vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2401570 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | WAHAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 18 juin 2024 et le 30 juillet 2024, Mme A D, représentée par Me Wahab, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de la délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale dès lors que son comportement ne constitue pas une menace grave, réelle et actuelle pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre et de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en l'absence de menace à l'ordre public.
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre et de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à vie privée et familiale.
Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant de New-York ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n°2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- et les observations de Me Wahab, représentant la requérante.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
Une note en délibéré présentée pour Mme D a été enregistrée le 29 août 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, née le 10 mai 1987 à Oulan-Bator (Mongolie), est entrée régulièrement en France en mars 2011 munie d'un visa C délivré par les autorités polonaises. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile, sous le nom de Mme E, de nationalité chinoise, qui lui a été refusé par une décision non contestée de l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides du 21 juin 2012. Par un arrêté du 10 septembre 2012, le préfet du Calvados lui a notifié sous ses deux patronymes une première obligation de quitter le territoire. Le 23 janvier 2015, l'intéressée a sollicité sous sa véritable identité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade et a obtenu plusieurs titres successifs en cette qualité jusqu'au 24 juin 2017. Le tribunal administratif de Caen a rejeté le 18 décembre 2018 la requête par laquelle elle contestait l'arrêté préfectoral du 22 août 2018 portant refus de renouvellement de son titre et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme D a déposé le 19 août 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour " salarié ou travail temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-1 et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 avril 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre Mme D à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. B F, chef du service immigration, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. Mme D fait valoir sa durée de présence en France depuis 2011, qu'elle loue un appartement et que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe désormais sur le territoire français où sont scolarisés ses deux enfants nés le 28 janvier 2012 et le 7 mai 2018 à Caen. Si elle allègue ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans et soutient que sa mère est décédée, elle ne le démontre pas. Elle établit avoir suivi un stage de formation intitulé " compétences transverses " à l'Institut régional de formation pour adultes d'Hérouville Saint-Clair du 13 novembre 2017 au 21 mars 2018, une sensibilisation de deux heures aux gestes qui sauvent le 2 décembre 2022, et être titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2022 en qualité de peintre décoratrice dans une entreprise située à Ifs et pour lequel elle produit les fiches de paie depuis septembre 2022. Elle se prévaut notamment d'une attestation du centre socioculturel de la CAF du 13 octobre 2017 attestant de sa fréquentation à l'atelier français langue étrangère depuis le mois de septembre 2017, d'une attestation du 4 février 2021 selon laquelle elle a participé à l'organisation d'évènements et de permanences de l'association Le Ciel Blue avant la fin des activités en avril 2016, et produit une attestation d'engagement bénévole au secours catholique datée du 18 juin 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le visa C de l'intéressée a expiré le 12 mars 2011, qu'elle n'a été admise à se maintenir sur le territoire français que le temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile qu'elle avait présentée sous une fausse identité, qu'elle ne peut justifier d'un séjour régulier sur le territoire français qu'entre le 25 juin 2015 et le 24 juin 2017 pour des raisons médicales, et qu'elle a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français le 10 septembre 2012 et le 22 août 2018 non exécutées. Par ailleurs, et nonobstant les efforts récents d'intégration socio-professionnelle de Mme D, il ressort des pièces du dossier qu'elle exerce une activité professionnelle sans autorisation de travail recevable, cette dernière, délivrée le 3 août 2022, étant pour un " résident hors de France " alors qu'il n'est pas contesté qu'elle demeurait sur le territoire français à cette date. En outre, les quelques attestations d'activité sociale produites et la " pratique trop approximative du français " relevée par la commission du titre de séjour ne sauraient justifier d'une insertion dans la société française au regard de la durée de présence de la requérante sur le territoire français. Enfin, la requérante n'établit pas avoir noué des liens personnels d'une particulière intensité sur le territoire français, et ne justifie pas que ses deux enfants de nationalité mongole ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Mongolie. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens doivent donc être écartés.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire ".
8. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme D, le préfet s'est notamment fondé sur la circonstance que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, dès lors qu'elle a été condamnée, le 12 avril 2018, à trois mois d'emprisonnement avec sursis par le président du tribunal judiciaire de Caen pour aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France ou dans un Etat partie à la convention de Schengen en bande organisée, ainsi qu'à trois mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Caen pour vol en réunion et recel de bien provenant d'un vol en 2014. Si la requérante ne conteste pas la matérialité des faits qu'elle justifie par son indigence, le préfet verse au dossier l'extrait de son casier judiciaire sur lequel figure uniquement la condamnation pour vol et recel. Mme D soutient que ces faits sont anciens, qu'elle n'a pas fait l'objet d'une nouvelle condamnation depuis et que sa présence en France n'est pas constitutive d'une menace à l'ordre public. Eu égard à leur ancienneté et à leur caractère isolé, et dans les circonstances de l'espèce, ces faits, pour répréhensibles qu'ils soient, ne sauraient suffire à établir que le comportement de la requérante constitue une menace actuelle et réelle à l'ordre public. Toutefois, il ressort de la décision attaquée que celle-ci est également fondée sur le motif, légalement justifié ainsi qu'il a été dit précédemment, tiré de ce que l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit par suite être écarté dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif.
9. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "
10. En présence d'une demande de régularisation déposée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
11. D'une part, la situation personnelle et familiale de Mme D, telle que rappelée au point 6, ne caractérise pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. D'autre part, si la requérante justifie être titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2022 en qualité de peintre décoratrice et produit les fiches de paie correspondantes, cette seule circonstance ne constitue pas un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Ainsi, et eu égard à ce qui a été exposé au point 6, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant son admission exceptionnelle au séjour, le préfet du Calvados aurait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, les moyens seront écartés.
12. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il en résulte que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est célibataire et qu'elle est la mère de deux enfants nés en 2012 et 2018 en France, pour lesquels elle indique ne pas avoir de contact avec les pères respectifs. La décision portant refus de séjour n'a elle-même ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme D de ses enfants. Il n'est pas démontré ni allégué que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Mongolie, pays dont la requérante et ses deux enfants ont la nationalité, ni que les enfants ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 avril 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'appui de son recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet.
16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision refusant l'admission au séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
18. En premier lieu, la décision d'éloignement n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressée, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
19. En second lieu, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme D, le préfet s'est uniquement fondé sur la circonstance que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8, en l'absence de comportement de la requérante constitutif d'une menace à l'ordre public, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du préfet doit être accueilli.
20. Il résulte de ce qui précède que la décision du 25 avril 2024 refusant d'accorder un délai de départ volontaire doit être annulée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :
21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".
22. Il résulte de ces dispositions que, dès lors que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est annulée, la décision par laquelle l'autorité administrative prononce une interdiction de retour sur le territoire français, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se trouve dépourvue de base légale et doit également être annulée.
23. En l'espèce, ainsi qu'il a été exposé précédemment, Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 avril 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Par voie de conséquence, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, la décision prise le même jour lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans doit être annulée.
24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est seulement fondée à demander l'annulation des décisions du 25 avril 2024 par lesquelles le préfet du Calvados a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
25. D'une part, aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification. ".
26. Il résulte de ces dispositions que lorsque le tribunal administratif prononce l'annulation d'une décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à un étranger obligé de quitter le territoire français, il lui appartient uniquement de rappeler à l'étranger l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative, sans qu'il appartienne au juge administratif d'enjoindre au préfet de fixer un délai de départ.
27. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. () ".
28. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de l'interdiction de retour prise à l'encontre de Mme D implique seulement mais nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de mettre en œuvre la procédure d'effacement de ce signalement dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
29. Mme D est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Wahab renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Wahab de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme D.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet du Calvados du 25 avril 2024 est annulé en tant qu'il porte refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de Mme D aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Wahab une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Wahab renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme D.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Wahab et au préfet du Calvados.
Copie sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
Le greffier,
Signé
D. DUBOST
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
D. Dubost
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026