jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402398 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | WAHAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il appartient à l'administration de justifier que le signataire de l'arrêté bénéficiait d'une délégation de signature régulière ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 3 octobre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A C a produit un mémoire, le 3 décembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 octobre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sénécal, rapporteure,
- et les observations de Me Wahab, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, se disant ressortissant albanais né le 15 mars 1989, déclare être entré irrégulièrement en France le 4 juillet 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 21 mars 2017 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 11 janvier 2018. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile du 14 juin 2018 a été clôturée par une décision du même jour du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Sa seconde demande de réexamen du 15 avril 2019 a été déclarée irrecevable par une décision du 19 avril 2019 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 septembre 2019. M. C, qui s'est maintenu sur le territoire, a demandé, le 23 septembre 2021, son admission exceptionnelle au séjour, demande qui a été rejetée par un arrêté du 25 juillet 2022 l'obligeant également à quitter le territoire français, et dont la légalité a été confirmée par un arrêt du 16 janvier 2023 de la Cour administrative d'appel de Nantes. M. C a sollicité une nouvelle fois, le 27 décembre 2023, son admission exceptionnelle au séjour. Cette demande a fait l'objet, le 14 mai 2024, d'un refus d'enregistrement par le préfet du Calvados au motif qu'elle présentait un " caractère abusif et dilatoire ". Par l'arrêté attaqué du 11 août 2024, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 21 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2024-138 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. Stéphane Sinagoga, secrétaire général de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Calvados, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. En outre, il ressort du tableau de permanence de la préfecture du Calvados pour le mois d'août 2024 que M. B faisait office de sous-préfet de permanence la fin de semaine du 10 au 11 août 2024. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
Sur les autres moyens :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. Il est constant que M. C est entré irrégulièrement en France en 2016 à l'âge de 27 ans, s'y est maintenu irrégulièrement, qu'il est marié à Mme D C, qui séjourne irrégulièrement en France, et que le couple a trois enfants nés en 2009, 2013 et 2015. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui est sans emploi stable, aurait tissé des liens personnels et amicaux en France ni qu'il y serait particulièrement intégré. En outre, il n'est pas établi ni même allégué que M. C serait dans l'impossibilité de reconstituer la cellule familiale en Albanie avec son épouse, également en situation irrégulière. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. C, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs pour lesquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
5. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de M. C, nés en 2009, 2013 et 2015 dont il est allégué qu'ils sont scolarisés à l'exception de l'enfant né en 2015, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Albanie où la cellule familiale pourra se reconstituer. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit, dès lors, être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.
En ce qui concerne la légalité de la décision interdisant le retour sur le territoire français :
8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui est entré irrégulièrement en France le 4 juillet 2016, s'y est maintenu irrégulièrement en dépit de l'arrêté du 25 juillet 2022 l'obligeant à quitter le territoire. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. C sur le territoire français, à l'irrégularité du séjour de son épouse et en l'absence de liens personnels ou familiaux stables et intenses sur le territoire français, le préfet du Calvados n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ni n'a commis d'erreur d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 août 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles de Me Wahab relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Wahab et au préfet du Calvados.
Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,
- Mme Sénécal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
SIGNÉ
I. SENECAL
La présidente,
SIGNÉ
A. MACAUD
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026