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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402569

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402569

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEREVEREND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 septembre 2024, le 4 décembre 2024 et le 9 janvier 2025, M. C B, représenté par Me Lerévérend, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte de résident, subsidiairement une carte de séjour pluriannuelle ou, à titre infiniment subsidiaire, une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ce, dans un délai de cinq jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité ne disposant pas d'une délégation de signature régulière ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait et méconnait les dispositions des articles L. 423-7, L. 423-10 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'intérêt supérieur de son enfant, tel que protégé par les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il ne constitue pas une menace réelle et actuelle pour l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et méconnait les dispositions des articles L. 423-7, L. 423-10, L. 423-23 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public, motif qui ne peut donc justifier le refus de délai de départ volontaire ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est contenté d'une motivation stéréotypée alors qu'il avait déposé une demande d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour ;

- elle méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 octobre 2024 et le 10 janvier 2025, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas,

- et les observations de Me Lerévérend, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant égyptien né le 25 novembre 1988, est entré irrégulièrement en France au cours du mois d'avril 2013 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 6 novembre 2014 et de la Cour nationale du droit d'asile du 11 août 2015. Il a bénéficié de cartes de séjour temporaire, au titre de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du 31 juillet 2018 au 29 juillet 2022, dont il a sollicité le renouvellement le 26 juin 2022. Par un arrêté du 30 juillet 2024 dont il demande l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 432-2 de ce code : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, () ".

4. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé et de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour dont M. B bénéficiait, le préfet du Calvados a estimé que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et qu'il n'établissait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils.

6. Il est constant que M. B est père d'un enfant de nationalité française, Eyad, né le 24 juillet 2017 de sa relation avec Mme A, ressortissante française dont il est séparé. M. B établit, par la production de ses relevés bancaires, verser à la mère de son enfant la pension alimentaire mensuelle de 150 euros mise à sa charge par jugement du juge aux affaires familiales et produit, en outre, les attestations de l'espace de rencontre " Le Lotus " faisant état des visites médiatisées bimensuelles qu'il rend à son fils, quelques factures d'achats de jouets, de nourriture et de vêtements, corroborées par ses relevés bancaires, et de nombreuses photographies de son fils et lui. Il suit de là que M. B doit être regardé comme justifiant contribuer à l'éducation et l'entretien de son fils depuis au moins deux années à la date de l'arrêté attaqué.

7. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que si M. B a été condamné le 13 février 2019 à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir, le 24 novembre 2018, exercé des violences volontaires sur son ancienne concubine ayant entrainé une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, et a fait l'objet d'un rappel à la loi le 21 août 2019 pour usage illicite de stupéfiants, il est constant que ces faits, qui datent de plus de cinq ans à la date de la décision attaquée, n'ont pas été réitérés. Eu égard à la durée du séjour de M. B en France, soit plus de dix ans, à son insertion professionnelle et, surtout, aux liens qu'il entretient avec son fils, ressortissant français, et en l'absence d'autres éléments de nature à démontrer que l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public, le préfet du Calvados a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de mener une vie privée et familiale en refusant de renouveler son titre de séjour et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2024 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de renouveler son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée au requérant. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer ce titre de séjour au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Calvados du 30 juillet 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- M. Rivière, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.

La rapporteure,

SIGNÉ

C. DUCOS DE SAINT BARTHÉLÉMY DE GÉLAS

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUDLa greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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