mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2401592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BARA CARRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin 2024 et 4 juillet 2024, Mme A D épouse B, représentée par Me Barra Carré, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 4 juin 2024 par laquelle le préfet du Calvados a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de résident l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine à compter de l'ordonnance à intervenir ; subsidiairement, de lui enjoindre de procéder à l'examen de sa demande dans un délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que la décision lui fait grief puisqu'elle se retrouve en situation irrégulière ; en outre, la décision s'analyse comme une décision refusant de poursuivre l'instruction de sa demande de renouvellement ;
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et que le classement sans suite de sa demande la place dans une situation précaire ; son employeur exige qu'elle fournisse une preuve du renouvellement de sa carte de résident si elle souhaite conserver son emploi ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :
• la décision a été signée par une autorité incompétente ; la décision ne comporte pas les prénom, nom et qualité de son signataire et ce, en méconnaissance de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
• la décision n'est pas motivée en droit et en fait ;
• elle méconnaît l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande a été classée sans suite au seul motif qu'elle n'aurait pas honoré deux convocations ;
• elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision la prive de conserver son emploi et de la possibilité de subvenir par elle-même à ses besoins ;
• elle méconnaît l'article L. 426-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait ; elle n'a été rendue destinataire d'aucune convocation régulière ; la préfecture n'a pas transmis ses convocations sur la plate-forme " démarches simplifiées " ni à l'adresse mail qu'elle avait mentionnée sur la plate-forme à l'occasion de sa demande de renouvellement ; les éléments communiqués par la préfecture ne permettent pas de certifier qu'elle a reçu les convocations en cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la décision de classement sans suite s'apparente à une décision de refus d'enregistrement pour incomplétude, les empreintes de la requérante n'ayant pas pu être relevées du fait de sa non-présentation aux deux convocations ;
- la condition de l'urgence n'est pas remplie, la requérante, qui ne s'est pas présentée à deux convocations, étant à l'origine de l'urgence qu'elle invoque ;
- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance des articles L. 432-3 et L. 426-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas de nature à créer un doute sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 juin 2024 sous le numéro 2401552 par laquelle
Mme D épouse B demande l'annulation de la décision du préfet du Calvados.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Audrey Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 8 juillet 2024 à 10 heures, en présence de Mme Bloyet, greffière d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Papinot, substituant Me Barra Carré, représentant Mme D épouse B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A Mme D épouse B, ressortissante gabonaise née le 12 février 1969, est entrée en France le 29 avril 2012 sous couvert d'un visa long séjour en qualité de conjointe de français valable du 28 avril 2012 au 28 avril 2013. Elle a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire jusqu'au 27 avril 2014 puis d'une carte de résident valable du 28 mai 2014 au 27 mai 2024. Elle a sollicité, le 18 mai 2024, sur le site internet " démarches simplifiées.fr ", le renouvellement de sa carte de résident. Par un courriel du 4 juin 2024, les services de la préfecture du Calvados l'ont informée du classement sans suite de sa demande. La requérante demande la suspension de l'exécution de ce classement sans suite.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Eu égard aux délais dans lesquels le juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre Mme D épouse B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la requête de Mme D épouse B :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la fin de non-recevoir :
4. La décision attaquée indique que deux convocations ont été adressées à Mme D épouse B, les 28 mai et 4 juin 2024, et que celle-ci ne les ayant pas honorées, sa demande de renouvellement de carte de résident est classée sans suite. Eu égard à ses termes et ses conséquences, la décision doit être regardée comme refusant de poursuivre l'instruction de la demande de Mme D épouse B et fait ainsi grief à la requérante. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée par le préfet ne saurait être accueillie.
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
6. Par la décision attaquée, le préfet du Calvados a classé sans suite la demande de renouvellement de carte de résident de Mme D épouse B. La requérante fait valoir qu'elle séjourne en France depuis le 18 octobre 2009, qu'elle se retrouve en situation irrégulière et que son employeur mettra fin à son contrat de travail si elle ne régularise pas sa situation. En outre, si le préfet soutient que la requérante n'a pas donné suite à deux convocations, il résulte de l'instruction que les services préfectoraux n'ont pas transmis ces convocations à l'adresse mail que Mme D épouse B avait mentionnée dans sa demande de renouvellement de carte de résident, le préfet n'établissant pas, par ailleurs, que la requérante aurait reçu les courriels envoyés à l'autre adresse mail qu'il a utilisée. Dans ces conditions, Mme D épouse B justifie d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale et de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision et de l'erreur de fait sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision préfectorale de classement sans suite du 4 juin 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à Mme D épouse B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de cette notification.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme D épouse B est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Barra Carré renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Barra Carré de la somme de 500 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D épouse B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 4 juin 2024, par laquelle le préfet du Calvados a classé sans suite la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme D épouse B, est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à Mme D épouse B un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de cette notification.
Article 4 : Sous réserve que Me Barra Carré renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Barra Carré une somme de 500 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D épouse B, à Me Barra Carré, au préfet du Calvados et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Caen, le 9 juillet 2024.
La juge des référés
SIGNÉ
A. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026