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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401464

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401464

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantWAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2024, M. A B, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- le préfet doit justifier de la compétence de l'auteur de la décision ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, il est illégal du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an :

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 juillet 2024.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par décision en date du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. D conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Schreiner, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu :

- et les observations de Me Wahab, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 2 juin 1988, est entré en France en novembre 2023, selon ses déclarations. Il a été placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et usage du téléphone au volant le 6 juin 2024. Par l'arrêté contesté du même jour, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, par un arrêté du préfet du Calvados du 4 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour, accessible au public sur le site de la préfecture, M. E C, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration, a reçu délégation à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service, dont fait partie la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la mesure d'éloignement contestée doit être écarté comme infondé.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français à l'âge de trente-quatre ans, il est célibataire et sans enfant. Il n'établit pas ni même n'allègue avoir des liens privés ou familiaux sur le territoire français. Sa présence en France depuis novembre 2023 selon ses déclarations est de moins d'un an à la date de l'arrêté contesté. Il ne saurait, dès lors, témoigner d'une insertion sociale ou professionnelle significative sur le territoire français. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard notamment tant à la durée qu'aux conditions de séjour en France de l'intéressé, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et au vu de l'ensemble des éléments du dossier, le préfet du Calvados n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

6. Les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant un délai de départ volontaire à M. B ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de retour.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. La décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'étant pas illégale, l'exception d'illégalité soulevée par le requérant à l'encontre de l'interdiction de retour doit être écartée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 6 juin 2024.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil du requérant de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Wahab et au préfet du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. D

La greffière,

Signé

H. SCHREINER

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

J. Lounis

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