mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402116 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 août, 5 et 26 septembre 2024, Mme A C, représentée par Me Galy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il appartient à l'administration de justifier que la signataire de l'arrêté bénéficiait d'une délégation de signature régulière ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision quant à sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne repose sur aucun des critères énoncés aux articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires enregistrés les 27 août et 13 septembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sénécal, rapporteure,
- et les observations de Me Galy, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante chinoise née le 24 mars 1981, déclare être entrée irrégulièrement en France le 12 août 2023. Le 23 octobre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 4 juillet 2024, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme E D, adjointe à la cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau. Celles-ci comprennent, en application de l'article 3-4-1 de l'arrêté préfectoral du 30 août 2021 portant organisation des services de la préfecture du Calvados, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2021-158 du 31 août 2021 et consultable sur le site internet de la préfecture, la rédaction et la notification des refus de séjour avec ou sans obligation de quitter le territoire français, les décisions refusant ou octroyant un délai de départ volontaire, la désignation du pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ". En outre, en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger qui sollicite un titre de séjour sur ce fondement doit justifier qu'il dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Ces liens sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République.
4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée du 4 juillet 2024, Mme C est liée à M. B F, ressortissant français, par un pacte civil de solidarité enregistré le 28 février 2023 et qu'ils sont titulaires d'un contrat auprès d'un fournisseur d'électricité pour un logement situé à Paris, la requérante produisant également une facture pour des billets d'avions à leurs deux noms pour un vol le 28 décembre 2017 ainsi que des factures adressées à M. F pour quatre vols internationaux allers-retours effectués par Mme C sur la période de décembre 2017 à septembre 2022. En outre, si des proches, dont certains illustres, attestent que le couple s'est rencontré en 2013 à Hong-Kong et que leur relation est stable et pérenne, les attestations datées ou rédigées en français ont été établies postérieurement à la décision attaquée du 4 juillet 2024, les photographies du couple, en vacances, n'étant pas datées et ne permettant pas d'établir l'ancienneté et l'intensité de leur relation. Il ne ressort pas de l'ensemble de ces éléments que la requérante et M. F entretiendraient une relation amoureuse intense, stable et ancienne. Enfin, il est constant que Mme C, qui est entrée une première fois en France, munie d'un visa, le 26 septembre 2021, à l'âge de 40 ans, n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie, où réside son père et où elle possède un appartement qu'elle loue. La circonstance que Mme C a été admise le 18 juillet 2023 à intégrer l'INSEAD à compter du 2 novembre 2023 n'est pas de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet du Calvados, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme C, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme C.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :
6. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que Mme C s'est maintenue en France de manière irrégulière à l'expiration de l'autorisation provisoire de séjour qui lui a été délivrée le 3 février 2022 pour une durée de trois mois, puis à compter du 12 août 2023 correspondant à son retour en France selon ses déclarations. Dès lors, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la décision portant obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Calvados aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme C.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
8. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la légalité de la décision interdisant le retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision interdisant le retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code énonce que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Calvados a assorti l'obligation de quitter le territoire prononcée à l'encontre de Mme C d'un délai de départ volontaire de trente jours et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Si Mme C s'est maintenue irrégulièrement en France à l'expiration de l'autorisation provisoire de séjour qui lui a été délivrée le 3 février 2022 pour une durée de trois mois, puis à compter du 12 août 2023, elle n'a jamais fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que son comportement caractérise, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public. Enfin, et ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, Mme C est liée par un pacte civil de solidarité avec M. F, ressortissant français, depuis le 28 février 2023. Eu égard à sa durée et à ses conséquences, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an porte une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale au regard du but poursuivi et est, par suite, entachée d'illégalité.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le préfet du Calvados a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2024 en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme C présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet du Calvados du 4 juillet 2024 prononçant à l'encontre de Mme C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,
- Mme Sénécal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
La rapporteure,
SIGNÉ
I. SENECAL
La présidente,
SIGNÉ
A. MACAUD
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026