mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2401405 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Autres délais-Etrangers-1 |
| Avocat requérant | MARY & INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi en date du 30 mai 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal administratif de Caen la requête de M. B D.
Par une requête enregistrée le 14 mai 2024, M. B D, représenté par Me Mary, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement ;
4°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
-elle a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut d'information ;
- elle n'a pas été précédée de la saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- elle est entachée d'un vice de procédure pour défaut d'examen du droit au séjour en méconnaissance de l'article L. 613- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision incluant la Géorgie dans la liste des pays d'origine sûrs ;
- elle méconnaît le point 25 in fine de la directive 2013/32/UE ;
- elle porte atteinte au droit à un recours effectif tel que garanti par l'article 46 de la directive européenne 2013/32/UE du 26 juin 2013 en ce qu'il devrait être autorisé à se maintenir sur le territoire afin de pouvoir être entendu personnellement par la Cour nationale du droit d'asile ;
- elle méconnaît le point 29 et l'article 24 de la directive 2013/32/UE ;
- elle est prise en violation de l'article 33 de la convention de Genève, ainsi que des articles 18 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est contraire à l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi qu'aux articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de l'automaticité de la décision et de l'erreur sur l'étendue du pouvoir du préfet ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa situation a été examinée seulement au regard de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale alors que la protection internationale recouvre aussi les articles L. 711-1 et L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 711-1 et L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
-elle a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle procède d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreurs de droit tirées de l'automaticité de la décision et de l'erreur sur l'étendue du pouvoir du préfet ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de l'étendue de la protection internationale, ainsi que d'une erreur d'appréciation des risques encourus en cas de retour dans son pays ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la demande de suspension de la mesure d'éloignement :
- il est nécessaire de contester la violation du point 29 et des articles 24 et 37 de la directive 2013/32/UE et du droit à un recours spécifique en matière d'asile ;
- il justifie d'éléments sérieux relatifs à un risque de persécution dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 juin 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête, et subsidiairement, à ce que les frais liés au litige soient minorés.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2024.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive européenne 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne C-383/13 du 10 septembre 2013 ;
- la décision n° 2023-863 DC du Conseil constitutionnel du 25 janvier 2024 ;
- le code de justice administrative.
Par décision en date du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. C conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Schreiner, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Mary, représentant M. D qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant géorgien né le 12 septembre 1962, est entré en France le 11 novembre 2023, selon ses déclarations, pour y demander l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande le 29 février 2024, décision frappée d'appel devant la Cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 23 avril 2024, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. D a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
3. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
4. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
5. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt du 10 septembre 2013 C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D a été rendu destinataire, par la brochure d'information relative aux possibilités de demander un titre de séjour dès le début de l'examen d'une demande d'asile qui lui a été remise le 20 novembre 2023, d'une information écrite relative aux conditions de son admission au séjour en France à un autre titre que l'asile et aux conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements, et, notamment, en cas de maladie, si bien qu'il n'a pas été privé de présenter toutes observations qu'il estimait utile, en particulier sur son l'état de santé, à l'administration. A cet égard, s'il fait valoir qu'il est atteint d'une coxarthrose (arthrose de la hanche) et d'une discopathie, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence de prise en charge de ses pathologies l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait être soigné dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il n'est pas établi qu'il disposait d'informations qui, si elles avaient été portées à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement, auraient été de nature à faire obstacle à d'adoption de cette mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, et ainsi qu'il a été dit au point précédent, il ressort des pièces du dossier que M. D a été informé, le 20 novembre 2023, des modalités de demande d'admission au séjour à un autre titre que l'asile par un document rédigé en géorgien, sa langue d'origine. Par suite le moyen tiré du défaut d'information manque en fait et doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ".
9. M. D soutient que le préfet devait solliciter l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) préalablement à l'intervention de la décision attaquée. Toutefois, d'une part, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que le préfet du Calvados disposait, avant de prendre la décision en litige, d'éléments sur l'état de santé du requérant. D'autre part, il ressort de l'unique certificat médical produit, rédigé par un médecin généraliste, que M. D est atteint d'une coxarthrose gauche évoluée, nécessitant une prothèse totale de hanche, évoluant depuis deux ans avec une discopathie, qu'il marche avec deux cannes, présente un périmètre de marche inférieur à 100 mètres et se trouve dans la quasi impossibilité de monter des marches ou des escaliers. Ce document médical n'est pas de nature à établir que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié. Par suite, les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine pour avis du collège des médecins de l'OFII et de ce qu'elle méconnaîtrait les dispositions citées au point 8 doivent donc être écartés.
10. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
11. Dans sa décision du 25 janvier 2024 susvisée, le Conseil constitutionnel a estimé (point 131) que pour l'application de cette dernière disposition, il appartient en particulier à l'autorité administrative d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif, si l'étranger peut se prévaloir d'une résidence stable et régulière sur le territoire français de nature à avoir fait naître entre lui et le pays d'accueil des liens multiples.
12. Si M. D n'a pas formulé de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte des dispositions citées au point 10 du présent jugement, éclairées par l'interprétation donnée par le Conseil constitutionnel, qu'il appartient à l'autorité administrative, avant de prononcer une obligation de quitter le territoire français, de procéder à la vérification du droit au séjour de l'intéressé.
13. M. D fait valoir qu'il souffre de plusieurs pathologies qui nécessitent une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que les traitements médicaux ne sont pas disponibles en Géorgie. Toutefois, l'intéressé n'établit pas avoir informé le préfet de ses pathologies lors du dépôt de sa demande d'asile. En tout état de cause, et ainsi qu'il a été dit au point 9, l'unique certificat médical qu'il produit n'est pas de nature à établir que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il ne pourrait bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié et qu'il doive, en conséquence, se voir délivrer un titre de séjour pour motif de santé. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'arrêté lui-même que l'autorité administrative a étudié l'ancienneté du séjour en France de M. D, examiné les liens privés, familiaux qu'il y entretient et l'existence de liens avec son pays d'origine. Procédant ainsi, elle doit être regardée comme ayant procédé à l'examen prévu par les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
14. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision en litige, qu'elle aurait été prise sans que le préfet n'ait procédé à un examen de la situation de l'intéressé et n'ait, en particulier, procédé à une vérification de son droit au séjour. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. D et de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
15. En sixième lieu, si le requérant soutient que la mesure d'éloignement est fondée sur la décision illégale de l' Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) portant inscription de la Géorgie sur la liste des pays d'origine sûrs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le conseil d'administration de l'Office aurait, en procédant à cette inscription, commis une erreur de droit ou inexactement apprécié, au regard des exigences résultant de l'article L. 722-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la situation de ce pays. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la délibération du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides serait devenue illégale à raison d'un changement de circonstances. En tout état de cause, la décision par laquelle un préfet oblige un ressortissant étranger à quitter le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile n'est pas prise pour l'application de la décision du conseil d'administration de l'OFPRA fixant la liste des pays d'origine sûrs, en application de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision ne constitue pas davantage la base légale de la mesure d'éloignement prononcée par le préfet du Calvados. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision par laquelle le conseil d'administration de l'OFPRA a placé la Géorgie sur la liste des pays d'origine sûr.
16. En septième lieu, M. D ne saurait utilement se prévaloir des énonciations du considérant (25) du préambule de la directive européenne 2013/32/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale qui sont par elles-mêmes dépourvues de portée normative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces énonciations est inopérant et doit être écarté comme tel.
17. En huitième lieu, aux termes de l'article 46 de la directive n° 2013/32/UE : " 1. Les États membres font en sorte que les demandeurs disposent d'un droit à un recours effectif devant une juridiction contre les actes suivants : / a) une décision concernant leur demande de protection internationale (). / 5. Sans préjudice du paragraphe 6, les États membres autorisent les demandeurs à rester sur leur territoire jusqu'à l'expiration du délai prévu pour l'exercice de leur droit à un recours effectif et, si ce droit a été exercé dans le délai prévu, dans l'attente de l'issue du recours. / () une juridiction est compétente pour décider si le demandeur peut rester sur le territoire de l'État membre, soit à la demande du demandeur ou de sa propre initiative, si cette décision a pour conséquence de mettre un terme au droit du demandeur de rester dans l'État membre et lorsque dans ces cas, le droit de rester dans l'État membre dans l'attente de l'issue du recours n'est pas prévu par le droit national. () ".
18. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 611-1, L. 542-2, L. 531-24, L. 752-5 et L. 751-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque le demandeur est, comme en l'espèce, originaire d'un pays d'origine sûr, le droit à un recours effectif prévu par l'article 46 de la directive n° 2013/32/UE n'implique pas nécessairement que le demandeur ait le droit de se maintenir sur le territoire de l'État membre dans l'attente de l'issue du recours juridictionnel formé contre la décision rejetant sa demande de protection internationale mais implique seulement, lorsque cette décision a pour conséquence de mettre un terme à son droit au séjour dans l'État membre, qu'une juridiction décide s'il peut se maintenir sur le territoire de cet État. Un ressortissant étranger issu d'un pays sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée peut contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. En outre, ce recours présente un caractère suspensif et le juge saisi a, en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la possibilité, le cas échéant, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et de permettre ainsi à l'intéressé de demeurer sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours. Dès lors, le moyen tiré de l'atteinte au droit au recours effectif doit être écarté.
19. En neuvième lieu, d'une part, ainsi qu'il a été dit au point 16 du présent jugement, M. D ne saurait utilement se prévaloir des énonciations du considérant (29) du préambule de la directive européenne 2013/32/UE du 26 juin 2013. D'autre part, le requérant ne justifie nullement qu'il devrait être regardé comme " nécessitant des garanties procédurales spéciales " au sens de l'article 24 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013. Le moyen doit être écarté.
20. En dixième lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir du principe de non-refoulement énoncé par les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et les stipulations des articles 18 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite n'a pas pour objet de déterminer le pays à destination duquel il sera renvoyé et n'a pas non plus pour effet, par elle-même, de le contraindre à retourner dans son pays d'origine.
21. En onzième lieu, aux termes de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. / Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. () ". Aux termes de l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". Enfin, aux termes de l'article 13 de cette convention : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ".
22. D'une part, le requérant ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de son droit à un procès équitable garanti par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elles ne sont applicables qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des droits ou des obligations de caractère civil ou sur des accusations en matière pénale. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
23. D'autre part, le droit à un recours effectif tel que protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'implique pas qu'un étranger, dont la demande d'asile a fait l'objet d'un examen en procédure accélérée, puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la CNDA, alors au demeurant qu'ils peuvent se faire représenter devant cette juridiction. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 18, le requérant a usé de la faculté offerte par l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de demander au président du tribunal la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet jusqu'à l'intervention de la décision de la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, et pour les mêmes motifs, du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
24. En douzième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Calvados n'ait pas porté une appréciation sur la situation du requérant avant de décider de son éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet au regard de l'automaticité de sa mesure manque en fait et doit être écarté. En outre, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet s'est cru, à tort, lié par l'appréciation portée par l'OFPRA sur la demande d'asile de M. D. Il n'appartient, par ailleurs, pas au préfet d'examiner la situation de ces derniers au regard des articles L. 511-1 et L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui présentent respectivement la qualité de réfugié et de bénéficiaire de la protection subsidiaire. Ce moyen doit par suite être écarté.
25. En treizième lieu, aucun texte ni aucun principe n'attribue une compétence au préfet pour examiner les conditions d'octroi du statut de réfugié et de la protection subsidiaire prévues par les articles L. 511-1 et L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (et non L. 711-1 et L. 712-1 comme mentionné par erreur page 7 de la requête). Par suite, M. D ne saurait utilement soutenir que l'autorité préfectorale aurait commis, d'une part, une erreur de droit en ne motivant sa décision qu'au regard de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans référence aux articles précités et, d'autre part, une erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions.
26. En quatorzième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
27. M. D affirme avoir fixé le centre de ses intérêts en France et invoque son état de santé et des pathologies qui ne peuvent pas être soignées en Géorgie. Toutefois, il ne justifie nullement, contrairement à ce qu'il allègue, avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, où il séjourne depuis cinq mois à la date de la décision contestée, qu'il ne dispose d'aucun lien familial ou personnel en France alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine où résident son épouse et ses enfants. Enfin et ainsi qu'il a été dit précédemment, si le requérant se prévaut d'un certificat médical, ce dernier n'est pas suffisamment précis et circonstancié pour établir que son état de santé nécessite son maintien en France. Dans ces conditions, aucun obstacle ne s'oppose à ce que M. D poursuive son existence en Géorgie, pays où il a vécu à tout le moins jusqu'à l'âge de soixante et un ans. Par conséquent, le préfet n'a pas, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard desquels la décision attaquée a été prise. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
28. En quinzième lieu et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste que le préfet aurait commise dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. D, à l'appui duquel il ne fait pas davantage état d'éléments supplémentaires, doit être écarté compte tenu de tout ce qui précède.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
29. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 à 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, en ce qu'il est dirigé contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
30. En deuxième lieu, la décision attaquée vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. D, mentionne que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, qu'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile est en cours et indique qu'il n'est pas établi que l'intéressé peut être soumis à la torture ou à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour avoir mis utilement M. D en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. En outre, et contrairement à ce qu'affirme le requérant, l'autorité administrative n'était pas tenue de viser les articles L. 511-1 et L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'énoncer des motifs de fait au regard de ces articles qu'elle n'applique pas et qui ne constituent pas le fondement de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.
31. En troisième lieu, il résulte des points 6 à 28 que l'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune des illégalités invoquées. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, en ce qu'il est invoqué à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
32. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, qui traduisent un examen approfondi de la situation personnelle de M. D, que le préfet du Calvados n'a pas fait usage de son pouvoir d'appréciation, ni qu'il s'est cru à tort en situation de compétence liée par la décision de l'OFPRA pour fixer le pays de destination. Par suite les moyens tirés de ce que la décision procède d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle et de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit doivent être écartés.
33. En dernier lieu, en vertu de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
34. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 24 et 25, les branches du moyen tirés de l'erreur de droit en raison de l'automaticité de la décision et de l'étendue du pouvoir du préfet, ainsi que de l'erreur de droit tiré de l'étendue de la protection internationale doivent être écartés.
35. D'autre part, si le requérant allègue craindre pour sa vie en cas de renvoi dans son pays d'origine, il ne produit aucun élément actuel et circonstancié de nature à établir qu'il serait effectivement exposé à des menaces ou à des traitements inhumains au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Géorgie, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. Enfin et ainsi qu'il a été dit précédemment il n'appartient pas au préfet d'examiner la situation de M. D au regard des articles L. 511-1 et L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
36. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, prise au visa des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionne que M. D est arrivé récemment en France et y est dépourvu de liens personnels et familiaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.
37. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 à 7, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, en ce qu'il est dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
38. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
39. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
40. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas de la lecture de la décision en litige que le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L. 612-8 et L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et se serait cru tenu d'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour dès lors que M. D ne présentait pas de circonstances humanitaires qui auraient justifié que l'autorité administrative n'assortisse pas ladite décision d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français.
41. En quatrième et dernier lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté du 23 avril 2024 que le préfet du Calvados a bien pris en considération la durée de présence de M. D sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne dispose d'aucun lien personnel ou familial stable et intense sur le territoire français et qu'il n'y justifie que d'une présence de cinq mois à la date de la décision attaquée. Par conséquent, et bien que M. D n'ait jamais fait l'objet de mesures d'éloignement et ne présente pas une menace pour l'ordre public, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet lui interdisant le retour pour une durée d'un an serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
42. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 23 avril 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
43. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :
44. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".
45. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'OFPRA à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'OFPRA. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.
46. D'une part, pour solliciter la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement, M. D invoque la méconnaissance du point 29 et des articles 24 et 37 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, et fait valoir qu'il est privé du bénéfice d'un recours effectif, dès lors que sa demande d'asile a été traitée en procédure accélérée et que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée le privera de la possibilité de s'exprimer devant la CNDA. Aucun de ces arguments n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la régularité ou le bien-fondé de la décision de l'OFPRA.
47. D'autre part, si M. D, dont l'OFPRA a rejetée la demande d'asile le 29 février 2024, demande, à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre durant l'examen de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, il ne se prévaut d'aucun élément nouveau de nature à faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, ses conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
48. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil du requérant de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Mary et au préfet du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
X. C
La greffière,
Signé
H. SCHREINER
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026