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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402205

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402205

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEBEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 août 2024 et le 10 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Lebey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer le certificat de résidence sollicité dans un délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros toutes taxes comprises en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 30 août 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête de M. C est irrecevable en l'absence de décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch,

- et les observations de Me Courset, substituant Me Lebey et représentant M. C.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 24 février 1993 à Sobha (Algérie), était titulaire d'un certificat de résidence pour algérien en qualité de parent d'enfant français, valable du 6 février 2023 au 5 février 2024. Suite à la perte de ce document, il a déposé le 31 octobre 2023 une demande de duplicata de son certificat de résidence. M. C a également sollicité en ligne le 22 mars 2024 via la plateforme de l'Administration numérique des étrangers en France (ANEF) le renouvellement d'un titre de séjour en tant que " membre de famille citoyen UE ". Cette dernière demande a été clôturée le 29 avril 2024. Par la présente requête, M. C demande l'annulation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Calvados sur sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 octobre 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Calvados :

3. Aux termes de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

4. Le requérant soutient avoir sollicité le renouvellement de son titre de séjour suite à la demande de duplicata de son certificat de résidence le 31 octobre 2023. Il résulte de l'instruction que l'Agence nationale des titres sécurisés, par un courriel du 20 novembre 2023 adressé au requérant, a indiqué que la demande de titre de séjour présentée par M. C, qui " a bien été reçue par le service instructeur ", était en attente de traitement. Ainsi, le préfet, qui a gardé le silence sur la demande de M. C pendant un délai de quatre mois, doit être regardé, en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme lui ayant opposé une décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Dès lors, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; / () ". Aux termes de l'article 372 du code civil : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale. () ". Enfin, en application des articles 78 et suivants du code civil, cette autorité parentale ne peut être retirée même partiellement que par une décision explicite du tribunal judiciaire.

6. Il résulte des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que le respect de la condition qu'elles posent, tenant à l'exercice même partiel de l'autorité parentale, n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité. Lorsque le demandeur d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien est titulaire de l'autorité parentale à l'égard d'un enfant de nationalité française, la délivrance d'un certificat de résidence n'est pas soumise à la condition supplémentaire que le demandeur subvienne effectivement aux besoins de l'enfant.

7. M. C a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence délivré en qualité de parent d'un enfant français. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'acte de naissance de l'enfant L., qu'il l'a reconnu le lendemain de sa naissance le 26 août 2022 et de manière anticipée le 21 janvier 2022 avec la mère de l'enfant, ressortissante française. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait été privé de l'exercice de cette autorité parentale. Dans ces circonstances, M. C doit être regardé comme étant titulaire de cette autorité à l'égard de sa fille française, pour laquelle il fournit un certificat de nationalité française. Par suite, M. C est fondé à soutenir que le préfet du Calvados a méconnu les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a refusé de renouveler son certificat de résidence en qualité de parent d'un enfant français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de la décision implicite de refus du 20 mars 2024 du préfet du Calvados implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, que cette autorité délivre à M. B C un certificat de résidence pour algérien en qualité de parent d'enfant français dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lebey, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lebey de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision implicite du préfet du Calvados refusant de renouveler le certificat de résidence de M. C est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à M. B C un certificat de résidence pour algérien en qualité de parent d'enfant français dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à Me Lebey une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lebey renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A, à Me Lebey et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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