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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401793

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401793

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Pfeffer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pringault, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante chinoise née le 30 avril 1995, est entrée régulièrement en France le 30 août 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Après avoir bénéficié, entre le 14 avril 2019 et le 14 juin 2023, de plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant ", elle a sollicité, le 22 janvier 2023, un changement de statut et demandé la délivrance d'une nouvelle carte de séjour au motif de la création d'une entreprise dans le domaine de l'esthétique. Par un arrêté du 10 juin 2024, le préfet du Calvados a rejeté sa demande. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme C D, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches ". Aux termes de l'article D. 422-13 du même code : " La liste mentionnée aux articles L. 422-10 et L. 422-14 comprend : / 1° Les diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ; / 2° Le diplôme de licence professionnelle ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. " Et aux termes du point 26 de l'annexe 10 à ce code précisant la liste des pièces justificatives à produire pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " : " () - diplôme de grade au moins équivalent au master ou diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ou diplôme de licence professionnelle obtenu dans l'année dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national ou attestation de réussite définitive au diplôme () ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-10 précité, le préfet du Calvados a estimé qu'elle n'apportait pas la preuve de l'obtention d'un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret et, à supposer même qu'elle soit titulaire d'un diplôme de master délivré par une école de commerce, elle ne justifiait pas d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation.

5. D'une part, si la requérante allègue avoir obtenu un master délivré par l'école de commerce NEOMA, elle n'a pas produit au soutien de sa requête le diplôme obtenu ou une attestation de réussite définitive au diplôme, ce qui ne permet pas au tribunal de déterminer si Mme A détient un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, comme l'exige l'article L. 422-10 précité. D'autre part, si elle indique que la SARL " Esthétique my body ", au sein de laquelle elle a été recrutée comme esthéticienne puis comme manager, exerce une activité commerciale d'import et de revente de technologies esthétiques et qu'à ce titre, son projet professionnel présente un lien avec les compétences acquises au sein de l'école de commerce NEOMA, ni le contrat de travail à durée indéterminée conclu le 1er décembre 2022, ni l'avenant à ce contrat daté du 1er janvier 2023, ni sa nomination comme gérante de la SARL, ne permettent de caractériser l'existence d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. Par ailleurs, si elle rappelle s'être engagée à s'inscrire dans une formation d'esthéticienne pour accompagner le travail de sa salariée, cette seule circonstance ne permet pas davantage la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-10 précité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 3 doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée en France le 30 août 2018 à l'âge de vingt-trois ans et a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiante, lesquels ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Son époux, ressortissant chinois avec lequel elle s'est mariée le 1er février 2021, actuellement titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiant, n'a pas davantage vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Enfin, si elle est mère d'un enfant né le 8 mai 2024, il n'est pas établi ni même allégué qu'elle serait dans l'impossibilité de reconstituer la cellule familiale en Chine, ni que son époux ne pourrait y terminer ses études. Dans ces conditions, le préfet du Calvados, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A, ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. La décision attaquée, qui n'a pas pour effet de séparer Mme A de sa fille, n'affecte pas de manière suffisamment directe et certaine la situation de cette dernière et ne méconnaît dès lors pas son intérêt supérieur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 8 et 10 ci-dessus, le préfet du Calvados n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de Mme A.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

S. PRINGAULT

Le président,

Signé

A. MARCHAND Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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