sous le n° 2401032 seront rayées du registre du greffe du tribunal.
Article 2 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 3 : Les conclusions de la requête enregistrée sous le n° 2401031 dirigées contre la décision du préfet du Calvados du 21 mars 2024 portant refus de séjour ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.
Article 4 : La décision du 21 mars 2024 par laquelle le préfet le préfet du Calvados a interdit à M. D de retourner sur le territoire français est annulée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête enregistrée sous le n° 2401031 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Minet et au préfet du Calvados.
Copie en sera transmise au bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
A. C
Le greffier,
Signé
D. DUBOST
Le président-rapporteur,
A. C
L'assesseure la plus ancienne,
M. A
Le président-rapporteur,
A. C
L'assesseure la plus ancienne,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
D. Dubost
N°s 2401031,240103
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026