mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARLU HAGEGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2024, et des pièces complémentaires enregistrées les 2 et 12 août 2024, M. D C, représenté par Me Hagege, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'annuler la décision du 29 mai 2024 par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande d'admission au séjour ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 29 mai 2024 par laquelle le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, d'annuler la décision du 29 mai 2024 par laquelle le préfet du Calvados lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
5°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012, dite circulaire " Valls " ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012, dite circulaire " Valls " ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire enregistré le 5 septembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par courrier du 30 septembre 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur le moyen soulevé d'office tiré de ce que le préfet du Calvados ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile pour rejeter la demande de titre de séjour " salarié " de M. C, dès lors que ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants tunisiens, l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoyant la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir, dont dispose le préfet du Calvados, de régulariser ou non la situation d'un étranger.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Groch.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant tunisien né le 20 septembre 1994, déclare être entré en France le 3 février 2017, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Par un arrêté du 15 juin 2023, le préfet de l'Essonne a obligé M. D C à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Cet arrêté a fait l'objet d'une annulation par le tribunal de Caen le 1er août 2023, qui a enjoint au réexamen de la situation de M. C. Le 15 novembre 2023, le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour par le travail. Par l'arrêté attaqué du 29 mai 2024, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du 4 octobre 2023 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. E G, chef du service de l'immigration, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elles font application. Elles mentionnent également des éléments de la situation administrative, personnelle, familiale et professionnelle de l'intéressé. Par ailleurs, pour motiver sa décision, l'autorité préfectorale n'est pas tenue de reprendre de façon exhaustive et dans le détail tous les éléments de fait relatifs à la situation de l'étranger en situation irrégulière, mais simplement ceux qui la fondent. Les décisions attaquées comportent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Ces considérations sont suffisamment circonstanciées pour permettre au requérant d'en comprendre et d'en discuter les motifs, et pour permettre au juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des termes des décisions en litige, que celles-ci tiennent compte de la durée de séjour en France de M. C, de sa situation administrative depuis son entrée sur le territoire, de sa situation familiale personnelle et familiale, des éléments permettant d'apprécier son insertion sociale et sa situation professionnelle depuis 2018, ainsi que de la circonstance qu'il est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie suite à ses interpellations le 1er et le 14 juin 2023 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis. Dès lors, le préfet du Calvados a procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Le moyen tiré d'un défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, M. C soutient que le préfet ne démontre pas les raisons pour lesquelles il constituerait une menace à l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie suite à ses interpellations le 1er et le 14 juin 2023 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, passibles d'un an d'emprisonnement, et qu'il a fait l'objet d'une condamnation pour les faits du 14 juin 2023 par une ordonnance pénale le 27 novembre 2023, lesquels constituent un comportement de nature à troubler l'ordre public. En tout état de cause, ce motif ne fondant pas la décision de refus de délivrance du titre de séjour, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants tunisiens, l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail stipule que : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article 3 du même accord prévoit : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008 stipule, à son point 2.3.3, que " le titre de séjour portant la mention "salarié", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi. () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
8. Il s'ensuit que le préfet du Calvados ne pouvait légalement rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée par M. C en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne remplissait pas les conditions mentionnées à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir dont dispose le préfet de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations sur ce point.
9. M. C, qui soutient être présent de manière continue sur le territoire français depuis 2017, produit des bulletins de salaires depuis mars 2018, des relevés d'un compte bancaire ouvert à son nom et adressés, à compter du 24 août 2018, au domicile de M. A à Cachan, de M. B à Corbeil Essonnes, de M. F à Arnouville, et depuis le 15 juin 2023, au domicile de son frère qui réside à Ifs et dont l'épouse fournit une attestation d'hébergement du requérant depuis le 1er septembre 2020. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des bulletins de salaires produits ainsi que des avis d'imposition, que M. C justifie d'une activité professionnelle depuis le 25 mars 2018 en tant qu'employé polyvalent dans un établissement de restauration rapide, puis en tant qu'employé polyvalent, titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2020 dans la pizzeria de son frère. Toutefois, le seul fait de détenir un contrat de travail n'est pas de nature à constituer un motif exceptionnel de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, si le requérant allègue de sa bonne intégration dans son environnement professionnel et fait valoir son investissement dans le travail depuis qu'il est arrivé en France, ces éléments ne suffisent pas à caractériser une insertion particulière. En outre, le préfet du Calvados n'est pas utilement contredit lorsqu'il indique que M. C ne justifie pas d'une maîtrise de la langue française en dépit de ses années de présence en France, et que le comportement délictueux de M. C, bien que ce dernier se soit acquitté de l'amende délictuelle, démontre sa méconnaissance des principes qui régissent la République et son irrespect des valeurs qui y sont attachées. Enfin, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige que M. C s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français depuis son arrivée en 2017, qu'il est célibataire sans enfant et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, la Tunisie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans et où résident encore, selon ses déclarations, sa mère ainsi que deux frères et le reste de sa famille. Par suite, en dépit de la volonté d'intégration professionnelle manifestée par M. C, le préfet du Calvados n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne régularisant pas la situation du requérant en qualité de salarié au titre de son pouvoir discrétionnaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. En troisième lieu, au regard de ce qui est énoncé aux points 7 et 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté comme inopérant.
11. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circulaire Valls du 28 novembre 2012 qui ne comporte que de simples orientations générales et n'a pas de caractère réglementaire.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
13. En l'espèce, le requérant est arrivé en France à l'âge de 22 ans et se prévaut d'une insertion professionnelle depuis 2018. Il soutient que ses intérêts privés et familiaux se situent désormais en France, et se prévaut de la présence sur le territoire français de quatre frères en situation régulière pour lesquels il produit les titres de séjour sans toutefois justifier des liens familiaux les unissant, d'une belle-sœur, de deux nièces et de plusieurs cousins. Toutefois, en dehors des attestations peu circonstanciées qu'il produit des personnes précédemment citées ainsi que des quelques photos jointes au dossier, il n'établit pas la réalité ni l'intensité des liens allégués. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de son insertion professionnelle, il n'est pas contesté qu'il n'a présenté sa demande de titre de séjour que plusieurs années après son arrivée sur le territoire français, et ne justifie pas d'un domicile pérenne depuis son arrivée. Enfin, M. C, qui est célibataire et sans enfant, n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il dispose encore d'attaches familiales selon ses déclarations, sa mère et deux de ses frères y résidant, ainsi que le reste de sa famille. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Calvados n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 9 et 13, M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, il ressort de la lecture de la décision attaquée que le préfet du Calvados n'a pas fondé la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la circonstance que la présence de M. C représente une menace à l'ordre public. Ainsi, le requérant ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision d'éloignement, l'erreur de fait tenant à l'absence du caractère réel et grave de la menace à l'ordre public qu'il représente.
16. En deuxième lieu, si le requérant soulève la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la méconnaissance de la circulaire Valls à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ces moyens sont inopérants.
17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision refusant l'admission au séjour, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués précédemment, M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans :
19. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".
21. Les circonstances alléguées par le requérant qu'il n'est jamais reparti en Tunisie, qu'il bénéficie d'une très bonne insertion professionnelle et qu'il a effectué des démarches administratives afin de régulariser sa situation, ne sont pas constitutives de circonstances humanitaires. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
22. En troisième lieu, au titre de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".
23. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
24. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Calvados a pris en compte, au vu de la situation de M. C, l'ensemble des critères prévues par les dispositions précitées pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, en relevant notamment que le requérant, qui est arrivé irrégulièrement en 2017, ne justifie pas de la réalité et de l'intensité de ses liens avec la France ni d'une intégration suffisante compte tenu de sa durée de présence sur le territoire français, et qu'il a en outre fait l'objet d'une condamnation le 27 novembre 2023 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en récidive. Eu égard à ce qui vient d'être énoncé et aux pièces produites à l'instance, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de cinq ans, le préfet aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
25. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés concernant la décision portant refus de délivrance du titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
26. II résulte de tout ce qui précède que l'ensemble de la requête de M. C doit être rejetée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, tout comme celles relatives aux frais du litige, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Hagege et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026