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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401552

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401552

mardi 24 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBARA CARRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juin et 15 octobre 2024, Mme C épouse B, représentée par Me Bara Carré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 4 juin 2024 par laquelle le préfet du Calvados a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte de résident dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation sans délai et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours, sous la même condition d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ; la décision ne comporte pas les prénom, nom et qualité de son signataire et ce, en méconnaissance de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et n'est pas motivée en droit ;

- elle méconnaît l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande a été classée sans suite au seul motif qu'elle n'aurait pas honoré deux convocations ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 426-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait.

Par un mémoire enregistré le 20 août 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 432-3 et L. 426-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants.

Par une décision du 17 septembre 2024, la demande de Mme C épouse B d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Sénécal, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, ressortissante gabonaise née le 12 février 1989, est entrée en France le 29 avril 2012 sous couvert d'un visa long séjour en qualité de conjointe de français valable du 28 avril 2012 au 28 avril 2013. Elle a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire jusqu'au 27 avril 2014 puis d'une carte de résident valable du 28 mai 2014 au 27 mai 2024. Elle a sollicité, le 18 mai 2024, sur le site internet " démarches simplifiées.fr ", le renouvellement de sa carte de résident. Par un courriel du 4 juin 2024, les services de la préfecture du Calvados l'ont informée du classement sans suite de sa demande. Mme C épouse B demande l'annulation de la décision du 4 juin 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 4 juin 2024 qui mentionne " le bureau du séjour. Préfecture du Calvados " n'est pas signée et ne mentionne pas le prénom, le nom et la qualité de l'auteur de la décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être accueilli.

4. En second lieu, pour décider de classer sans suite la demande de renouvellement de Mme C épouse B, le préfet du Calvados a estimé que la requérante n'avait pas honoré les deux convocations en préfecture des 28 mai et 4 juin 2024 et l'en a informée via la plateforme " démarches simplifiées.fr ". Il ressort des pièces du dossier que ces convocations ne lui ont pas été adressées via cette plateforme mais lui ont été transmises par courriels des 23 mai et 30 mai 2024 à l'une des adresses courriel communiquées par la requérante lors du dépôt de sa demande, à savoir anskacretot@yahoo.fr. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C épouse B aurait reçu ces courriels de convocation. Dans ces conditions, en décidant de classer sans suite la demande de Mme C épouse B de renouveler sa carte de résident au motif qu'elle ne s'était pas présentée aux convocations, le préfet du Calvados a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Le moyen doit, par suite, être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que Mme C épouse B est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 juin 2024 par laquelle le préfet du Calvados a classé sans suite sa demande de renouvellement de sa carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer la demande de Mme C épouse B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme C épouse B au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet du Calvados du 4 juin 2024 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la situation de Mme C épouse B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C épouse B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet du Calvados.

Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

I. SENECAL

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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