vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402339 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Autres délais-Etrangers-1 |
| Avocat requérant | WAHAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 et le 17 septembre 2024, M. E F, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2024 par lequel le préfet de l'Orne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de six ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient :
S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est entaché d'incompétence de son signataire ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
S'agissant de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six ans :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 et le 17 septembre 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Caen a délégué Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Wahab, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins que la requête. Elle indique que M. F est présent en France depuis 2012, qu'il est père de trois enfants, qu'il est en couple avec une ressortissante française mère de son troisième enfant B et que ses intérêts privés et familiaux sont en France.
Le préfet de l'Orne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E F, ressortissant dominicain né le 9 janvier 1990 à Santo Domingo (République Dominicaine), est incarcéré depuis le 4 juin 2021. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 août 2024 par lequel le préfet de l'Orne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai dès sa levée d'écrou, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six ans.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
4. En premier lieu, par un arrêté du 15 avril 2024, publié le lendemain au recueil spécial n° 8 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Orne a donné délégation à M. C, directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer, les actes et décisions relevant de la police des étrangers, parmi lesquelles figurent les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté vise notamment le 1° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6, L. 612-10, L. 612-12, L. 613-5, L. 614-1, L. 711-1, L. 711-2, L. 721-3 à L. 721-5, L. 722-3 et L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Il mentionne la situation administrative, familiale, professionnelle et personnelle de l'intéressé, notamment que M. F est père de trois enfants dont un fils âgé de 8 ans qui vit chez sa mère à Châteauroux, et qu'il est dans l'incapacité de justifier son entrée sur le territoire français avant les faits délictueux ayant entraîné son incarcération le 4 juin 2021. Le préfet indique que la présence de l'intéressé présente une menace grave, réelle et actuelle pour l'ordre public et précise que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni à celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. L'arrêté, dans son ensemble, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté contesté ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Orne n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen sérieux, particulier et approfondi de la situation du requérant avant de prendre à son encontre les décisions litigieuses.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".
8. En l'espèce, M. F n'a pas établi être entré régulièrement en France et ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Ainsi il entre dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à l'obliger à quitter le territoire. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
10. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
11. Au cas d'espèce, M. F fait valoir que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe en France. S'il se prévaut d'une présence en France depuis douze ans, il ne l'établit pas, et ne justifie d'aucune ressource propre ni insertion particulière sur le territoire français, ni même de l'intensité des liens avec la France depuis son arrivée. S'il produit une attestation du 12 septembre 2024 selon laquelle il indique qu'il compte rejoindre sa concubine Mme D, ressortissante française et mère de son fils B né le 24 janvier 2016, avec qui il allègue avoir onze ans de vie commune, il ne produit aucun élément attestant de la réalité de cette relation ni même d'une communauté de vie avec cette femme antérieure à sa détention. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il n'a reçu qu'une seule visite le 22 juin 2024 de Mme D depuis son incarcération le 4 juin 2021, et qu'aucun appel téléphonique n'est répertorié dans l'historique des appels. Par ailleurs, s'il soutient ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine, il ne démontre pas être isolé ni dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a vécu en tout état de cause la majeure partie de sa vie. Il se borne à indiquer que l'exécution de la décision litigieuse aura pour effet de priver ses trois enfants de la présence de leur père sans justifier de l'existence de deux des trois enfants ni des liens qu'il entretiendrait avec B, le troisième. Le préfet soutient en outre sans être contredit que M. F n'a pas l'autorité parentale sur B, et qu'il ne justifie pas de l'entretien et de l'éducation de ce dernier qui est à la charge de sa mère depuis sa naissance et avec lequel il n'a eu aucun contact depuis trois ans. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant est incarcéré depuis le 4 juin 2021 et a fait l'objet de quatre condamnations à des peines d'emprisonnement dont huit mois pour violence aggravée avec usage ou menace d'une arme et commise en réunion suivie d'incapacité supérieure à huit jours et violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par jugement du 9 mars 2023 du tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre, six mois d'emprisonnement pour des faits de menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et rébellion en récidive par un jugement du 12 avril 2022 de la chambre des appels correctionnels de la Cour d'appel de Basse-Terre, trois ans d'emprisonnement pour transport, détention, offre ou cession et acquisition non autorisés de stupéfiants par jugement du 30 juin 2021 du tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre, et quatre mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par jugement du 17 juin 2020 du tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre. La nature, la gravité et la récurrence des infractions pénales résultant du comportement de M. F illustrent le défaut d'intégration du requérant dans la société française et sont de nature à établir que sa présence en France constitue une menace grave, réelle et actuelle pour l'ordre public. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Orne aurait porté au droit de M. F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de l'Orne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ni les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé. Les moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : /1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".
13. Eu égard aux circonstances mentionnées au point 11, il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. F devait être regardé comme constituant une menace grave pour l'ordre public. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet de l'Orne pouvait légalement lui refuser un délai de départ volontaire en raison de son comportement eu égard à l'ordre public. Par suite, les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
15. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ni que sa vie ou sa liberté y soient menacées. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Orne aurait commis une erreur de droit, ni que sa décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Les moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six ans :
16. En premier lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
17. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
18. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
19. M. F a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel le préfet assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction de retour ne soit pas édictée. En l'espèce, le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, il ressort des termes de l'interdiction de retour contestée que le préfet de l'Orne s'est explicitement référé aux critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à la durée de sa présence en France, à la nature et à l'ancienneté des liens de M. F sur le territoire national et à son comportement représentant une menace grave à l'ordre public, nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit sera écarté.
20. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porterait au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et serait entachée d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Le préfet de l'Orne n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. F doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. F est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. F est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à Me Wahab et au préfet de l'Orne.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
N. A
La greffière,
Signé
H. SCHREINER
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026