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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401730

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401730

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juillet 2024 et 6 septembre 2024, Mme B F, représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet de la Manche l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Manche de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, subsidiairement, d'enjoindre au préfet de la Manche de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision et en tout état de cause, de lui octroyer, sous huitaine, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou une somme de 1 200 euros à lui verser directement dans l'hypothèse où elle ne bénéficierait pas de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- le préfet doit justifier de la compétence de l'auteure des décisions en litige.

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle procède d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en ce qu'elle peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;

- elle est contraire à l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est disproportionnée ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est contraire aux dispositions des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an :

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2024.

Vu :

- la désignation et la prestation de serment de l'interprète ;

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par décision des 2 janvier 2024 et 2 septembre 2024, la présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant des procédures relatives à l'éloignement des étrangers mentionnées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure ou issue des dispositions des articles 72 à 79 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bella, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Bernard, représentant Mme F, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Me Bernard soulève un nouveau moyen au soutien de l'annulation de l'interdiction de retour tiré du défaut d'information préalable à cette mesure et de la méconnaissance du droit d'être entendu de l'intéressée ;

- en présence de Mme F assistée de Mme E, interprète en langue russe.

Le préfet de la Manche n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante géorgienne née le 12 février 1989, est entrée en France en août 2022 avec son époux M. C et son fils mineur. Le 1er mars 2023, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 octobre 2023, le préfet de la Manche a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Le tribunal administratif de Caen a validé l'arrêté préfectoral par un jugement n° 2302985 du 23 février 2024. L'intéressée a fait appel de cette décision. Concomitamment à sa demande de droit au séjour en qualité d'accompagnante d'un enfant malade, Mme F a présenté une demande d'asile, de même que son époux. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 24 mars 2023, rejet confirmé par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 août 2023. L'OFPRA a rejeté sa demande de réexamen le 7 novembre 2023, rejet confirmé par une décision de la CNDA du 22 mars 2024. Par l'arrêté contesté du 20 juin 2024, le préfet de la Manche l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme F a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Perrine Serre, secrétaire générale de la préfecture de la Manche, qui disposait d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Manche par arrêté n° 2023-87-VN du 1er septembre 2023 régulièrement publié le 1er septembre 2023 au recueil spécial des actes administratifs n° 1, à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Manche ", à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, la requérante soutient que le préfet a commis une erreur de fait dès lors que son époux a vu son obligation de quitter le territoire français annulée par le tribunal administratif de Caen par un jugement du 16 février 2024 n° 2303166 et qu'il dispose du droit de se maintenir en France et qu'elle a sollicité un titre de séjour en qualité d'accompagnante d'un enfant malade. Toutefois, et d'une part, à la date de l'édiction de l'arrêté en litige, et contrairement à ce qu'affirme la requérante, son époux M. C ne disposait plus du droit de demeurer sur le territoire français à la suite de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée par le tribunal administratif de Caen dès lors que l'attestation provisoire qui lui a été délivrée a expiré le 27 mai 2024 et qu'il a perdu le droit de séjourner sur le territoire français à compter de cette date. D'autre part, la circonstance que l'intéressée a sollicité son admission au séjour en qualité d'accompagnante d'un enfant malade ne saurait révéler une erreur de fait du préfet dès lors que ce dernier lui a refusé le séjour par un arrêté du 19 octobre 2023 et que ce refus a été confirmé par le tribunal administratif ainsi qu'il a été dit au premier point de la présente décision, l'appel du jugement étant, par ailleurs, non suspensif.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, Mme F soutient que la mesure d'éloignement est insuffisamment motivée en fait en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne fait pas état de la demande de titre de séjour déposée en qualité d'accompagnante d'un enfant malade et que le préfet a déjà édicté. Toutefois, et d'une part, comme mentionné au point précédent, le préfet a refusé de faire droit à sa demande. D'autre part, la circonstance que le préfet a édicté une précédente mesure d'éloignement moins d'un an auparavant est sans incidence sur la légalité de la présente obligation de quitter le territoire français laquelle trouve son fondement juridique sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne s'est pas vue reconnaître le droit d'asile, et non sur le 3° de cet article qui est le fondement de la mesure d'éloignement édictée le 19 octobre 2023 à la suite du refus de titre de séjour en sa qualité d'accompagnant d'un enfant malade. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.

6. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'absence de mention de la demande d'un titre de séjour en qualité d'accompagnante d'un enfant malade, objet d'un rejet confirmé par le tribunal, et l'absence de mention de nouveaux éléments relatifs à la santé de son fils ne sauraient caractériser un défaut d'examen complet. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, celle-ci n'était pas éligible à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit en qualité d'accompagnante d'un enfant malade en application de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'en a jugé le tribunal administratif dans sa décision du 23 février 2024.

8. En quatrième lieu aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Mme F indique qu'elle encourt des risques en cas de retour en Géorgie et que son fils bénéficie en France d'un traitement médical et d'un accompagnement scolaire adaptés à son état de santé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa présence sur le territoire français est inférieure à deux ans et n'a été rendue possible que le temps de l'examen de sa demande d'asile et des recours contentieux dirigés contre le refus de sa demande de protection internationale ainsi que de l'examen et recours contentieux de sa demande de droit au séjour en qualité d'accompagnante d'un enfant malade. Elle ne se prévaut pas d'autre attache avec le territoire national que sa cellule familiale composée de son mari, dont le droit de se maintenir a expiré, et de son fils. Elle ne fait état d'aucun élément d'insertion particulière en France et elle a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans dans son pays d'origine où elle n'établit pas y être dépourvue de toute famille. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que son enfant y sera privé d'une scolarité et d'une prise en charge adaptées à son état ou que la cellule familiale ne pourra s'y reconstituer en raison de risques pour la sécurité de ses membres en Géorgie. Dans ces conditions, et eu égard notamment tant à la durée qu'aux conditions de séjour en France de l'intéressée, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Si, dans ses décisions des 13 mai 2003 (Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), 13 mai 2003, Chandra c. Pays Bas, n°53102/99) et 6 juillet 2006 (CEDH, 6 juillet 2006, Yash Priya c. Danemark, n°13594/03), la Cour a estimé que les ressortissants étrangers qui, sans se conformer aux règlements en vigueur, mettent par leur présence sur le territoire d'un État contractant les autorités de ce pays devant un fait accompli, ne peuvent d'une manière générale faire valoir une espérance légitime qu'un droit au séjour leur sera accordé. La Cour a précisé dans sa décision du 21 juin 1988 (CEDH, 21 juin 1988, Berrehab c. Pays-Bas, n° 10730/87,

25 à 29 ; CEDH, 26 mars 1992, Beldjoubi c. France, n° 12083/86, § 79), que l'ingérence d'un État contractant à la Convention au droit à la vie privée et familiale d'un étranger en situation irrégulière sur son territoire, au sens des stipulations précitées, doit être justifiée par un besoin social impérieux et, notamment, proportionnée au but légitime poursuivi. Ainsi que la Cour l'a précisé (CEDH, 24 janvier 2017, Paradiso et Campanelli c/ Italie, § 181), " pour déterminer si une ingérence est "nécessaire, dans une société démocratique", il y a lieu de tenir compte du fait qu'une marge d'appréciation est laissée aux autorités nationales ", dont la décision demeure soumise aux juridictions nationales, et à la Cour si elle est saisie, compétentes pour en vérifier la conformité aux exigences de la Convention (CEDH, 22 avril 1997, X, Y et Z c. Royaume-Uni, Recueil 1997-II, § 41).

12. Lorsque l'étranger de la cause a un enfant mineur sur le territoire de l'État concerné, la Cour a précisé que le point décisif consiste à savoir si le juste équilibre devant exister entre les intérêts concurrents en jeu - ceux de l'enfant, ceux des deux parents et ceux de l'ordre public - a été ménagé, dans les limites de la marge d'appréciation dont jouissent les États en la matière et donc sous le contrôle du juge, en tenant compte toutefois de ce que l'intérêt supérieur de l'enfant doit constituer la considération déterminante et, à ce titre, l'intérêt supérieur de l'enfant peut, selon sa nature et sa gravité, l'emporter sur celui des parents dont l'intérêt, notamment à bénéficier d'un contact régulier avec l'enfant, reste néanmoins un facteur dans la balance des différents intérêts en jeu (CEDH, 6 juillet 2010, Neulinger et Shuruk c. Suisse, n° 41615/07, § 134 ; CEDH, 10 avril 2012, Pontes c. Portugal, n° 19554/09, § 75). La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a également précisé que le paragraphe 2 de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne prévoit que, dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale en sorte qu'il s'ensuit qu'une telle disposition est, elle-même, libellée en des termes larges et qu'elle s'applique à des décisions qui, telle une décision de retour adoptée contre un ressortissant d'un pays tiers, parent d'un mineur, n'ont pas pour destinataire ce mineur, mais emportent des conséquences importantes pour ce dernier, constat confirmé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, auquel se réfèrent expressément les explications relatives à l'article 24 de la Charte (CJUE, 11 mars 2021, aff. C-112/20, M. A contre État belge, points 36 et 37). Il s'ensuit que le juge doit opérer une appréciation entre l'intérêt individuel du requérant au droit au respect de sa vie privée et familiale, l'intérêt général eu égard notamment aux agissements passés de l'étranger mais également de l'intérêt supérieur de l'enfant de ce dernier.

13. Mme F produit plusieurs certificats médicaux, ordonnances et comptes rendus de consultation dont il ressort que son enfant souffre, en l'état des derniers examens médicaux produits, d'une paralysie cérébrale à dominante taxique et qu'il a besoin d'un suivi médical et de kinésithérapie. Il apparaît toutefois qu'à la suite de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 21 août 2023 produit par le préfet en défense, dont il ressortait que l'état de santé de l'enfant de Mme F né le 20 février 2016 nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine, le préfet a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme F en qualité d'accompagnante d'un enfant malade. Cette décision a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Caen n° 2302985 du 23 février 2024. Les pièces produites à la présente instance ne permettent pas davantage de remettre en cause le bien-fondé de l'avis du collège des médecins de l'OFII, et l'absence de conséquence d'une exceptionnelle gravité à défaut d'une prise en charge médicale alors même que l'enfant s'est vu reconnaître la qualité d'enfant handicapé par la maison départementale des personnes handicapées du Calvados pour la période du 1er mai 2023 au 31 août 2026. En effet, le compte rendu de consultation du 11 décembre 2023 du pédiatre du centre hospitalier public du Cotentin relève que les séances de kinésithérapie ont cessé, et que l'imagerie médicale par résonnance magnétique cérébrale est normale ainsi que le bilan ophtalmique. De même, la pédiatre souligne que, sur le plan moteur, l'enfant marche, court et chute rarement et que sur le plan de la motricité fine il mange désormais seul même si des mouvements anormaux peuvent l'empêcher de manger de façon autonome certains types d'aliments. La pédiatre relève néanmoins la situation décrite par Mme F de tremblements très vagues des membres supérieurs environ deux fois par mois pendant une minute sans perte de contact et sans chute. A l'issue de cette consultation, la pédiatre s'interroge sur l'étiologie de tableau clinique d'ataxie avec dyskinésie / dysarthrie évoquant une paralysie cérébrale à prédominance ataxique du fait du contexte périnatal. Elle souhaite poursuivre les investigations étiologiques et précise qu'en l'absence de résultat au bilan neurométabolique qu'elle prescrit, il conviendrait d'orienter l'enfant vers les neuropédiatres de la fondation Rothschild spécialisés dans les mouvements anormaux, orientation confirmée par le compte rendu d'hospitalisation du 13 mars 2024 devant l'absence d'étiologie retrouvée. Il résulte de l'ensemble de ces documents médicaux que les troubles neurologiques du fils de Mme F, s'ils sont d'origine inconnue, ne nécessitent pas son maintien sur le territoire national et que la mesure d'éloignement n'a ni pour objet, ni pour effet d'entraîner la séparation de cet enfant avec l'un de ses parents, la cellule familiale pouvant se reconstituer en Géorgie, où par ailleurs il n'est pas établi qu'il y serait privé d'une scolarité et d'une prise en charge adaptées à son état. A cet égard, le rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés du 16 septembre 2019 qui est relatif à l'accès aux soins de neuro-réhabilitation pour une personne paraplégique n'est pas directement en rapport avec la pathologie du fils de Mme F. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

14. En sixième et dernier lieu, pour les motifs exposés aux points 9 et 13 du présent jugement, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme F.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, la décision fixant le pays à destination vise les dispositions applicables, précise la nationalité de Mme F, que sa demande d'asile a été rejetée et que le renvoi en Géorgie ne contrevient pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et selon le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

17. Mme F soutient qu'elle encourt des risques personnels et actuels de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de renvoi en Géorgie dès lors qu'elle y a été victime d'un groupe de malfaiteurs. Toutefois, elle n'apporte aucune pièce de nature à établir le bien-fondé de ses allégations et se borne à exposer un récit peu étayé et à produire son attestation de demandeur d'asile. Dans ces conditions, et alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point précédent ne peut être accueilli.

En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :

18. Il ressort des pièces du dossier et notamment du certificat du 27 octobre 2023 d'un médecin spécialisé en médecine physique et de réadaptation que le fils de Mme F bénéficie d'attelles de marche de type releveur qui doivent être régulièrement contrôlées et réadaptées pendant la croissance. De même, le compte rendu de consultation du 22 mars 2024 de ce même praticien hospitalier, fixe le prochain contrôle de l'appareillage dans les quatre mois à venir. En outre, l'enfant de la requérante est pris en charge par le service pédiatrique de la fondation Rothschild afin de déterminer l'origine de ses troubles neurologiques. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et en a demandé l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Manche du 20 juin 2024 en tant qu'il lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

21. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de Mme F, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Manche de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement dans un délai de quinze jours.

22. L'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme F tendant à la délivrance d'un titre de séjour, ou au réexamen de sa situation administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

23. L'État n'étant pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, les conclusions présentées par la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Manche du 20 juin 2024 est annulé en tant qu'il interdit le retour de Mme F sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Manche, de faire procéder à la suppression, par les services compétents, du signalement de Mme F aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à Me Bernard et au préfet de la Manche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

X. D

La greffière,

signé

N. BELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

D. Dubost

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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