mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402553 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, M. D A B, représenté par Me Cavelier, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 16 septembre 2024 par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder au réexamen de sa demande et ce, dans le délai de deux mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite ; il attend depuis plus d'une année une réponse des services de la préfecture sur sa demande ; son épouse est enceinte et les conditions pour un accouchement serein au Bangladesh ne sont pas réunies ; son épouse ne pourra prendre l'avion pour le rejoindre que jusqu'au 18 octobre 2024 ; de plus, la situation politique et sécuritaire au Bangladesh, ainsi que sa situation professionnelle, l'empêchent de se déplacer au Bangladesh ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors que :
• la décision n'est pas suffisamment motivée ; elle n'indique pas le montant des ressources calculées pour la demande de regroupement familial ;
• il remplit toutes les conditions pour bénéficier d'un regroupement familial en application des dispositions des articles L. 434-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 19 novembre 2027 et a justifié être locataire d'un appartement de 71 m² avec trois chambres ; en outre, il a d'abord signé un contrat d'apprentissage dans le cadre de sa formation professionnelle pour la période du 7 septembre 2021 au 6 septembre 2022 et a signé, avant la fin de son contrat d'apprentissage, un contrat à durée indéterminée pour un salaire brut mensuel de 2 257,36 euros ; il a été licencié en novembre 2022 et a perçu l'allocation d'aide au retour à l'emploi du
13 décembre 2022 au 31 décembre 2022 ; il a signé un autre contrat à durée indéterminée le
19 janvier 2023 et est rémunéré en moyenne 1 700 euros par mois ; de juin 2022 à juin 2023, il a perçu 17 089,90 euros de salaires auxquels il faut ajouter la somme de 533,14 euros au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi ; la moyenne mensuelle de ses ressources sur cette période est donc de 1 468,58 euros alors que le SMIC net était de 1 302,64 euros en juin 2022 et 1 383,08 euros en juin 2023 ; sur la période de référence, il justifie donc de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ;
• la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ainsi qu'à celle de son épouse et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 4 octobre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'ancienneté de la demande de regroupement familial du requérant et l'état de grossesse de son épouse ne sont pas suffisants pour caractériser une situation d'urgence ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :
• la décision est suffisamment motivée ; elle n'a pas à retranscrire le détail de l'ensemble des éléments de droit et de fait ;
• l'OFII a étudié les ressources de M. A B au regard d'une famille de trois personnes sur la période de juillet 2022 à juin 2023 ; le requérant a perçu sur cette période un revenu moyen mensuel de 1 319 euros alors qu'il devait justifier de ressources équivalentes au SMIC, soit 1 343,86 euros net imposable ; il n'établit pas remplir la condition de ressources et ce, même postérieurement à la date de sa demande ;
• l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas méconnu ; il n'est pas établi que la grève des urgences au Bangladesh se poursuivra jusqu'en décembre 2024, date prévue pour l'accouchement ; de plus, il est loisible au requérant de se rendre au Bangladesh pour la naissance de son enfant ; en outre, rien ne s'oppose à ce que la mère et l'enfant rendent visite à M. A B munis d'un visa court séjour.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2402551 le 25 septembre 2024 par laquelle
M. A B demande l'annulation de la décision du préfet du Calvados rejetant sa demande de regroupement familial.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Audrey Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024 à 9 heures 30, en présence de Mme Bloyet, greffière d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Cavelier, représentant M. A B également présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en précisant que ses ressources, sur la période allant de juillet 2022 à juillet 2023, sont de 17 071,66 euros, soit une moyenne mensuelle de 1 422,63 euros donc au-dessus du SMIC ; qu'en outre, le préfet ne tient pas compte de l'allocation d'aide au retour à l'emploi pour le calcul des ressources ; qu'en prenant les montants retenus par le préfet et en ajoutant cette allocation, ses ressources mensuelles sont supérieures au SMIC ; qu'en tout état de cause, vu le très faible écart entre le montant retenu par le préfet et le montant du SMIC, soit 14 euros par mois, la décision refusant le regroupement familial porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il résulte de l'instruction que M. A B, ressortissant du Bangladesh né le
8 juillet 2000, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 19 novembre 2027. Pour caractériser l'urgence, il fait valoir que sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse a été enregistrée le 21 juin 2023, soit il y a plus d'un an, que son épouse est enceinte, que les conditions pour un accouchement serein ne sont pas réunies vu le contexte de grave crise politique au Bangladesh et que son épouse ne pourra plus prendre l'avion au-delà de sept mois de grossesse, soit le 18 octobre 2024. Il précise qu'il ne peut se déplacer au Bangladesh compte tenu de la situation politique et sécuritaire et sa situation professionnelle. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, M. A B doit être regardé comme justifiant d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et donc, de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
4. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ".
5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du préfet du Calvados du 16 septembre 2024 rejetant la demande de regroupement familial de
M. A B.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer la demande de regroupement familial de M. A B et ce, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais de l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros à verser à M. A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet du Calvados du 16 septembre 2024 rejetant la demande de regroupement familial de M. A B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la demande de
M. A B dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 500 euros à M. A B en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A B, au préfet du Calvados et au ministre de l'intérieur.
Fait à Caen, le 8 octobre 2024.
La juge des référés
Signé
A. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026