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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401751

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401751

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELAS LLC ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2024, l'association France Nature Environnement Normandie, dont le siège est 115 Boulevard de l'Europe à Rouen (76100), demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 26 avril 2024 par laquelle le préfet du Calvados a accordé à la société en nom collectif Cottages Park Groupe Desimo, la dérogation à la protection règlementaire d'espèces animales protégées pour la construction d'un lotissement à Pont-L'Evêque ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 410 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que celle-ci est entachée d'un vice de procédure et méconnait les dispositions de l'article L. 411-2 du code de l'environnement en ne satisfaisant pas les trois conditions cumulativement exigées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence liée à l'imminence des travaux n'est pas remplie dès lors que le porteur de projet s'est engagé à ne pas démarrer les travaux avant l'issue du contentieux engagé contre la décision contestée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, la société en nom collectif Cottages Park Groupe Desimo, représentée par Me Lefort, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association requérante de la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie et en tout état de cause elle s'engage à ne pas démarrer les travaux avant l'issue du contentieux au fond ;

- les moyens soulevés ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Caen a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 juillet 2024 en présence de Mme Bloyet, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Mme A, représentant l'association France Nature Environnement Normandie, qui ajoute que le porteur de projet ne peut se prévaloir d'une démarche volontariste dès lors qu'il était tenu d'obtenir une dérogation " espèces protégées ", que l'urgence à suspendre la dérogation accordée est caractérisée par l'atteinte imminente et irréversible portée aux espèces protégées et à leur habitat, que l'attestation de l'engagement pris par le promoteur de ne pas démarrer les travaux avant l'issue du contentieux est dépourvue de force contraignante et n'est assortie d'aucune garantie alors même que le calendrier publié sur son site internet n'a pas été adapté pour prendre en compte la durée prévisible du contentieux, que les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée sont tirés en ce qui concerne la légalité externe des défauts entachant le recueil des données pour inventorier les espèces et évaluer les impacts, notamment sur les oiseaux nicheurs, et que les trois conditions cumulatives imposées par l'article L. 411-2 du code de l'environnement ne sont pas remplies et qui, en réponse aux propos de Me Lefort, précise que l'association n'est pas en mesure de pouvoir se mobiliser auprès de chaque porteur de projet et indique ne pas envisager la voie de la médiation ;

- et les observations de Me Lefort, avocat de la société en nom collectif Cottages Park Groupe Desimo, qui déplore que l'association n'ait pas engagé le dialogue avant de saisir le juge et propose néanmoins d'envisager une médiation et qui ajoute que la société est une petite structure qui s'est engagée dans ce projet d'aménagement de l'entrée de Pont-L'Evêque pour mettre en œuvre l'orientation d'aménagement et de programmation définie par la commune sur le secteur concerné, qu'elle est titulaire d'un permis de construire exécutoire et que la mise à l'arrêt des travaux s'impose en tout état de cause à elle jusqu'à l'issue du contentieux au fond engagé contre la dérogation contestée faute d'accompagnement financier par les banques, de sorte qu'elle ne peut que tenir son engagement de ne pas démarrer les travaux avant l'issue du contentieux, que dès lors la condition d'urgence du référé suspension n'est pas remplie et que ce contentieux génère un risque économique important pour elle alors que ce projet est le fruit de plusieurs années de travail qui ont été jalonnées par des études environnementales, des phases de concertation auxquelles l'association requérante n'a pas participé et que la société n'a pas méconnu ses obligations environnementales, qu'elle est même allée au-delà de ses obligations, qu'elle a fait évoluer son projet en conséquence et qu'elle respecte les conditions imposées par la loi, de sorte qu'il n'y a pas non plus de moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de l'acte contesté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par la société en nom collectif Cottages Park Groupe Desimo, a été enregistrée le 24 juillet 2024

Considérant ce qui suit :

1. La société en nom collectif Cottages Park Groupe Desimo est bénéficiaire d'un permis de construire pour réaliser sept immeubles d'habitat collectif et vingt-huit habitations individuelles sur un terrain situé route de Caen au sud de Pont-L'Evêque. Elle a sollicité une dérogation à l'article L. 411-1 du code de l'environnement qui lui a été accordée par le préfet du Calvados le 26 avril 2024. L'association France Nature Environnement Normandie demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision l'autorisant à déroger à la protection stricte de certaines espèces.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement et objectivement, compte tenu des justifications fournies par les parties et de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que l'exécution de la décision soit suspendue avant l'intervention du jugement de la requête au fond.

4. Il ressort des pièces du dossier et des débats tenus lors de l'audience publique que non seulement la société en nom collectif Cottages Park Groupe Desimo s'est engagée auprès du préfet du Calvados et publiquement à ne pas démarrer les travaux avant l'issue du contentieux au fond engagé contre la décision contestée mais qu'elle est aussi dans l'impossibilité de le faire de sorte que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas rapportée.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de l'association France Nature Environnement Normandie doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société en nom collectif Cottages Park Groupe Desimo tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association France Nature Environnement Normandie est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association France Nature Environnement Normandie, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société en nom collectif Cottages Park Groupe Desimo,

Copie en sera transmise au préfet du Calvados.

Fait à Caen, le 25 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

E. Bloyet

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