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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401245

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401245

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401245
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMOKHEFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024 à 12 h 26, M. A B, représenté par Me Mokhefi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Caen de suspendre la décision disciplinaire prise à son encontre le 2 mai 2024, de réexaminer son dossier et de procéder à une nouvelle enquête en écoutant tous les protagonistes et ce, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il était poursuivi pour des faits en tant qu'auteur et victime ;

- des détenus qui auraient pu témoigner en sa faveur n'ont pas été entendus ;

- il a été condamné à la peine la plus sévère suite à une enquête très approximative et sans que lui soit octroyé un délai nécessaire pour préparer sa défense ;

- son conseil n'a pas eu accès 24 heures avant l'audience à l'intégralité de la procédure et notamment aux noms et déclarations des personnes poursuivies pour les violences sur sa personne ;

- en l'absence d'antécédent disciplinaire, il apparaît disproportionné d'appliquer la sanction la plus sévère ;

- la situation qu'il subit porte une atteinte grave aux droits de la défense et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'accorder à M. B, en application de ces dispositions, le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cette disposition soient remplies, qu'une mesure visant à la sauvegarde d'une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures. La modification temporaire du régime de détention qui résulte pour la personne détenue de son placement en cellule disciplinaire ne peut, en l'absence de circonstances particulières, être regardée par elle-même comme constitutive d'une situation d'urgence. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement la gravité des troubles invoqués par le requérant pour caractériser la situation d'urgence, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et compte tenu des justifications apportées par le requérant et par l'administration.

4. M. B, qui est incarcéré au centre pénitentiaire de Caen, a fait l'objet le 2 mai 2024, à la suite d'une altercation entre plusieurs détenus survenue le 30 avril 2024, d'une sanction de trente jours de cellule disciplinaire pour avoir, au cours de cette altercation, donné un coup de tête à un surveillant pénitentiaire. Le requérant demande la suspension de cette mesure.

5. M. B, qui ne conteste pas avoir agressé physiquement un surveillant pénitentiaire, ne fait pas état d'une dégradation de ses conditions de détention résultant de son placement en cellule disciplinaire et n'invoque aucune circonstance propre à sa situation physique ou psychique de nature à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Dès lors, et eu égard à la durée relativement limitée de la mesure de placement en cellule disciplinaire, la situation invoquée par le requérant ne justifie pas l'intervention du juge des référés dans les très brefs délais prévus par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions de M. B selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Mokhefi.

Copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Fait à Caen, le 16 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. C

Pour expédition conforme,

Le greffier,

D. Dubost

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