vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2401738 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL MEDEAS |
Vu la procédure suivante :
Par un mémoire, enregistré le 4 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Soublin, demande au tribunal, à l'appui de sa requête enregistrée sous le même numéro et tendant à l'annulation de la décision du 10 juin 2024 par laquelle le centre hospitalier universitaire (CHU) de Caen a rejeté sa demande tendant à bénéficier de l'assistance médicale à la procréation initiée avec son époux et notamment l'implantation des embryons conservés dans cet établissement, de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité portant sur les dispositions du 1° du quatrième alinéa de l'article L. 2141-2 du code de la santé publique, au regard de l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Elle soutient que :
- ces dispositions sont applicables au litige ;
- ces dispositions n'ont jamais fait l'objet d'une déclaration de constitutionnalité dans les motifs ou le dispositif d'une décision du Conseil constitutionnel ;
- au demeurant, par un arrêt du 14 septembre 2023, la Cour européenne des droits de l'homme a porté une appréciation sur le respect par ces dispositions des stipulations de l'article 8 de la convention ; dès lors, un changement de circonstances est caractérisé ;
- ces dispositions méconnaissent les stipulations d'un engagement international de la France dès lors qu'elles portent atteinte au droit à une vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales telles qu'interprétées par la Cour européenne des droits de l'homme dans son arrêt du 14 septembre 2023 ;
- ces dispositions contreviennent au principe d'égalité devant la loi tel que garanti par les dispositions de l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen dès lors qu'elles traitent différemment les femmes seules et les femmes en couple ayant perdu leur conjoint au cours d'une procédure d'assistance médicale à la procréation.
Le mémoire portant question prioritaire de constitutionnalité a été communiqué au centre hospitalier universitaire de Caen qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Constitution, notamment son article 61-1 ;
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;
- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A et son époux étaient inscrits dans un parcours d'assistance médicale à la procréation au CHU de Caen. Une ponction a été réalisée en septembre 2022 dans cet établissement de santé. Les trois embryons issus de cette ponction ont été conservés par le CHU de Caen. Par une lettre du 14 novembre 2023, le CHU de Caen a demandé aux époux A s'ils entendaient poursuivre leur projet parental. Par un courrier du 20 novembre 2023, les époux A ont informé le CHU de Caen de leur volonté de conserver les embryons prélevés pour une durée supplémentaire d'un an. L'époux de la requérante est décédé le 10 décembre 2023. Mme A a demandé au CHU de Caen, par un courrier du 29 avril 2024, la poursuite du parcours de procréation médicalement assistée. Par ce même courrier, elle a demandé au CHU de Caen de saisir l'Agence de biomédecine afin que celle-ci autorise le transfert des embryons dans un pays tiers et leur conservation pour une durée supérieure à un an. Par un courrier du 10 juin 2024, le CHU de Caen a rejeté la demande de procréation médicalement assistée sur le fondement du 1° du quatrième alinéa de l'article L. 2141-2 du code de la santé publique, a invité Mme A à se rapprocher de ses services afin de compléter le dossier de demande de transfert et a fait droit à sa demande de conservation des embryons jusqu'à l'épuisement des voies de recours qui lui sont ouvertes.
2. Il résulte des dispositions combinées des premiers alinéas des articles 23-1 et 23-2 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, que le tribunal administratif saisi d'un moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution présenté dans un écrit distinct et motivé, statue sans délai par une décision motivée sur la transmission de la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d'Etat et procède à cette transmission si est remplie la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure, qu'elle n'ait pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d'une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances, et que la question ne soit pas dépourvue de caractère sérieux. En vertu des dispositions de l'article R. 771-7 du code de justice administrative, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance, statuer sur la transmission d'une question prioritaire de constitutionnalité.
3. Aux termes de l'article L. 2141-2 du code de la santé publique, dans leur rédaction issue de l'article 1er de la loi n° 2021-1017 du 2 août 2021 : " L'assistance médicale à la procréation est destinée à répondre à un projet parental. Tout couple formé d'un homme et d'une femme ou de deux femmes ou toute femme non mariée ont accès à l'assistance médicale à la procréation après les entretiens particuliers des demandeurs avec les membres de l'équipe médicale clinicobiologique pluridisciplinaire effectués selon les modalités prévues à l'article L. 2141-10. / Cet accès ne peut faire l'objet d'aucune différence de traitement, notamment au regard du statut matrimonial ou de l'orientation sexuelle des demandeurs. / Les deux membres du couple ou la femme non mariée doivent consentir préalablement à l'insémination artificielle ou au transfert des embryons. / Lorsqu'il s'agit d'un couple, font obstacle à l'insémination ou au transfert des embryons : / 1° Le décès d'un des membres du couple ; () ".
4. Pour contester la constitutionnalité des dispositions précitées du 1° du quatrième alinéa de l'article L. 2141-2 du code de la santé publique, la requérante soutient que l'interdiction de poursuivre une procédure d'assistance médicale à la procréation après le décès de l'un des membres du couple méconnaît le droit à une vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale. Elle fait valoir que, par un arrêt rendu le 14 septembre 2023, la Cour européenne des droits de l'homme a estimé que l'ouverture de cette procédure aux couples de femmes et aux femmes seules permettait de questionner la pertinence de la justification du maintien de l'interdiction de réaliser une assistance médicale à la procréation à titre posthume. Elle expose qu'en créant une différence de traitement entre les femmes seules et les femmes ayant perdu leur conjoint au cours d'une procédure d'assistance médicale à la procréation, ces dispositions contreviennent au principe d'égalité devant la loi tel que protégé par l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
5. En premier lieu, un grief tiré du défaut de compatibilité d'une disposition législative aux engagements internationaux de la France ne saurait être regardé comme un grief tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. Les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sauraient impliquer que le tribunal transmette la présente question au Conseil d'Etat afin qu'il en saisisse le Conseil constitutionnel. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
6. En second lieu, l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose que la loi " doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse ". Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit.
7. Il résulte des dispositions de l'article L. 2141-2 du code de la santé publique que le législateur, s'il a offert la possibilité aux couples de femmes et aux femmes seules de bénéficier d'une assistance médicale à la procréation, a entendu en exclure les femmes dont le conjoint est décédé au cours de cette procédure et qui souhaiteraient bénéficier de cette assistance à titre posthume. La différence de traitement, résultant des dispositions critiquées, est en lien direct avec l'objet de la loi qui l'établit et n'est, ainsi, pas contraire au principe d'égalité. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Mme A est dépourvue de caractère sérieux. Il n'y a donc pas lieu de la transmettre au Conseil d'Etat.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Mme A.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Caen.
Fait à Caen, le 26 juillet 2024.
Le président de la 1ère chambre,
Signé
F. CHEYLAN
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026