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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401707

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401707

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantASSOCIATION MARAND-GOMBAR MALGORN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juillet 2024 et le 29 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Leandri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans ou, à défaut, un nouveau certificat de résidence valable un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

M. B soutient que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les articles 7 b) et 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martinez a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 9 mai 1986, titulaire d'un passeport algérien valable du 29 mars 2015 au 28 mars 2025, est entré régulièrement sur le territoire français le 21 septembre 2017. Il a sollicité le 7 février 2023 le renouvellement d'un certificat de résidence d'un an ou la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans. Par un arrêté du 10 juin 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer les titres demandés, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation

2. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / b) les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : () / 2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : / a) Il respecte les obligations déclaratives sociales liées à son statut ou son activité ; () ". En prévoyant l'apposition de la mention " salarié " sur le certificat de résidence délivré aux ressortissants algériens, les auteurs de l'accord, qui ont précisé que cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française, ont habilité les services compétents à opérer sur l'exercice d'une activité salariée par ces ressortissants un contrôle de la nature de celui que prévoit l'article R. 5221-20 du code du travail.

3. Le préfet, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, a indiqué dans sa décision que la plateforme de main d'œuvre étrangère de Béthune a refusé de lui délivrer l'autorisation de travail le 5 septembre 2023 en raison du non-respect des obligations déclaratives. Si le requérant fait valoir qu'il dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée comme maçon au sein de la société Casa Renov et conteste le refus d'autorisation de travail du 5 septembre 2023, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. B n'a pas justifié d'une autorisation de travail en application de l'article R. 5221-20 du code du travail précité. Dans ces conditions et conformément à ce qui vient d'être exposé, le préfet du Calvados pouvait opposer à M. B les dispositions précitées du code du travail. Dès lors, les moyens tirés de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit que le préfet du Calvados aurait commises en n'examinant pas sa demande d'autorisation de travail au regard des stipulations précitées du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, doivent être écartés. C'est à bon droit que le préfet du Calvados a estimé que M. B ne remplissait pas les conditions exigées par les stipulations du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien pour la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance desdites stipulations doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande ().

5. Il ressort des mentions de la décision contestée que le préfet du Calvados a refusé de délivrer à M. B le certificat de résidence de dix ans prévu par les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 au motif que l'intéressé ne justifiait pas d'une résidence ininterrompue d'au moins trois années en France sous couvert d'un des certificats de résidence algériens prévus à l'article 7 de l'accord franco-algérien précité.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié de la délivrance d'un seul certificat de résidence portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien. Si le requérant a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 4 juin 2019 au 3 juin 2020, ce titre n'entre pas dans le champ d'application de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Il s'ensuit que M. B, qui a bénéficié seulement d'un certificat de résidence d'une durée d'un an sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien, ne remplit pas les conditions prévues à l'article 7 bis pour bénéficier d'un certificat de résidence de dix ans.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble de la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Leandri et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

Le greffier,

Signé

D. DUBOST

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

D. Dubost

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