vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2401647 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BLACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024, M. B E D, représenté par Me Blache, demande au tribunal :
1°) d'annuler à titre principal l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'annuler à titre subsidiaire les décisions du 13 juin 2024 par lesquelles le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer à titre principal un titre de séjour mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté :
- il a été pris par une autorité incompétente.
S'agissant de la décision portant refus de la délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 23 juillet 2024 de rejet de la demande d'aide juridictionnelle ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les observations de Me Blache, représentant M. D.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E D, ressortissant guinéen né le 20 août 1991 à Conakry, est entré en France le 20 août 2010 muni d'un visa long séjour " étudiant " valable jusqu'au 20 août 2011. Il a ensuite été bénéficiaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", renouvelé sans discontinuer jusqu'au 30 novembre 2021. Il a obtenu une licence en droit, économie et gestion le 17 octobre 2016 et a validé en octobre 2019 la première année du mastère ressources humaines de l'Ecole de préparation à la pratique des affaires (EPPA). Le 30 novembre 2021, M. D a sollicité un titre de séjour avec changement de statut d'étudiant à salarié sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 juin 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 4 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du 4 octobre 2023 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme C F, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France et à leur éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". Aux termes de l'article L. 421-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies. () ".
4. Pour refuser de faire droit à la demande de M. D tendant à la délivrance d'un titre de séjour avec changement de statut d'étudiant à salarié, le préfet du Calvados s'est fondé sur le motif de l'inadéquation entre les études suivies par le requérant et l'emploi exercé d'aide cuisinier - livreur polyvalent, ainsi que sur la circonstance que l'intéressé ne remplissait pas les conditions prévues aux articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, parmi lesquelles figure la détention d'une autorisation de travail.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que lors du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour salarié en novembre 2021, M. D a dans un premier temps présenté une promesse d'embauche en tant qu'opérateur d'abattage dans une entreprise d'industrie agroalimentaire, et que son futur employeur s'est vu refuser l'autorisation de travail déposée le 13 janvier 2023 en raison de l'inadéquation de l'emploi proposé avec le cursus ou les qualifications du salarié. Durant l'instruction de son dossier, M. D a produit un contrat à durée indéterminée à temps partiel signé le 2 février 2023 avec l'entreprise Le Baligan sushi traiteur pour un emploi d'aide cuisinier-livreur polyvalent qu'il occupe depuis lors. Dans ses écrits en défense, le préfet du Calvados souligne l'absence d'autorisation de travail pour ce nouveau poste. Si le requérant allègue bénéficier d'une autorisation de travail pour cet emploi, il ne la produit pas. Dans ces conditions, en opposant ce premier motif, le préfet du Calvados n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.
6. D'autre part, le préfet du Calvados a refusé de délivrer le titre de séjour demandé par le requérant au motif qu'il n'existait pas d'adéquation entre la formation universitaire suivie par M. D et l'emploi d'aide cuisinier-livreur polyvalent. Le préfet soutient que le contrat à durée indéterminée en qualité de cuisinier-livreur polyvalent qu'il produit est sans lien avec la première année de mastère ressources humaines qu'il a validé en octobre 2019 en France et que la seule production de fiches de paie de janvier à mai 2024 mentionnant qu'il occupe également au sein de l'entreprise un emploi de caissier-aide comptable ne suffit pas à établir qu'il y aurait adéquation avec la formation universitaire du requérant. En procédant de la sorte, alors que l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile conditionne la délivrance d'un titre de séjour à la seule détention préalable d'une autorisation de travail, le préfet du Calvados a entaché ce second motif d'une erreur de droit. Toutefois, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur l'absence d'autorisation de travail, la circonstance que le préfet ne pouvait refuser la délivrance du titre de séjour en raison de l'inadéquation entre les diplômes du requérant et l'emploi occupé est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
8. M. D soutient qu'il réside de manière continue en France depuis 2010, qu'il y est intégré eu égard à son cursus universitaire et son travail salarié, et qu'il possède en France des attaches personnelles fortes, notamment avec sa tante, de nationalité française, chez qui il a vécu pendant plus d'un an. Cependant, et en dépit d'une attestation déclarative de lien de parenté signée par Mme A mentionnant qu'il a vécu chez elle d'août 2010 à septembre 2011, le requérant n'établit pas avoir d'attache particulière avec cette personne. Par ailleurs, le requérant est célibataire sans charge de famille et ne justifie pas, au vu des pièces produites, de la fixation en France du centre de ses intérêts privés et personnels, ni avoir tissé en France des liens d'une particulière intensité, stabilité et ancienneté. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu de manière habituelle jusqu'à ses 19 ans et où résident encore ses parents et son frère. En outre, et même s'il justifie pour les années 2017, 2018 et 2020 de fiches de paie suite à des missions d'intérim en qualité d'opérateur d'abattage dans une entreprise agroalimentaire ainsi que d'un contrat à durée indéterminée dans une entreprise de restauration depuis février 2023, il est entré en France en qualité d'étudiant, à la seule fin d'y poursuivre ses études, et ces circonstances ne suffisent pas à établir une intégration particulière et une insertion professionnelle sur le territoire. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
10. En présence d'une demande de régularisation déposée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
11. M. D fait valoir qu'il réside en France depuis quasiment quatorze ans à la date de la décision attaquée, qu'il est proche de sa tante de nationalité française et qu'il justifie d'une intégration sociale notamment par la présidence de l'association " Union des jeunes pour le développement sportif " créée le 31 mai 2021, et se prévaut de l'avis favorable de la commission du titre de séjour à sa demande de titre. Toutefois, ces éléments ne sauraient à eux seuls constituer une considération humanitaire ou un motif exceptionnel. Par ailleurs, outre la production de son contrat à durée indéterminée d'aide cuisinier-livreur polyvalent depuis le 2 février 2023 dans une entreprise de restauration et de fiches de paie de 2024 mentionnant un emploi de caissier-aide comptable, il indique avoir travaillé en qualité d'intérimaire sur un poste d'opérateur d'abattage dans une entreprise d'agroalimentaire du 21 juillet au 1er décembre 2017, du 26 mars au 2 décembre 2018, du 11 au 17 novembre 2019 et du 19 février au 30 novembre 2020, soit pour cette dernière période durant l'état d'urgence sanitaire pour laquelle il produit une attestation de son employeur justifiant de son engagement actif. Cependant, ces pièces attestent seulement d'une activité professionnelle discontinue entre 2017 et le 2 février 2023 dans un secteur sans rapport avec le cursus universitaire suivi, le requérant étant titulaire d'un diplôme de licence de droit, économie, gestion et ayant validé la première année de son mastère ressources humaines destiné aux métiers du management des ressources humaines. Dans ces conditions, et alors même que le contrat à durée indéterminée signé le 2 février 2023 atteste d'une activité professionnelle récente continue auprès du même employeur, M. D n'est pas fondé à soutenir que le refus d'admission exceptionnelle au séjour qui lui a été opposé méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.
12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
14. La décision attaquée mentionne avec suffisamment de précision les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de M. D. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre au requérant de comprendre les motifs de cette décision et pour le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés pour la décision portant refus de titre de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D, doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
17. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. D, bien que résidant en France depuis 2010, n'établit pas avoir des liens d'une particulière intensité sur le territoire national. Par ailleurs, son séjour en France s'est déroulé sous couvert d'un titre de séjour " étudiant " qui n'avait pas vocation à lui permettre de demeurer durablement sur le territoire français. Dans ces conditions, nonobstant l'absence de précédente mesure d'éloignement et d'un comportement troublant l'ordre public, et en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet du Calvados a pu, sans commettre d'erreur de droit ni entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, prendre à l'encontre de M. D une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées ainsi que, par conséquent, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E D, à Me Blache et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
Le greffier,
Signé
D. DUBOST
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
D. Dubost
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026