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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401371

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401371

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBARA CARRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mai 2024 et le 25 juillet 2024, M. D A B, représenté par Me Bara Carré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a pris une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an avec un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- est entachée d'incompétence ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 12 juin 2024 et le 26 juillet 2024, le préfet du Calvados demande une substitution de base légale et conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- et les observations de Me Bara Carré, représentant M. A B.

Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A B, ressortissant congolais né le 16 janvier 1998 à Pointe noire (République du Congo), a sollicité le 8 septembre 2023 le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 avril 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a pris une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté préfectoral du 26 avril 2024 :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 4 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme C E, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France et à leur éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le refus de délivrance du titre de séjour :

3. Lorsqu'il constate que la décision attaquée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

4. En l'espèce, la décision attaquée de refus de titre de séjour trouve son fondement légal, ainsi que le fait valoir le préfet du Calvados, dans les stipulations de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 31 juillet 1993, qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, en premier lieu, que M. A B se trouvait dans la situation où, en application de l'article 9 de la convention franco-congolaise, le préfet du Calvados pouvait refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

5. Aux termes de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 31 juillet 1993 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Aux termes des stipulations de l'article 13 de cette même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour " étudiant ", d'apprécier, à partir de l'ensemble du dossier et sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A B s'est inscrit pour l'année universitaire 2018-2019 en diplôme universitaire de technologie " génie industriel et maintenance " à l'université de Roanne et qu'il a été ajourné avec une moyenne de 7,53 sur 20. M. A B s'est inscrit pour l'année 2019-2020 en première année de licence " électronique, énergie électrique, automatique " et a été ajourné à la première session avec une moyenne de 5,343 sur 20. Toutefois, M. A B justifie, sans que cela soit contesté en défense, avoir rencontré des problèmes de santé impliquant une hospitalisation au mois de janvier 2020. Il justifie également avoir été accepté en première année de brevet de technicien supérieur " maintenance des systèmes " mais ne pas avoir pu valider son année faute d'alternance en l'absence de titre de séjour. M. A B s'est inscrit pour l'année universitaire 2021-2022 en première année de brevet de technicien supérieur " maintenance des systèmes " et a validé son année avec une moyenne de 13,20 sur 20. Si le requérant a été ajourné pour sa deuxième année de brevet de technicien supérieur pour l'année universitaire 2022-2023 avec une moyenne de 11,21 sur 20 au premier semestre et de 10,8 sur 20 au second semestre, il justifie avoir obtenu d'excellents résultats au premier semestre de l'année 2023-2024 avec une moyenne de 13,17 sur 20 et a obtenu son diplôme le 1er juillet 2024 avec des appréciations littérales soulignant son " très bon niveau final " et son " attitude très positive en classe ". M. A B produit une attestation de son employeur en alternance qui souligne " une forte implication et un sérieux irréprochable dans les tâches qui lui sont attribuées ". M. A B fournit en outre une lettre d'engagement par l'entreprise " Laboratoire Unither Coutances " pour un contrat en alternance d'une durée de trois ans dans le cadre d'une formation en cycle ingénieur généraliste au sein de l'école d'ingénieur " CESI " de Rouen à compter du 2 septembre 2024. Compte tenu de ces éléments, en refusant de renouveler le titre de séjour mention " étudiant " de M. A B, le préfet a fait une inexacte application des stipulations précitées et a commis une erreur d'appréciation en estimant que le requérant ne justifiait pas du sérieux des études entreprises.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 26 avril 2024 du préfet du Calvados refusant l'admission au séjour, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, sont entachées d'illégalité et doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le titre de séjour demandé soit délivré au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Manche de délivrer un titre de séjour mention " étudiant " à M. A B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros à verser à M. A B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 avril 2024 du préfet du Calvados est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à M. A B un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

Le greffier,

Signé

D. DUBOST

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

D. Dubost

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