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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401211

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401211

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAutres délais-Etrangers-3
Avocat requérantAARPI CONCORDANCE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Orne du 7 mai 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la brièveté et de l'irrégularité de son séjour, de l'absence de justification d'une intégration professionnelle stable et de la persistance de ses attaches familiales en Tunisie. Les autres moyens, notamment tirés de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ont également été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mai 2024, M. A B, représenté par Me Balouka, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de l'Orne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour provisoire sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet de l'Orne a méconnu le pouvoir d'appréciation dont il dispose en vertu des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est établi qu'il a des relations stables en France ainsi qu'un contrat de travail à durée indéterminée ;

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- il n'existe aucun risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et/ou de la décision refusant un délai de départ volontaire ;

- elle n'est pas justifiée par sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 août 2024 à 10h30, ont été entendus :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Balouka, représentant M. B, qui reprend les moyens de la requête.

Après avoir constaté que le préfet de l'Orne n'était ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article

R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 25 mars 1994 à Zarzis (Tunisie), demande l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de l'Orne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B ne serait entré en France, selon ses déclarations, qu'au cours de l'année 2020, moins de quatre ans avec la décision attaquée. Il a résidé irrégulièrement en France sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. S'il affirme avoir travaillé pendant une durée de deux ans pour une société d'installation de fibre optique qui a établi de fausses fiches de paie, il ne justifie aucunement de cette activité professionnelle exercée en tout état de cause sans autorisation. S'il s'est vu proposer, le 1er avril 2024, un contrat à durée indéterminée en qualité de cuisinier dans le restaurant dont est propriétaire son beau-frère, il ressort des pièces du dossier que la conclusion de ce contrat, qui comporte l'indication d'une nationalité italienne du requérant alors qu'il est constant qu'il est de nationalité tunisienne, d'une part, n'a pas été précédée d'une autorisation préalable de l'administration permettant l'emploi d'un salarié étranger et, d'autre part, ne peut, compte tenu de sa date récente, permettre d'établir l'intégration professionnelle du requérant en France. M. B se prévaut également de la présence en France de trois de ses sœurs sans toutefois justifier de l'intensité des liens familiaux qui les unissent, alors que la seule circonstance qu'il serait hébergé par l'une de ses sœurs depuis le mois d'avril 2024 ne permet pas d'établir la nature des relations entretenues avec sa fratrie. Enfin, le requérant, célibataire et sans enfant, ne conteste pas les mentions de l'arrêté en litige faisant également état de la présence, dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans, de ses parents et d'un frère. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de M. B et de la nature de ses attaches privées et familiales, le préfet de l'Orne n'a pas porté, au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale, une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

5. Alors qu'il n'est aucunement établi que le préfet de l'Orne se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour prendre la décision litigieuse et qu'il ressort au contraire de l'arrêté attaqué que l'autorité préfectorale a exercé son pouvoir d'appréciation au regard de la situation du requérant, l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. B, qui, ainsi qu'il a été dit au point 3 est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité de titre de séjour, ne peut être regardée comme méconnaissant les dispositions précitées de l'article L.611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

6. L'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Par ailleurs, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (). ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le requérant, qui, en outre, a déclaré ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine ou dans un pays où il est légalement admissible, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Orne aurait commis une erreur d'appréciation en fondant sa décision sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

8. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. B invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. En premier lieu, l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'étant pas établie, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, que M. B invoque à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire, ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet, sauf circonstances humanitaires, assortit l'obligation de quitter sans délai le territoire français d'une interdiction de retour d'une durée maximale de trois ans, et que, pour fixer cette durée, il tient compte de la durée du séjour en France de l'étranger, de la nature et de l'ancienneté de ses liens, d'une précédente mesure d'éloignement et d'une menace pour l'ordre public éventuelles.

12. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour, évoquées au point 3, de M. B en France, en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire à deux ans, le préfet de l'Orne n'a pas fait une inexacte application des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, ni commis une erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2024 du préfet de l'Orne doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Orne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.

La présidente,

signé

H. C La greffière,

signé

N. BELLA

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

D. Dubost

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