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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401524

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401524

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCE- Etrangers
Avocat requérantNJEM EYOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces présentées au cours de l'audience, enregistrés les 14, 20 et 21 juin 2024, M. A B, représenté par Me Njem, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 juin 2024 par lequel le préfet de l'Orne lui a refusé le bénéfice d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français ainsi que l'annulation de toutes les décisions contenues dans ce même arrêté ;

2°) d'enjoindre le préfet de l'Orne au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer dans l'intervalle un titre provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au titre des frais d'instance, d'une part la somme de 500 euros en guise de remboursement de la somme exposée par M. B pour contester un arrêté reconnu illégal par la préfecture, et d'autre part 1 500 euros, pour l'instance propre contre l'arrêté querellé.

Il soutient que l'arrêté est entaché de l'incompétence de son auteur.

Il soutient que la décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée du défaut de notification et de motivation de l'avis de la commission du titre de séjour réunie le 9 février 2024 ;

- méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne sur le droit d'être entendu ;

- est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article R. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il s'est amendé en détention et qu'il s'inscrit désormais pleinement dans la connaissance des valeurs de la république ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il veut rejoindre ses enfants et qu'il vit avec une compagne prête à le prendre en charge dans un premier temps ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que ses enfants ont besoin de leur père ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il s'est amendé en détention, présente un projet professionnel de réinsertion, qu'il poursuit des études et qu'il existe une offre de travail pour les chauffeurs poids lourds.

Il soutient contre la décision portant refus de délai de départ volontaire qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il a une situation stable en France.

Il soutient contre la décision fixant le pays de destination, que celle-ci n'est pas motivée, que la situation n'est pas stable en Angola et que cette décision doit être annulée par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement.

Il soutient enfin contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six ans qu'elle est disproportionnée au regard de sa situation familiale.

Par des mémoires et des pièces, enregistrés les 19 et 20 juin 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif, d'une part, que la requête est irrecevable car contestée au-delà du délai de quarante-huit heures après sa notification à M. B, et d'autre part, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le conseil de M. B a formulé dans ses écritures une demande d'extraction qui a été transmise au préfet le 20 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures prévues par les articles L. 614-2 à L. 614-15 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des mesures prévues par l'article L. 754-4 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin à 10 heures :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Lerévérend, substituant Me Njem, et celles de M. B.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-29 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant angolais, est entré irrégulièrement en France en 2003. Il a été titulaire de plusieurs titres de séjour et d'une carte de résident entre le 26 septembre 2006 et le 25 septembre 2021. Il est incarcéré depuis le 26 mai 2016 suite à une condamnation à une peine de douze ans de réclusion criminelle, notamment pour viol commis par une personne ayant autorité sur la victime. Il a sollicité le 1er septembre 2023 un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Par un arrêté du 7 juin 2024, qui faisait suite à un premier arrêté du 21 mai 2024 retiré, le préfet de l'Orne a refusé la demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six ans. Le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, telles les dispositions relatives à la contestation des élections politiques ou celles prévoyant des délais exprimés en heures ou expirant à un horaire qu'elles précisent, la date à prendre en considération pour apprécier si un recours contentieux adressé à une juridiction administrative par voie postale a été formé dans le délai de recours contentieux est celle de l'expédition du recours, le cachet de la poste faisant foi.

3. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être recevables, ces requêtes doivent être présentées au greffe du tribunal administratif, pour y être enregistrées, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'arrêté. Ce délai n'est pas un délai franc, se décompte d'heure à heure.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté préfectoral attaqué en date du 7 juin 2024 a été notifié à l'intéressé le 10 juin 2024 à 11h10, comme en atteste les mentions non contestées présentes au pied de la décision. Cette notification comportait la mention de régulières voies et délais de recours. La présente requête a été enregistrée au greffe du tribunal le 14 juin, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de quarante-huit heures qui n'est susceptible d'aucune prorogation en vertu du II de l'article R. 776-5 du code de justice administrative. Le cachet de la Poste fixant au 12 juin 2024 la date d'envoi du courrier ne constitue pas, au regard d'un délai fixé d'heure à heure par un texte législatif, un motif de décompter un délai de recours à partir de l'expédition du recours.

5. Si M. B indique qu'il ne maîtrise pas le procédé d'expédition de sa requête en détention, et précise encore à l'audience qu'il a rédigé sans délai la requête manuscrite sommaire, il ressort des pièces du dossier, comme de son audition à l'audience, que sa requête manuscrite porte la mention du 11 juin qu'il y a lui-même porté, et aucune indication ni précision quant à ses date et heure de remise au greffe ou à quelconque autorité du centre pénitentiaire, de telle manière qu'il ne met pas le tribunal en capacité d'apprécier que le dépôt de sa requête a été fait dans un délai permettant de respecter le délai de recours par voie postale. Plus encore, à supposer même la date de rédaction de la requête introductive d'instance pouvoir être établie au 11 juin et son envoi par courrier fait sans délai, et alors que le délai de recours contentieux ne courrait que jusqu'au 12 juin 2024 à 11h10, la requête serait encore tardive compte tenu de la prise en compte d'un délai d'acheminement normal par voie postale. Enfin, le délai écoulé entre la date de la décision le 7 juin 2024 et sa notification le 10 juin suivant est sans incidence sur son délai d'action contre l'arrêté en litige. Dans ces conditions, la présente requête est tardive et doit être rejetée comme irrecevable.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées pour M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Njem et au préfet de l'Orne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

B. CLe greffier,

Signé

D. DUBOST

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier en chef,

D. Dubost

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