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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401384

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401384

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mai 2024 et 10 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Manche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Manche de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet d'effacer son nom du fichier des personnes recherchées et du Système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- le préfet doit justifier de la compétence de l'auteure des décisions ;

- l'arrêté méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et son droit d'être entendu ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet s'est cru, à tort, en situation de compétence liée ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire pour une durée de deux ans :

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et du refus de départ volontaire ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2024.

Vu :

- la désignation et la prestation de serment de l'interprète ;

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne C-383/13 du 10 septembre 2013 ;

- le code de justice administrative.

Par décision en date du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. D conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Schreiner, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Bernard, représentant M. C, également présent et assisté de Mme E, interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet de la Manche n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant arménien né le 6 août 1991, est entré en France en juin 2022 pour y demander l'asile. Sa demande de protection internationale ayant été rejetée par ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 8 février 2023, il a présenté une demande de réexamen le 31 juillet 2023 rejetée définitivement par une ordonnance de la CNDA du 13 décembre 2023. Le 24 mai 2024 il a fait l'objet d'une retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par l'arrêté contesté du 24 mai 2024, le préfet de la Manche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. C a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Perrine Serre, secrétaire générale de la préfecture de la Manche, qui disposait d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Manche par arrêté n° 2023-87-VN du 1er septembre 2023 régulièrement publié le 1er septembre 2023 au recueil spécial des actes administratifs n° 6, à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Manche ", à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : () le droit de toute personne d'être entendu avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt du 10 septembre 2013 C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et, notamment du procès-verbal d'audition de M. C du 24 mai 2024 rédigé dans le cadre d'une retenue pour vérification de son droit au séjour, que contrairement à ce qu'il soutient, l'intéressé a été mis à même de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur les conditions de son séjour et sur la perspective de son éloignement à destination de son pays d'origine. De même, s'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations s'agissant du refus de lui octroyer un délai de départ volontaire l'état de grossesse de son épouse établi par un rapport d'échographie du premier trimestre le 21 mai 2024 n'est pas, en lui-même, une circonstance qui justifierait l'octroi d'un délai de départ volontaire. Enfin, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de cette décision, tant dans son principe que de sa durée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, il est constant que le préfet de la Manche a, par erreur, mentionné que le requérant était en situation irrégulière depuis le 2 mars 2023, alors que M. C disposait du droit de se maintenir en France durant le réexamen de sa demande d'asile qu'il a présenté le 31 juillet 2023. Toutefois cette erreur est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté dès lors qu'à la date des décisions en litige M. C avait perdu le droit de se maintenir sur le territoire français, de même que son épouse, depuis la décision de rejet de leur demande respective de réexamen prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 août 2023. Dans ces conditions, ils se trouvaient tous deux, depuis cette date, en situation irrégulière conformément aux dispositions combinées des articles L. 542-2 et L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise. Contrairement à ce que M. C soutient, le préfet de la Manche n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Ces considérations permettent à l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée à leur seule lecture et ainsi de les contester utilement, comme au juge d'en contrôler les motifs. Elle répond ainsi aux exigences de motivation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté que le préfet de la Manche s'est livré à un examen complet de la situation personnelle de M. C. La seule circonstance que l'autorité préfectorale n'a pas mentionné l'état de grossesse de l'épouse du requérant n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen complet de sa situation personnelle.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

13. M. C se prévaut de la présence en France de son épouse en situation régulière sous couvert d'une autorisation provisoire de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa présence en France est récente, qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement et comme mentionné au point 9 du présent jugement, le requérant et son épouse ont tous deux perdu le droit de se maintenir en France. Ils font chacun l'objet d'une mesure d'éloignement. Sur ce point l'attestation qui a été délivrée à son épouse n'a pas eu pour effet d'abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français du 16 janvier 2023 édictée à son encontre contrairement à ce que soutiendrait l'intéressé. Ils sont de même nationalité et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas reconstituer leur cellule familiale dans leur pays d'origine, où ils ne sont pas dépourvus d'attaches. Enfin, le requérant ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Manche n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

15. Il ressort des termes de la décision contestée que le préfet a visé l'ensemble des cas trois cas prévus à l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pouvant justifier un tel refus ainsi que six des huit cas que comptent l'article L. 612-3 de ce même code et a mentionné que " l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance particulière ". Dans ces conditions, le requérant est fondé à dire que le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivé en fait. Par suite, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. Il ressort des termes de la décision susvisée qu'elle est fondée en fait sur ce que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine alors qu'il est constant que M. C a sollicité l'asile et qu'il a déclaré lors de son audition auprès des services de gendarmerie avoir quitté l'Arménie pour demander asile en France en raison de la mobilisation militaire dans le Haut-Kahraba et a également déclaré vouloir maintenir sa demande d'asile. La circonstance que la protection internationale ait été définitivement refusée à l'intéressé est sans incidence sur l'erreur de fait commise par le préfet. Cette erreur justifie l'annulation de la décision fixant l'Arménie comme pays de destination de la mesure d'éloignement sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".

18. Le présent jugement annulant l'arrêté attaqué en tant qu'il a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire à M. C, la décision portant interdiction de retour se retrouve privée de base légale. Le requérant est donc fondé à en demander l'annulation.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Manche du 24 mai 2024 en tant qu'il a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification. " Aux termes de l'article L. 614-18 du même code : " Si la décision d'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 est annulée, il est immédiatement mis fin à cette mesure et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français. "

21. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Manche fixe le délai dans lequel M. C devra exécuter la décision d'obligation de quitter le territoire français dont il est l'objet. Il n'y a, par suite, pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction telles que présentées dans la requête, qui tendent à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et au réexamen du droit au maintien sur le territoire français de M. C.

22. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Et aux termes de l'article R. 613-7 du code précité : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Enfin selon l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription / () ".

23. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Manche fasse supprimer dans le système d'information Schengen le signalement de M. C aux fins de non-admission résultant de l'interdiction de retour édictée à son encontre. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Manche de prendre toutes les mesures utiles pour procéder à cet effacement sans délai à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

24. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bernard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État à son profit la somme de 1 000 (mille) euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Manche en date du 24 mai 2024 est annulé en tant qu'il a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire à M. C, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, sans que M. C soit dispensé de son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui sera fixé par l'autorité administrative.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Manche de prendre, sans délai, toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'État versera à Me Bernard la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Bernard et au préfet de la Manche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. D

La greffière,

Signé

H. SCHREINER

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

J. Lounis

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