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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402056

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402056

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPAPINOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen, statuant en référé sur la requête de M. A B, a rejeté les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français, du refus de délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour. Cette irrecevabilité est fondée sur les articles L. 614-1 et L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que le recours en annulation contre ces décisions a un caractère suspensif, rendant la procédure de référé sans objet. La solution retenue est donc un rejet pour irrecevabilité de ces conclusions spécifiques.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2024, M. A B, représenté par Me Papinot, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 29 mai 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de dix jours à compter de l'ordonnance à intervenir, et de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser au requérant à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la condition tenant à l'urgence est présumée dans les cas de refus de renouvellement de titre de séjour et qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées dès lors que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen complet de son dossier, méconnait les dispositions de l'article R. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme. M. B précise qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les mêmes stipulations, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée, méconnaît l'ensemble des stipulations précitées et les dispositions de l'article L. 612-8 du même code, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition de l'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant n'est pas dans une situation où c'est le refus de titre en litige qui le prive de la possibilité de travailler ;

- les moyens développés contre les décisions ne sont pas de nature à créer un doute sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 26 juillet 2024 sous le n° 2401981 par laquelle

M. B demande l'annulation de l'arrêté précité en toutes ses décisions.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Blondel, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé, par décision en date du 2 janvier 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 12 août 2024 à 10 heures 30, en présence de M. Jacques Lounis, greffier d'audience :

- le rapport de M. Blondel, qui a soulevé à l'audience le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension des décisions du 29 mai 2024 obligeant le requérant à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ, et lui interdisant le retour sur le territoire français eu égard au caractère suspensif du recours prévu par les articles L. 722-7 et L. 722-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- et les observations de Me Lerévérend, qui substitue Me Papinot, qui soulève les moyens d'insuffisance de motivation, de défaut d'examen complet et d'erreur de droit en l'absence de référence et de base légale de l'article 11 de la convention franco-ivoirienne.

Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été différée, en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, jusqu'au 12 août à 17 heures.

M. B a produit des pièces complémentaires le 12 août 2024 à 12h41, qui ont été communiquées au préfet le même jour à 15h08.

La clôture de l'instruction est intervenue le 12 août à 17h.

Le préfet du Calvados a produit une note en délibéré le 12 août à 18h.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français, le refus de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour pour une durée de cinq ans :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant ". Aux termes des dispositions du second alinéa de l'article L. 512-3 du même code : " L'obligation de quitter le territoire français ne peut faire l'objet d'une exécution d'office () avant que le tribunal administratif n'ait statué s'il a été saisi. () ".

2. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre l'arrêté refusant la délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de cette obligation ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de destination. En revanche, ces dispositions, qui prévoient que le recours devant le juge administratif a un effet suspensif sur la seule obligation de quitter le territoire français, n'ont ni pour objet ni pour effet de priver le requérant de la possibilité de présenter une demande de suspension à l'encontre de la décision de refus de séjour, de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour dans les conditions énoncées aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative.

3. Le tribunal administratif, qui statue dans un délai de trois mois, dispose d'un pouvoir d'annulation non seulement de la mesure d'éloignement mais également des autres mesures contestées devant lui. Il résulte des pouvoirs ainsi confiés au juge par les dispositions des articles L. 614-1 et L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention, que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative. Cette procédure particulière est donc exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de la requête, en tant qu'elles tendent à la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, du refus de délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour pour une durée de cinq ans, sont irrecevables.

Sur les conclusions tendant à la suspension du refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

6. Le requérant se prévaut de ce que le refus de séjour en litige a pour effet de le placer en situation irrégulière. Il se prévaut pour cela d'un courrier de France Travail qui constate la fin de validité de son titre de séjour au 6 août 2024 et indique que, sans preuve d'un nouveau séjour régulier, il ne sera plus inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi, ce qui le priverait des droits attenants, et notamment d'allocation de chômage.

7. Il résulte de l'instruction que de précédents titres de séjour ont été délivrés à M. B jusqu'au 13 novembre 2022. Une demande de renouvellement de ce titre est intervenue avant la fin de validité de ce dernier titre. Si le requérant a fait l'objet d'un refus de carte de résident par le préfet du Calvados le 11 avril 2023, titre distinct valable dix ans, il a été placé sous récépissé de demande de carte de séjour temporaire valable un an, depuis l'échéance du dernier titre de séjour, jusqu'à la date de refus de titre de séjour en litige. Il résulte encore de l'instruction, et contrairement à ce que soutient le préfet, que chacun de ces récépissés l'autorisent à travailler. Postérieurement au courrier de France Travail précité, un nouveau courrier de France Travail a constaté le 6 août 2024 la caducité de ses droits à cette même date. Dans ces conditions, M. B était placé dans une situation de renouvellement de titre de séjour et la décision en litige doit être regardée comme celle qui a mis fin à la régularité du séjour. Par suite, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

8. Aucun des autres moyens visés ci-dessus n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité des actes attaqués.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions en injonction et celles présentées au titre des frais d'instance, doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Papinot, au préfet du Calvados et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Caen, le 14 août 2024.

Le juge des référés

Signé

B. BLONDEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

Le greffier,

J. Lounis

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