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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402401

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402401

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantBARA CARRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Bara Carré demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'opérer la jonction avec la requête n° 2402374 dirigée contre l'arrêté du 28 août 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui octroyer un titre de séjour et a prononcé son expulsion du territoire français ;

3°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a assigné à résidence ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet doit justifier de la compétence de son auteur ;

- l'assignation à résidence est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, le préfet du Calvados conclut à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à une minoration des frais liés au litige.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile conformément à l'article L. 922-2 de ce même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Schreiner, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Bara Carré, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens en abandonnant toutefois les conclusions à fin de jonction de la présente requête avec celle enregistrée sous le n° 2402374 et soulève un nouveau moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- et les observations de M. A qui s'exprime en français.

Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 20 septembre 2024 et communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 17 septembre 1990, est entré irrégulièrement en France en 2010 selon ses déclarations et y a séjourné sans autorisation jusqu'au 27 janvier 2015. Il a bénéficié depuis cette date de titre de séjour en qualité de père d'un enfant français. Séparé de la mère de l'enfant, une décision du juge aux affaires familiales de Coutances du 3 juillet 2017 a statué sur les modalités d'exercice de l'autorité parentale et les droits de visites et d'hébergement. Condamné à de multiples reprises notamment pour des infractions routières et refus d'obtempérer, le tribunal judiciaire de Paris a prononcé à son encontre une peine de vingt-quatre mois d'emprisonnement dont la moitié assortie du sursis probatoire à exécuter sous le régime de la semi-liberté. A l'issue de la levée d'écrou le 23 août 2024, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, refus assorti d'une mesure d'expulsion le 28 août 2024. Par l'arrêté contesté du même jour, le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des actes de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de tels actes alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. L'arrêté contesté a été signé par M. E B, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration. Celui-ci a reçu délégation à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service, dont font partie les décisions en litige, par un arrêté du préfet du Calvados du 4 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par l'arrêté en litige, le préfet du Calvados a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Calvados. L'arrêté impose à M. A de se rendre à la gendarmerie de Vire, commune où réside son actuelle concubine, trois fois par semaine, à onze heures. Pour se déplacer en dehors du département du Calvados, l'arrêté prévoit qu'une autorisation sera nécessaire à l'intéressé.

6. M. A soutient dans ses écritures que les conditions de pointage sont incompatibles avec son travail en intérim et par suite disproportionnées, au regard de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois celui-ci a déclaré à l'audience ne pas travailler au regard de sa situation administrative. De même, si le requérant fait grief au préfet de ne pas avoir tenu compte de l'existence de son fils qui réside chez sa mère dans le département de la Manche, et dont il a la garde un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, il ressort des termes de l'arrêté attaqué et notamment de son article 4 que l'intéressé peut solliciter la délivrance d'une autorisation de sortir du département du Calvados. Par suite, l'arrêté en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant ni méconnu les stipulations précitées.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de résider dans le département du Calvados et les modalités de pointage fixées par cette décision ne seraient pas proportionnées et nécessaires aux finalités qu'elle poursuit. A cet égard, si M. A fait valoir que l'assignation à résidence fait obstacle au maintien de ses liens avec son enfant résidant dans le département voisin de la Manche qu'il doit héberger un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires ainsi que le prévoit le jugement du juge aux affaires familiales de Coutances, la décision en litige prévoit la possibilité de solliciter une autorisation pour quitter le département et lui permettre ainsi de venir chercher son enfant au domicile de sa mère. Par suite, la décision en litige ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision portant assignation à résidence avec obligation de présentation périodique aux services de gendarmerie et interdiction de sortir du département du Calvados sans autorisation n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 28 août 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil du requérant de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Bara Carré et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. D

La greffière,

Signé

H. SCHREINER

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. Bénis

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