vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2401692 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | WAHAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2024, M. A C, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui renouveler son autorisation provisoire de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté :
- il a été pris par une autorité incompétente.
S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace pour l'ordre public que constituerait sa présence en France ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen en date du 29 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant de New-York ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les observations de Me Wahab, représentant M. C.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant géorgien né le 5 juillet 1986 à Tbilissi (Géorgie), est entré en France le 4 mars 2018 avec son épouse et leur enfant. Sa demande d'asile a été rejetée le 31 août 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 20 mai 2019. M. C, qui s'est maintenu en France, a obtenu des autorisations provisoires de séjour successives sur le fondement de l'article L. 435-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de parent d'enfant malade à partir du 9 novembre 2020. Par un arrêté du 8 février 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Calvados a refusé le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 4 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. B D, chef du service immigration, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. /Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
4. Pour refuser la demande de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour de M. C, le préfet du Calvados s'est fondé sur le motif que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du bulletin n°2 produit par la défense, que le requérant a fait l'objet d'une amende forfaitaire de 150 euros suite à l'ordonnance pénale du 29 mai 2020 pour des faits de vol le 3 février 2020, d'une condamnation le 18 février 2021 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol les 24 et 30 décembre 2020 en récidive, et d'une amende forfaitaire de 150 euros par une ordonnance pénale du 1er juillet 2021 pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance le 30 mars 2021. Par ailleurs, le préfet fait valoir des amendes forfaitaires délictuelles dont le requérant a fait l'objet le 9 octobre 2019 et le 22 mars 2023 pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. M. C, qui ne conteste pas la matérialité des faits, justifie son comportement par des troubles psychologiques pour lesquels il a fait l'objet de soins psychiatriques en 2022 et se prévaut de sa reconnaissance de travailleur handicapé. Outre le fait que cette reconnaissance est intervenue postérieurement à la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait déposé une demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade. Ainsi, eu égard à la nature, au caractère récent et à la réitération des faits pour lesquels il a fait l'objet de plusieurs condamnations, le préfet du Calvados a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la présence en France de M. C constituait une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, de tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. M. C soutient qu'il vit en France depuis plus de six ans, qu'il réside depuis quatre ans avec son épouse en situation régulière sous couvert d'autorisations provisoires de séjour en qualité de parents d'enfant malade, et qu'avec leurs deux enfants mineurs, nés le 22 mai 2017 et le 21 février 2022, ses attaches privées et familiales se situent en France. Il fait valoir qu'un retour en Géorgie de son enfant malade est inenvisageable en raison de son état de santé, et que son épouse bénéficie d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 26 septembre 2024. Toutefois, si le requérant a effectivement bénéficié de titres de séjour en qualité de parent d'enfant malade, cette catégorie d'autorisation de séjour délivrée au seul regard de l'état de santé de l'enfant bénéficiaire et de la nécessité de lui dispenser en France un traitement adapté à sa pathologie, ne lui donne pas vocation à rester sur le territoire, quelle que soit la durée du séjour sur ce fondement. Par ailleurs, le requérant, en dépit de la durée de présence en France dont il se prévaut et nonobstant la reconnaissance postérieurement à la décision litigieuse de sa qualité de travailleur handicapé, ne justifie pas d'une volonté d'intégration ou de démarches d'insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué. S'il allègue que la décision litigieuse aura pour effet de priver la cellule familiale de sa présence et se borne à soutenir qu'elle nuira au bon développement psychologique et physique de ses enfants, il est constant que son épouse est autorisée à rester sur le territoire français sous couvert d'une autorisation provisoire de séjour afin que leur enfant aîné puisse bénéficier des soins rendus nécessaires par son état de santé, dont la durée a été fixée à douze mois par un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 novembre 2023. Enfin, la présence en France du requérant, qui ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions et dans les circonstances de l'espèce, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni comme étant contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés pour la décision portant refus de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées ainsi que, par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Wahab et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
Le greffier,
Signé
D. DUBOST
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
D. Dubost
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026