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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402566

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402566

mercredi 18 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402566
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLABRUSSE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Caen a rejeté la requête de Mme D et autres, copropriétaires et syndicat de copropriété, qui contestaient le permis d'aménager délivré par le maire de Granville pour l'aménagement d'espaces publics. Les demandes préalables des requérants visant à préserver leur accès à la voie publique ont été jugées sans objet, car le projet n'était pas encore autorisé, rendant les conclusions irrecevables. Le moyen d'incompétence du maire a été écarté comme manifestement infondé, et le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'accès à la voie publique a été jugé inopérant, le permis d'aménager ne contrôlant que la conformité aux règles d'urbanisme. La commune de Granville a obtenu 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 septembre 2024 et le 10 octobre 2024, Mme E D, Mme F B, M. et Mme C A et le syndicat des copropriétaires de la copropriété du 4 place du Général de Gaulle à Granville, représentés par Me Labrusse, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juillet 2024 par lequel le maire de Granville a délivré à la commune un permis d'aménager portant sur l'aménagement d'espaces publics ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le maire de Granville a implicitement rejeté leurs demandes réceptionnées les 18 mars et 20 juin 2024 tendant à ce qu'il s'engage à préserver leur accès à la voie publique dans le cadre de l'aménagement des espaces publics ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Granville une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les décisions attaquées :

- sont entachées d'incompétence ;

- méconnaissent le droit d'accès des riverains à la voie publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2024, la commune de Granville, représentée par la SELARL Concept Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge solidaire des requérants, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, () des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. ".

2. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Granville a projeté de réaménager les espaces publics de la place du Général de Gaulle, du Cours Jonville, et, à cette occasion, de supprimer les places de stationnement existantes. Par deux lettres réceptionnées les 18 mars et 20 juin 2024, le syndicat des copropriétaires de la copropriété du 4 place du Général de Gaulle et les copropriétaires, dont Mme D, ont saisi le maire d'une demande tendant à ce qu'il s'engage, dans le cadre du projet d'aménagement, à ce que l'accès à leur propriété soit préservé. Par un arrêté du 26 juillet 2024, le maire de Granville a délivré à la commune un permis d'aménager portant sur l'aménagement d'espaces publics. Par leur requête, Mme D et autres demandent au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que les décisions implicites de rejet de leurs demandes réceptionnées les 18 mars et 20 juin 2024.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions de rejet implicite des demandes réceptionnées les 18 mars 2024 et 20 juin 2024 :

3. Il est constant qu'à la date du 20 juin 2024, le projet d'aménagement des espaces publics de la place du Général de Gaulle et du Cours Jonville n'avaient pas encore été autorisés ni, à plus forte raison, mis à exécution, de sorte qu'à cette même date, aucune privation d'accès ne pouvait lui être imputée. Il s'ensuit que les demandes réceptionnées les 18 mars et 20 juin 2024 tendant à ce qu'un accès à la voie publique soit préservé au profit des requérants dans le cadre de l'aménagement des espaces publics étaient sans objet et n'ont, par suite, fait naître aucune décision implicite de rejet.

4. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation du rejet implicite des demandes réceptionnées les 18 mars et 20 juin 2024 doivent être rejetées, en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, dès lors qu'elles sont irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2024 :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué émane du maire de Granville, qui était compétent pour l'édicter, en vertu des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'incompétence est manifestement infondé.

6. En second lieu, une autorisation d'urbanisme n'a pour seul objet que de vérifier la conformité du projet qu'elle autorise aux règles d'urbanisme. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté du 26 juillet 2024 méconnaitrait le droit d'accès des requérants à la voie publique est inopérant.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2024 doivent être rejetées, en application du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la commune de Granville, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire des requérants le versement à la commune de Granville d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D et autres est rejetée.

Article 2 : Mme D, Mme B, M. et Mme A et le syndicat des copropriétaires de la copropriété du 4 place du Général De Gaulle à Granville verseront solidairement une somme de 1 000 euros à la commune de Granville au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D, première dénommée pour les requérants, et à la commune de Granville.

Fait à Caen, le 18 décembre 2024.

Le président de la 2ème chambre,

Signé

A. Marchand

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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