lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402495 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BARON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Baron, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 10 septembre 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a prolongé son placement à l'isolement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- il est placé à l'isolement depuis le 21 avril 2021 ;
- il a subi trente transfèrements administratifs en l'espace de trois ans et demi ;
- une expertise psychiatrique du 30 novembre 2023 a relevé la nécessité d'une prise en charge en milieu psychiatrique ;
- ses conditions de détention ont conduit à la dégradation de son état de santé psychique, qui ont entraîné plusieurs hospitalisations en unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) ;
- il été transféré vers l'UHSA de Rennes le 3 septembre 2024 pour débuter une prise en charge psychiatrique, qui a été brutalement interrompue par son retour au sein du centre pénitentiaire de Caen-Ifs et son placement immédiat au quartier disciplinaire.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- aucune mention ne précise la personne qui a procédé à la notification, alors que seul le chef d'établissement ou son délégataire a compétence pour procéder à cette notification ;
- il est indiqué que la copie lui a été remise le 11 septembre 2024 sans autre précision, alors que la décision de prolongation doit être notifiée sans délai ;
- il doit bénéficier de soins spécialisés sur le long terme et d'une prise en charge en milieu hospitalier ; il se trouve en constante rupture de soins en raison des transfèrements intempestifs dont il fait l'objet ; au regard de son état de vulnérabilité, caractérisé par ses antécédents de tentatives d'autolyse et de son état de santé psychique fragile, la prolongation de la mesure de placement à l'isolement porte gravement atteinte à sa vie, et à son droit au respect de sa dignité humaine et à son droit à la liberté et à la sûreté, en méconnaissance des articles 2, 3 et 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée repose sur une erreur de fait en ce qu'elle indique qu'il est placé à l'isolement depuis deux ans, alors qu'après trois ans et trois mois depuis le prononcé de la première décision d'isolement, il n'a bénéficié d'un placement en détention ordinaire que pendant sept mois ;
- la mesure d'isolement est maintenue en l'absence de raisons objectives et actualisées ; l'expertise psychiatrique du 30 novembre 2023, réalisée pour évaluer son état de santé psychique à la suite d'une procédure diligentée à son encontre pour des faits de menaces et d'outrage à l'égard de surveillant, a conclu à l'abolition de son discernement ; son état de vulnérabilité n'a pas été pris en compte ; la prolongation de l'isolement est totalement inadaptée à sa situation ; dès lors, la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que
- M. A a été transféré le 30 septembre 2024 par mesure d'ordre et de sécurité au centre pénitentiaire de Mulhouse Lutterbach, sans que la mesure d'isolement ne fasse l'objet d'une mainlevée ;
- le requérant a été condamné pour des faits de violence en réunion, menace et intimidation, ainsi que pour outrage à une personne chargée d'une mission de service public et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive, faits qui ont notamment été commis en détention à l'égard de surveillants pénitentiaires ;
- le parcours pénitentiaire de M. A est émaillé de très nombreux incidents disciplinaires ; son transfert au centre pénitentiaire de Caen-Ifs est justifié par son comportement en détention dans l'un de ses précédents établissements ; M. A démontre, depuis le début de son incarcération, un comportement particulièrement menaçant et violent à l'égard du personnel pénitentiaire ; il a fait l'objet le 27 août 2024 d'un compte rendu d'incident pour avoir violemment agressé le personnel pénitentiaire ;
- eu égard à son profil pénal et pénitentiaire témoignant de son potentiel de dangerosité, le requérant a fait l'objet d'une prolongation de son placement à l'isolement, unique mesure permettant d'assurer la sécurité de l'établissement et des personnes, d'ailleurs soulignée par les avis favorables à la prolongation de l'isolement, mais également sa propre sécurité, au regard du risque auto-agressif ;
- Si M. A soulève une incompatibilité de son état de sa santé avec la mesure litigieuse, il a lui-même refusé à plusieurs reprises une hospitalisation et a été transféré au sein de l'UHSA du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin du 3 au 10 septembre 2024 ; les UHSA sont des unités de soins qui accueillent des personnes souffrant de troubles psychiatriques et nécessitant une hospitalisation avec ou sans leur consentement ; par un courrier du 9 septembre 2024, un médecin de l'UHSA de Rennes a indiqué que l'état de santé de M. A ne relevait plus de la nécessité d'une hospitalisation à l'UHSA et qu'il pouvait réintégrer le centre pénitentiaire de Caen-Ifs ;
- le requérant, qui a ingéré à plusieurs reprises des lames de rasoirs, fait l'objet d'une surveillance spécifique, qui est plus aisée au quartier isolement ; les surveillants affectés au quartier isolement disposent de moins de personnes détenues à surveiller et sont formés à déceler d'éventuelles tentatives d'actes auto-agressifs ;
- conformément aux dispositions de l'article R. 213-19 du code pénitentiaire, les personnes détenues placées au quartier isolement font l'objet de consultations médicales deux fois par semaine ; M. A a fait l'objet d'un suivi médical régulier au quartier isolement du centre pénitentiaire de Caen-Ifs ;
- dès lors, l'urgence n'est pas démontrée compte tenu des circonstances particulières liées au comportement de M. A et à la nécessité de préserver l'ordre public de l'établissement ;
- la circonstance que la décision ait pu être notifiée par un agent autre que le chef d'établissement n'a aucune incidence sur la légalité de la décision ;
- M. A bénéfice d'un suivi psychologique en détention et d'extractions médicales vers les centres hospitaliers quand son état de santé le nécessite ; la prise en charge sanitaire des personnes détenues ne relève pas de la compétence de l'administration pénitentiaire, mais du service public hospitalier ; si l'administration doit faciliter l'accès des personnes détenues aux soins, il est de la responsabilité de l'unité sanitaire de prendre toutes mesures nécessaires pour les assurer ; dès lors, les conditions de détention de M. A au quartier isolement du centre pénitentiaire de Caen-Ifs ne portent pas atteinte à ses droits et libertés fondamentales ;
- contrairement à ce qui est soutenu, M. A, à la date de la décision litigieuse, avait passé exactement deux ans à l'isolement ;
- la prolongation du placement à l'isolement de M. A est l'unique moyen permettant d'assurer le bon ordre et la sécurité au sein de l'établissement, compte tenu de son comportement en détention particulièrement agressif et menaçant à l'égard du personnel pénitentiaire ; lors de l'audience disciplinaire du 29 août 2024, M. A a reconnu les faits reprochés ; plusieurs mainlevées ont été opérées à l'encontre des mesures de prolongation de placement à l'isolement de M. A, toutes mises en échec par son comportement en détention.
Par un mémoire, enregistré le 4 octobre 2024, M. A déclare maintenir sa demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 20 septembre 2024 sous le n° 2402497 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision du 10 septembre 2024 du ministre de la justice prolongeant son placement à l'isolement.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à une audience publique.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. C a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi ci-dessus mentionnée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire / () ". L'article R. 213-30 du même code prévoit en son premier alinéa : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé ".
4. Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.
5. M. A, incarcéré depuis le 24 février 2021, a été transféré le 2 juillet 2024 au centre pénitentiaire de Caen. Il a fait l'objet le 20 avril 2021 d'un placement à l'isolement, qui a été renouvelé à plusieurs reprises. Par une décision du 10 septembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, a prolongé son placement à l'isolement pour une durée de trois mois à compter du 16 septembre 2024. M. A a été transféré le 30 septembre 2024 par mesure d'ordre et de sécurité au centre pénitentiaire de Mulhouse Lutterbach, sans que la mesure d'isolement ne fasse l'objet d'une mainlevée. Pour prendre la décision prolongeant la mise à l'isolement de M. A au-delà de deux ans, le ministre s'est fondé sur le parcours pénitentiaire de M. A marqué par une trentaine de passages en commission de discipline. M. A insulte et agresse physiquement les surveillants, les menace de mort et projette sur eux ses excréments. Il ressort du dossier d'orientation et de transfert que le requérant, alors affecté au centre pénitentiaire de Paris-La Santé, a mis le feu à sa cellule le 18 avril 2024 et exercé des violences physiques sur un membre du personnel le 19 juin 2024. Il a en outre fait l'objet le 27 août 2024 d'un compte rendu d'incident pour avoir violemment agressé le personnel pénitentiaire. Par ailleurs, le requérant a bénéficié d'un séjour au sein de l'UHSA du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin du 3 au 10 septembre 2024. Dans un courrier du 9 septembre 2024, un médecin du pôle de psychiatrie de l'UHSA a donné son accord pour un retour au centre pénitentiaire. Le requérant faisait l'objet d'un suivi médical régulier au centre pénitentiaire de Caen-Ifs, ainsi qu'en atteste la liste des observations des détenus versée au dossier.
6. Compte tenu de ces éléments, et notamment du comportement agressif de M. A à l'origine de son placement à l'isolement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Aucun des autres moyens visés ci-dessus n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence est satisfaite, que les conclusions aux fins de suspension de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Baron et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Fait à Caen, le 7 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
F. C
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026