vendredi 16 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402083 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL JURIADIS |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête, enregistrée le 2 août 2024 sous le n° 2402083, Mme A C, représentée par Me Cacciapaglia, doit être regardée comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision contenue dans le courrier du 24 juillet 2024, notifié le 30 juillet suivant, par laquelle le président du conseil départemental du Calvados a retiré la garde d'Anissa Hicheur ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Calvados de procéder à la réintégration de l'enfant au sein de son domicile dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Calvados une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient sur l'urgence qu'elle va perdre un tiers de son revenu et que l'intérêt supérieur de l'enfant commande qu'Anissa soit replacée à son domicile.
Elle soutient, sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée que :
- il appartiendra au département de produire une délégation de signature régulièrement publiée ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en fait et en droit ;
- lé décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été consultée en tant qu'assistante familiale, conformément aux dispositions de l'article L. 421-16 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation sur la prise en compte de l'intérêt supérieur de l'enfant, prévu à l'article L. 112-4 du même code et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2024, le conseil départemental du Calvados, représenté par Me Gorand, conclut au rejet de la requête, d'une part au motif que le courrier en litige ne constitue pas une décision, et d'autre part au motif que les moyens ne sont pas fondés, et à ce qu'à la somme de 1500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais d'instance.
Sur l'urgence, il soutient que la décision en litige était connue depuis plusieurs mois et que c'est la requérante qui s'est elle-même placée dans une situation d'urgence. Par ailleurs, elle ne se trouve pas dans une situation de difficultés financières.
Sur le doute sérieux, il soutient qu'il n'existe de doute sérieux sur aucun des moyens soulevés.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2402084 et déposée le 2 août 2024, qui tend à l'annulation de la même décision.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné, par décision en date du 2 janvier 2024, M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience du 14 août 2024 à 14 heures, tenue en présence de M. Lounis, greffier d'audience :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Cacciapaglia et de Mme C ;
- les observations de Me Challes pour le conseil départemental du Calvados.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la fin de non-recevoir présentée en défense :
1. Le département du Calvados soutient que la requérante avait connaissance, avant la date du 24 juillet 2024, d'une décision de retrait du placement d'Anissa dans leur foyer. La circonstance que la demande d'adoption d'Anissa, par M. et Mme C, ait d'abord pris un tournant qui a pu apparaître défavorable, avec un avis défavorable du conseil de famille, puis a fait l'objet d'une décision de refus qui leur a été notifiée puis expliquée, ne constitue pas la formalisation d'une décision de retrait de placement.
2. Il est constant que la perspective d'un retrait du placement a été évoquée la veille du courrier en litige, par téléphone entre les services du département et Mme C, et que rien n'est venu formaliser cette décision avant la fixation des modalités pratiques par ce courrier, lequel peut ainsi, dans ces conditions, être révélé comme la décision emportant le retrait et le changement de famille d'accueil, lesquels ne constituent pas une simple mesure d'organisation du service de l'aide sociale à l'enfance, mais une décision faisant grief à l'assistante familiale chez laquelle un enfant est placé. Par suite, la fin de non-recevoir tiré du caractère insusceptible de recours du courrier du 24 juillet 2024, doit être écartée.
Sur la demande de suspension du retrait du placement d'Anissa :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation de la requérante ou aux intérêts qu'elle entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par la requérante, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. / L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ".
Sur l'urgence :
6. Il résulte de l'instruction qu'Anissa Hicheur est née le 1er mars 2021 et a été accueillie le 18 mars suivant chez Mme C. Les droits de visite de la mère naturelle d'Anissa ont été suspendus dès le 19 juillet 2021. A compter de la date précédente, Anissa a vécu dans le foyer de M. et Mme C de manière continue, à l'exclusion d'une période de relais temporaire et occasionnel, régulièrement prévu entre novembre 2022 et juillet 2023, pour que Mme C suive un traitement médical lourd. Anissa n'a connu que ce domicile et ce foyer jusqu'à la date du 30 juillet 2024, et perçoit, c'est constant, M. et Mme C comme ses parents et les autres enfants accueillis par le couple, comme les autres composantes de sa famille.
7. La décision en litige, qui retire le placement d'Anissa auprès des époux C, se fait vers une autre famille d'accueil, dont il est là aussi constant qu'elle ne constitue qu'une nouvelle étape intermédiaire pour Anissa, pupille de la nation depuis le 3 février 2023, qui suit un parcours pour pouvoir être adoptée. Aucun signalement relatif à l'exercice de la profession d'assistante familiale de Mme C n'a été fait avant l'entame, par cette dernière, d'une démarche d'adoption en juillet 2023, ni pour Anissa, sous sa responsabilité depuis mars 2021, ni pour les deux autres enfants placés dans son foyer depuis 2017 et 2019. En outre, la requérante est assistante familiale depuis le 6 novembre 2015, sans qu'aucun signalement n'ait jamais été fait. L'agrément de Mme C comme assistante familiale n'a été ni refusé, ni retiré, ni suspendu, conformément aux dispositions précitées.
8. Si plusieurs rapports des services de la protection départementale de l'enfance font état, dans le cadre d'une demande d'adoption de Mme C, de difficultés qui ont été regardées comme devant faire obstacle au processus d'adoption, aucun des éléments caractérisés dans ces rapports ne décrit une situation qui placerait Anissa dans une situation d'insécurité ou de carence de soins ou d'attention telle, qu'elle devrait conduire au retrait de son placement dans ce foyer. Dans ces conditions très particulières de l'espèce, il y a lieu de considérer que l'intérêt supérieur de l'enfant, tout en étant pas l'intérêt propre de la requérante, caractérise l'urgence qui peut exister à suspendre la décision retirant le placement d'Anissa dans le foyer de M. et Mme C. Par suite, la condition d'urgence est caractérisée.
Sur le doute sérieux :
9. Aux termes de l'article L. 112-4 du code de l'action sociale et des familles : " L'intérêt de l'enfant, la prise en compte de ses besoins fondamentaux, physiques, intellectuels, sociaux et affectifs ainsi que le respect de ses droits doivent guider toutes décisions le concernant ".
10. Mme C a fait l'objet d'un renouvellement de son agrément comme assistante familiale pour 3 enfants par décision du 1er décembre 2020, valable du 6 novembre 2020 au 5 novembre 2025. Elle se prévaut de ce qu'aucun signalement n'a été fait jusqu'en juillet 2023, date à laquelle elle a formulé sa demande d'adoption concernant Anissa, d'attestations de ses proches et d'une attestation du suivi médical d'Anissa. Le département y oppose l'ensemble des éléments recueillis dans le cadre de cette demande d'adoption, et rédigés autour de cette seule question. Le premier de ces rapports, en date du 10 janvier 2024 et rédigé par une représentante du département de l'enfance et de la famille du département, parle d'une enfant souriante et très sociable. Son suivi santé ne montre aucune carence. Ce rapport précise des éléments d'inquiétude (auto-mises en danger, manque de développement d'enveloppement corporel, sa socialisation et faculté à aller vers l'inconnu, son hyper-vigilance et son petit gabarit) mais ne documente pas précisément les liens entre ces éléments et le foyer de Mme C, alors que ce rapport n'a donné lieu à aucune vérification, seconde visite ou confirmation d'aucune part. Si ce rapport indique une crainte pour l'implication affective des parents en cas de refus du processus d'adoption, rien ne vient étayer cette affirmation dans les pièces du dossier.
11. Un deuxième rapport de la psychologue en date du 15 février 2024, mentionne d'abord une insécurité affective en s'appuyant sur les éléments contenus dans le rapport précédent. Ce rapport fait mention des liens affectifs qui unissent les autres enfants présents au domicile de Mme C à Anissa. La circonstance que M. et Mme C poursuivent un projet d'adoption pour des raisons distinctes est sans incidence sur la qualité de l'accueil en tant qu'assistante familiale au sein du foyer. L'arrêt des relais, mis en place entre novembre 2022 et juillet 2023, est expliqué à l'audience comme justifié par le suivi d'un traitement médical lourd et Mme C explique précisément encore qu'elle a attendu l'issue favorable de ce traitement en juillet 2023, pour présenter seulement à cette même date la demande d'adoption d'Anissa. Si d'autres habitudes de vie sont décrites au sein de ce relais, ils ne suffisent pas là non plus à caractériser un défaut d'accueil tel qu'il devrait conduire à ce qu'Anissa soit placée auprès d'une autre assistante familiale. Ce rapport montre encore que la réponse de Mme C quand Anissa est malade est adaptée. Anissa a des épisodes énurétiques dont la psychologue admet la possibilité d'un lien avec des épisodes de séparation (au moment du départ des enfants du couple à l'internat). Enfin, si ce rapport mentionne des parents insécures et une relation de ces parents à Anissa d'" enfant-doudou ", de tels éléments sont de nature à entrer dans l'appréciation de l'opportunité de leur projet d'adoption, mais pas dans celle de la décision en litige.
12. Le dernier rapport du 15 février 2024, qui porte encore le titre d'évaluation d'une demande d'adoption, ne documente pas d'autres éléments et conclut par un avis défavorable à l'adoption mais ne mentionne aucun autre élément susceptible de fonder la décision en litige. Le retrait du placement d'Anissa auprès des époux C a pour nécessaire conséquence un placement auprès d'un ou une autre assistante familiale, qui n'a pas formulé de projet d'adoption. Au surplus, M. et Mme C ont présenté devant le tribunal judiciaire une requête pour contester le refus d'adoption d'Anissa qui leur a été opposé. Dans ces conditions, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige sur la prise en compte de l'intérêt supérieur de l'enfant défini à l'article précité est caractérisé et l'exécution de la décision doit, par suite, être suspendue.
Sur les conclusions en injonction :
13. Compte tenu de ce qui vient d'être exposé, il y a lieu d'enjoindre qu'Anissa soit à nouveau placée dans le foyer de M. et Mme C, dans le délai de quinze jours, en suivant le protocole adapté à ce nouveau changement de foyer.
Sur les conclusions tendant au versement de frais d'instance :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de rejeter les conclusions des deux parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision contenue dans le courrier du 24 juillet 2024 emportant le retrait et le changement de famille d'accueil d'Anissa Hicheur du président du conseil départemental du Calvados est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au département du Calvados de placer à nouveau Anissa Hicheur au domicile de M. et Mme C, dans un délai de quinze jours.
Article 3 : Les conclusions des parties tendant à la mise à la charge de frais sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au président du conseil départemental du Calvados.
Fait à Caen, le 16 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
B. B
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026