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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401427

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401427

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOUTHORS-NEVEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3, 12, 17, 18 et 19 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Bouthors-Neveu, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 13 juillet 2023 par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a refusé de la placer en congé de longue maladie à compter du 6 septembre 2022 et de la décision du 26 janvier 2024 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de suspendre l'exécution de la correspondance du 16 avril 2024 par laquelle les services de l'académie de Normandie l'ont informée de ce qu'elle ferait l'objet d'un arrêté la plaçant en disponibilité d'office pour la période du 6 septembre 2023 au 31 mai 2024 ;

3°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 16 avril 2024 lequel la rectrice de l'académie de Normandie l'a placée en disponibilité d'office pour la période du 6 septembre 2023 au 31 mai 2024 ;

4°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Normandie de statuer à nouveau sur sa demande de congé de longue maladie, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que les décisions attaquées engendrent une perte de revenus, portent atteinte à ses droits statutaires, font obstacle à ce qu'elle puisse être admise à la retraite dès mars 2025 et l'exposent à la perte de son poste ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, dès lors que les décisions du 13 juillet 2023 et du 26 janvier 2024 sont entachées d'incompétence et d'une insuffisance de motivation et méconnaissent son droit à l'octroi d'un congé de longue maladie prévu par l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin, la rectrice de l'académie de Caen conclut au rejet de la requête.

La rectrice de l'académie de Caen soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe pas de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Caen a désigné M. Marchand, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 juin 2024 en présence de M. Lounis, greffier :

- le rapport de M. Marchand, qui informe les parties de ce que l'ordonnance à intervenir est susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office, tiré de ce que la correspondance du 16 avril 2024 par laquelle les services de l'académie de Normandie ont informée Mme A de ce qu'elle ferait l'objet d'un arrêté la plaçant en disponibilité d'office pour la période du 6 septembre 2023 au 31 mai 2024 ne constitue pas une décision faisant grief, susceptible de recours ;

- les observations de Me Leclerc, substituant Me Bouthors-Neveu, avocate de Mme A ;

- et les observations du représentant de la rectrice de l'académie de Normandie.

La clôture de l'instruction a été différée au 20 juin 2024 à 14h.

Un mémoire, présenté par la rectrice de l'académie de Normandie, a été enregistré le 20 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, professeure de lycée professionnel, a été placée en congé de maladie ordinaire du 6 septembre 2022 au 5 septembre 2023. Elle a sollicité son placement en congé de longue maladie à compter du 6 septembre 2022. Par une décision du 13 juillet 2023, confirmée sur recours gracieux le 26 janvier 2024, la rectrice de l'académie de Normandie a rejeté sa demande. Par une correspondance du 16 avril 2024, les services de l'académie de Normandie ont informé Mme A de ce qu'elle ferait l'objet d'un arrêté la plaçant en disponibilité d'office pour la période du 6 septembre 2023 au 31 mai 2024. L'arrêté annoncé a été pris le 16 avril 2024 et notifié à l'intéressée le 4 juin suivant. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions des 13 juillet 2023 et 26 janvier 2024, de la correspondance du 16 avril 2024 et de l'arrêté du même jour.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

Sur la correspondance du 16 avril 2024 annonçant à Mme A la prise ultérieure d'un arrêté la plaçant en disponibilité d'office :

3. La correspondance en cause, qui se borne à informer l'intéressée de la prise ultérieure d'un arrêté relatif à sa situation administrative, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de son exécution sont irrecevables.

Sur les décisions portant refus de congé de longue maladie et mise en disponibilité d'office :

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les décisions attaquées ont pour effet de priver Mme A de sa rémunération, font obstacle à ce qu'elle puisse être admise à la retraite dès mars 2025 et l'exposent à la perte de son poste. Dès lors, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

6. En second lieu, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de congé de longue maladie sont insuffisamment motivées sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à leur légalité et à celle de l'arrêté du 16 avril 2024 ayant placé Mme A en disponibilité d'office.

7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution des décisions des 13 juillet 2023 et 26 janvier 2024 et de l'arrêté du 16 avril 2023 jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur les requêtes au fond.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Normandie de réexaminer la demande de congé de longue maladie de Mme A, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des décisions des 13 juillet 2023 et 26 janvier 2024 par lesquelles la rectrice de l'académie de Normandie a rejeté la demande de congé de longue maladie de Mme A et celle de l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel elle a été placée en disponibilité d'office sont suspendues jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les requêtes au fond.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Normandie de réexaminer la demande de congé de longue maladie de Mme A, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera transmise à la rectrice de l'académie de Normandie.

Fait à Caen, le 21 janvier 2024.

Le juge des référés,

Signé

A. Marchand

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

J. Lounis

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