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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402061

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402061

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEBEY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B, ressortissant sri-lankais, et l'a obligé à quitter le territoire français. Le juge a relevé que les conclusions visant à suspendre l'obligation de quitter le territoire, l'interdiction de retour et la fixation du pays de destination étaient irrecevables en raison du caractère suspensif du recours prévu aux articles L. 722-7 et L. 722-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le fond, le tribunal a estimé que la condition d'urgence était présumée, mais qu'il n'existait pas de doute sérieux sur la légalité du refus de séjour, le requérant n'ayant pas démontré avoir déposé une demande d'autorisation de travail valide. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2024 sous le n° 2402061, et des pièces enregistrées à l'audience, M. C B, représenté par Me Lebey, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte pluriannuelle ou, à défaut, un récépissé l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué au fond et ce, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est présumée puisqu'il a sollicité le renouvellement de la carte pluriannuelle de quatre ans dont il était titulaire ; en outre, il se trouve en situation irrégulière et son employeur ne peut continuer de le faire travailler en l'absence de titre de séjour ou récépissé l'autorisant à travailler ; il risque d'être licencié ce qui impactera sa situation financière ; il doit subvenir aux besoins de son foyer, en particulier de sa fille qui a un an ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de séjour dès lors que le préfet a commis une erreur de droit en exigeant, au soutien de la demande d'autorisation de travail, la preuve de l'existence d'une offre de travail correspondante. Il précise que la plateforme permettant la déclaration sociale et l'attestation d'activité professionnelle de l'employeur n'était pas disponible pour réaliser le dépôt d'une telle demande d'autorisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie du seul fait de l'état de grossesse de sa conjointe et d'une potentielle situation financière délicate ;

- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de séjour dès lors que la demande d'autorisation de travail, présentée comme n'ayant pu être déposée sur la plateforme, est antérieure et distincte de celle existante à la date de la demande de renouvellement du titre de séjour.

Par courrier du 9 août 2024, les parties ont été informées de ce que le juge des référés était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension des décisions du 20 juin 2024 obligeant le requérant à quitter le territoire français, lui interdisant le retour sur le territoire français et fixant le pays de destination eu égard au caractère suspensif du recours prévu par les articles L. 722-7 et L. 722-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- la requête, enregistrée le 28 juin 2024 sous le n° 2401674, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions du préfet du Calvados.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Benoît Blondel, premier conseiller, par décision en date du 2 janvier 2024, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 12 août 2024 à 15 heures 30, en présence de M. Lounis, greffier d'audience :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Lebey.

Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 16h40.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant sri-lankais né le 9 octobre 1987, déclare être entré sur le territoire français le 24 mai 2013./ Il a sollicité l'asile le 22 juillet 2013, demande qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 30 juin 2014, confirmée par une décision du 29 janvier 2015 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 26 novembre 2015, le préfet du Calvados a obligé M. B à quitter le territoire français. L'intéressé, qui s'est maintenu sur le territoire, a demandé, le 6 juillet 2017, son admission exceptionnelle au séjour et a été mis en possession d'une carte de séjour mention " salarié " du 24 octobre 2017 au 23 octobre 2018, renouvelée jusqu'au 23 octobre 2019, puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 23 octobre 2023. M. B a demandé, le 19 décembre 2023, le renouvellement de son titre de séjour, demande qui a été implicitement rejetée du fait du silence gardé par l'administration. Par un arrêté du 20 juin 2024, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer la carte de séjour sollicitée, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution des décisions de l'arrêté du 20 juin 2024.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. (). ". Aux termes de l'article L. 722-8 du même code : " Lorsque l'étranger ne peut être éloigné en exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne peut pas procéder à l'exécution d'office de l'interdiction de retour assortissant cette obligation de quitter le territoire français. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le dépôt dans les délais impartis par la loi d'un recours en annulation dirigé contre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de cette décision ainsi que celle de l'interdiction de retour sur le territoire français, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur ce recours. Par suite, le requérant n'est pas recevable à demander, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions du 20 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant refus de séjour du 20 juin 2024 :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () " et aux termes de l'article L. 433-4 du même code : " () L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire. ". En outre, l'article L. 421-1 de ce code dispose : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ".

6. M. B soutient dans la présente requête qu'il n'a pas pu déposer une demande d'autorisation de travail sur la plateforme dès lors que les liens qui lui ont été fournis par la préfecture n'aboutissaient pas. Il résulte de l'instruction, et de la décision attaquée, que le préfet du Calvados a refusé de délivrer un titre de séjour en qualité de salarié à M. B, qui bénéficiait d'une autorisation de travail dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée auprès de la société Mac Allies, au motif, notamment, qu'il n'avait pas produit l'autorisation de travail correspondant au poste qu'il occupe actuellement, son employeur étant, d'après sa demande déposée sur le site " Démarches simplifiées ", la société " GSM Scandal ".

7. M. B précise aujourd'hui que la demande d'autorisation de travail qu'il a tenté de faire sur ce site, le 20 octobre 2023 avec pour employeur la société " GSM Scandal ", n'a donné lieu à aucun enregistrement, ni d'une demande d'autorisation de travail, ni d'une demande de titre de séjour, ce qui ressort d'une copie d'écran qui classe sans suite cette demande. S'il indique avoir favorablement répondu à des demandes de pièces de la plateforme en charge de l'enregistrement et de l'instruction d'une deuxième demande d'autorisation de travail, au nom de l'employeur " Fruit plus ", il ne l'établit pas. Par ailleurs et au soutien de cette même demande, il a produit devant le préfet une convention tripartite, non signée, et qui prévoit le transfert de son contrat de travail depuis la société " Fruit plus " vers la société " GSM Scandal ", soit dans le sens inverse qu'il a décrit dans ses demandes successives. Ce même document évoque un contrat de travail entre la société " Fruit plus " et M. B, dès le 16 novembre 2022, un élément lui aussi contraire à ses précédentes déclarations dans la première et la seconde demande d'autorisation de travail.

8. Dans ces conditions, le préfet pouvait constater qu'il n'avait pas régulièrement déposé une demande d'autorisation de travail, et à supposer même que l'une des pièces réclamée par la plateforme d'instruction des demandes d'autorisation de travail n'ait pas été légalement exigible pour le type de titre de séjour qu'il demandait, le préfet aurait pu prendre la même décision en se fondant sur les seuls autres éléments manquants pour enregistrer sa demande.

9. Par suite et en l'état de l'instruction, le moyen soulevé par M. B n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, que M. B n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 20 juin 2024 portant refus de séjour.

Sur les autres conclusions :

11. Il y a lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin de suspension, de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives au frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Lebey et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Calvados.

Fait à Caen, le 14 août 2024.

Le juge des référés

Signé

B. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

Le greffier,

J. Lounis

No 2402061

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