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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401463

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401463

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET NDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juin 2024 et le 26 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 février 2024 par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté du 10 juin 2024 n'a qu'un caractère confirmatif de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour née le 10 février 2024 et ne peut s'y substituer ;

- la décision implicite du 10 février 2024 n'est pas motivée, aucune réponse n'ayant été apportée à sa demande de communication des motifs ;

- les décisions attaquées portant refus de délivrance d'un certificat de résidence méconnaissent les stipulations de l'article 6 de l'accord du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les dispositions des article L. 612-8 et L. 610-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête aux motifs que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté des conclusions dirigées contre l'arrêté du 10 juin 2024.

Par un mémoire, enregistré le 2 août 2024, M. A a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public et soutient que sa demande d'aide juridictionnelle, déposée le 25 mai 2024, a eu pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux.

Par un mémoire enregistré le 19 août 2024, le préfet du Calvados a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public et fait valoir que la requête de M. A est tardive.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 14 novembre 1969, déclare être entré irrégulièrement en France le 2 juin 2010. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 28 juillet 2021, puis le 4 janvier 2022 et le 10 octobre 2023 et a bénéficié d'un récépissé valable jusqu'au 9 janvier 2024. Du silence gardé par l'administration sur sa demande présentée au plus tard le 10 octobre 2023 est née, le 10 février 2024, une décision implicite de rejet dont M. A demande l'annulation. Postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Calvados a, par arrêté du 10 juin 2024 dont M. A demande également l'annulation, explicitement refusé de lui délivrer le certificat de résidence qu'il sollicitait, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel cette autorité a explicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment son article 8, cite les stipulations et dispositions pertinentes de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, mentionne notamment, et de manière détaillée, les éléments relatifs à l'ancienneté du séjour du requérant en France ainsi que ceux concernant sa situation familiale, professionnelle, sociale et administrative sur le territoire. La décision comportant les motifs de droit et de fait qui la fondent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

5. Si M. A se prévaut d'une résidence en France depuis plus de treize ans, les pièces qu'il produit, constituées de témoignages, d'ordonnances médicales, de divers documents administratifs et bancaires, ne permettent pas d'établir le caractère continu de cette résidence. Par ailleurs, la relation de concubinage qu'il allègue entretenir depuis de nombreuses années avec une ressortissante française n'est pas établie. En outre, la promesse d'embauche de juillet 2021 ne saurait caractériser une quelconque insertion professionnelle. Enfin, M. A n'établit ni n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à M. A le certificat de résidence qu'il sollicitait, le préfet du Calvados n'a pas porté au droit de l'intéressé à mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, ni l'ancienneté de la présence en France de l'intéressé ni sa relation avec une ressortissante française ne sont établies. En outre, M. A a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, ainsi que d'un arrêté portant remise aux autorités espagnoles du 6 mars 2020. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Calvados n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

8. II résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me N'Diaye et au préfet du Calvados.

Copie sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

C. DUCOS DE SAINT BARTHÉLÉMY DE GÉLAS

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUDLa greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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