jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2401945 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Autres délais-Etrangers-2 |
| Avocat requérant | LAPEYRERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Lapeyrere, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) d'enjoindre au préfet d'effacer son nom du fichier des personnes recherchées et du Système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles combinés L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou une somme de 1 500 euros à lui verser directement dans l'hypothèse où il ne bénéficierait pas de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que l'arrêté dans son ensemble :
- procède d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entaché d'erreur de droit en ce qu'il est pris en violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est contraire aux articles 3 et 8 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par une décision du 17 septembre 2024, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Caen a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- la décision du Conseil constitutionnel n° 2011-631 DC du 9 juin 2011 point 51 ;
- le code de justice administrative.
Par décisions des 2 janvier 2024 et 2 septembre 2024, la présidente du tribunal a désigné M. Rivière pour statuer sur les requêtes relevant des procédures relatives à l'éloignement des étrangers mentionnées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure ou issue des dispositions des articles 72 à 79 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Rivière, magistrat désigné, a présenté son rapport au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Schreiner, greffière d'audience, en l'absence des parties.
L'instruction a été close après l'appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, de nationalité congolaise né le 2 mai 1990 à Khinshasa, est entré en France le 18 septembre 2022, selon ses déclarations, pour y demander l'asile. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a définitivement rejeté sa demande de protection internationale par une décision du 5 décembre 2023. M. B a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 février 2024. Par l'arrêté attaqué du 26 juin 2024 le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par décision du 17 septembre 2024, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Caen a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :
3. En premier lieu, M. B soutient que le préfet n'a pas procédé à un examen personnel sérieux et approfondi de sa situation dès lors que, d'une part, l'arrêté retient qu'il se déclare célibataire et sans enfant et que, d'autre part, il n'établit pas que sa vie et sa liberté sont menacées dans son pays d'origine. Toutefois, et premièrement s'il fait valoir qu'il entretient une relation avec une ressortissante congolaise détentrice d'une carte de résident, il ne produit aucun document attestant de la réalité de cette relation, alors qu'au demeurant il s'est déclaré célibataire y compris lors de sa demande de réexamen de sa demande d'asile présentée postérieurement à l'arrêté en litige. En outre, la déclaration de paternité dont il se prévaut est postérieure à l'arrêté en litige, dès lors, il ne peut être fait grief au préfet de ne pas la mentionner. Deuxièmement, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a estimé que les documents produits au soutien du réexamen de sa demande d'asile ne présentaient pas de garantie suffisante d'authenticité. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à dire que le préfet n'a pas procédé à un examen personnel approfondi et particulier de sa situation avant d'édicter l'arrêté contesté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. A la date de l'arrêté en litige, M. B, entré en France à l'âge de 32 ans, y séjournait depuis moins de deux ans, le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile et à l'exercice des voies de recours. S'il fait état d'une relation qu'il aurait nouée avec une ressortissante congolaise, Mme C, titulaire d'une carte de résident, il ne produit aucun élément permettant d'établir que cette relation présenterait un caractère stable, ancien et intense ni même la réalité de cette relation. De même, si M. B produit l'acte de reconnaissance d'un enfant à naître établi le 22 juillet 2024, cet élément, est postérieur à l'arrêté attaqué et, par suite, sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, la circonstance qu'il ait quitté son pays d'origine pour fuir les persécutions dont il faisait l'objet, est sans incidence sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et lui interdisant le retour pour un an, qui n'ont pas pour objet de fixer le pays de destination. Enfin, il n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine dès lors que son père et une partie de sa famille y vivent, ainsi qu'il ressort du témoignage de ce dernier le 8 janvier 2024. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
7. D'une part, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et doit être écarté comme tel à l'encontre des décisions obligeant M. B à quitter le territoire français et lui interdisant le retour pour une durée d'un an, qui n'emportent pas, par elles-mêmes, le renvoi du requérant dans son pays d'origine. D'autre part, pour rejeter la demande de réexamen présentée par M. B, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a relevé que l'intéressé réaffirmait avoir des craintes d'être persécuté en raison de son militantisme. Toutefois l'Office retient que les nouveaux documents produits à savoir des photographies le représentant en compagnie de différentes personnalités politiques congolaises ainsi que la copie d'un acte de reconnaissance signé par le secrétaire général du parti Alliance pour le Changement et la copie de deux convocations judiciaires datant de juin et décembre 2023 ne présentaient aucune garantie suffisante d'authenticité et devaient être regardés comme dépourvus de valeur probante. En outre, l'Office a également motivé sa décision de rejet de la demande de réexamen présentée par M. B par le fait que l'ensemble de ces éléments se rapportent à des faits déjà invoqués par l'intéressé lors de son premier entretien à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et à la Cour nationale du droit d'asile, qui a notamment estimé qu'aucun élément ne permettait de conclure au caractère actuel de ses craintes en cas de retour. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En quatrième lieu, l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990, stipule que : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Si M. B invoque là encore la grossesse de Mme C, il ne justifie pas de la naissance de l'enfant. Dès lors, la légalité d'une décision administrative s'appréciant à la date à laquelle elle a été prise, ce moyen est inopérant et le requérant n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de ces stipulations.
10. En cinquième lieu, selon les paragraphes 1 et 2 de l'article 8 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York : " Les États parties s'engagent à respecter le droit de l'enfant de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales, tels qu'ils sont reconnus par la loi, sans ingérence illégale. / Si un enfant est illégalement privé des éléments constitutifs de son identité ou de certains d'entre eux, les États parties doivent lui accorder une assistance et une protection appropriées, pour que son identité soit rétablie aussi rapidement que possible ". Ces stipulations créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, M. B ne peut utilement s'en prévaloir et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention internationale des droits de l'enfant doit donc être écarté.
11. En dernier lieu, le requérant relève que le préfet a entaché son arrêté d'erreurs manifestes d'appréciation en ce qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine sans courir un grave danger pour sa vie, sa sécurité et sa liberté et qu'en sa qualité de futur père il justifie donc de liens personnels et familiaux en France. Toutefois ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, M. B ne justifie pas de la réalité et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France alors qu'au demeurant sa reconnaissance d'un enfant à naître est postérieure à l'édiction de l'arrêté contesté. Par ailleurs, et ainsi qu'il ressort du point 7, le requérant n'établit pas les risques qu'il allègue en cas de retour en République démocratique du Congo. Enfin, à la naissance de son enfant, M. B pourra solliciter l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français dans les conditions prévues par la loi, une telle abrogation étant de droit, sauf circonstances particulières tenant à la situation et au comportement de l'intéressé, lorsqu'il a respecté le délai qui lui était imparti par l'obligation de quitter le territoire qui le visait, ainsi que l'a énoncé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011 au point 51. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à dire que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 26 juin 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil du requérant de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lapeyrere et au préfet du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
X. RIVIÈRE
La greffière,
Signé
H. SCHREINER
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026