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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401576

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401576

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-2
Avocat requérantMONTREUIL ELIE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a annulé l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet du Nord obligeait M. B A, ressortissant soudanais, à quitter le territoire français sans délai, fixait le pays de destination et prononçait une interdiction de retour d'un an. La juridiction a retenu un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant, le préfet ayant omis de tenir compte de sa demande d'asile déposée en février 2024 et de l'attestation en procédure Dublin délivrée. Cette annulation entraîne par voie de conséquence celle des décisions subséquentes. La solution s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juin 2024 et 21 août 2024, M. A B A, représenté par Me Souty, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et son inscription au fichier des personnes recherchées, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros HT (1 440 euros TTC) à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou une somme de 1 200 euros à lui verser directement dans l'hypothèse où il ne bénéficierait pas de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- le préfet doit justifier de la compétence de l'auteur des décisions ;

- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il procède d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il méconnaît le principe de non refoulement ;

- il est pris en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la mesure d'éloignement doit être annulée au regard de l'illégalité du pays de destination ainsi que l'a jugé le Conseil d'État dans un arrêt de décembre 2020, n° 435867.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées ;

- le code de justice administrative.

Par décision en date du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. C conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Schreiner, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Souty, représentant M. B A qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures.

Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant soudanais né le 10 janvier 2003, est entré en France en décembre 2023, selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé le 17 juin 2024. Par l'arrêté contesté du même jour, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :

3. Pour justifier de prendre une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Nord relève que le requérant, qui est de nationalité soudanaise, n'a pas sollicité de demande d'asile contrairement à ce qu'il a déclaré au cours de son audition par les services de police. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'attestation de demande d'asile en procédure Dublin produite par le requérant, que son nom est M. B A et non M. B A comme mentionné dans l'arrêté contesté et qu'il a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture du Calvados qui lui ont remis ladite attestation de demande d'asile en procédure Dublin le 27 février 2024. L'arrêté contesté n'y fait pas référence et ne mentionne pas davantage que la procédure de détermination de l'État responsable de l'examen de la demande d'asile de l'intéressé aurait pris fin. Dès lors, M. B A est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B A est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, les décisions du même jour refusant l'octroi d'un délai de départ, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. L'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a obligé M. B A à quitter le territoire français implique qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour et qu'il réexamine sa situation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé (Caen - Calvados), de statuer à nouveau sur sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours.

7. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Et aux termes de l'article R. 613-7 du code précité : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Enfin selon l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription / () ".

8. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord fasse supprimer dans le système d'information Schengen et dans le fichier des personnes recherchées le signalement de M. B A aux fins de non-admission résultant de l'interdiction de retour édictée à son encontre. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de prendre toutes les mesures utiles pour procéder à cet effacement sans délai à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

9. M. B A qui a présenté sa demande de frais non compris dans les dépens sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Souty en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée directement à M. B A.

D E C I D E :

Article 1er : M. B A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté OQTF 5903270205 du préfet du Nord du 17 juin 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer à M. B A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Nord de prendre toute mesure propre à mettre fin sans délai au signalement de M. B A dans le système d'information des personnes recherchées et dans le système d'information Schengen à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'État versera à Me Souty, avocat de M. B A, la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'État. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A, la somme de 1 200 euros lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B A, à Me Souty et au préfet du Nord.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. C

La greffière,

Signé

H. SCHREINER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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