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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402587

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402587

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLEREVEREND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 27 septembre et 11 octobre 2024, Mme A C, représentée par Me Lerévérend, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du préfet du Calvados née du silence gardé sur sa demande de carte de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- sa situation de précarité financière ne lui permet plus de payer son loyer mensuel ;

- elle risque d'être expulsée de son logement ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- sa demande de communication des motifs de la décision est restée sans réponse ; dès lors, la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et méconnaît l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen complet ;

- elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour étranger malade et démontre avoir résidé de manière continue sur le territoire depuis dix ans ; dès lors, la commission du titre de séjour aurait dû être saisie pour avis ;

- elle a déposé une demande de titre de séjour vie privée et familiale entrant dans le champ d'application de l'expérimentation prévue à l'article 14 de la loi n° 2024-425 du 26 janvier 2024 ; dès lors, la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet du Calvados, à qui la requête a été communiquée le 30 septembre 2024, n'a pas présenté d'observations en défense.

Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 16 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 septembre 2024 sous le n° 2402586 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision implicite du préfet du Calvados née du silence gardé sur sa demande de carte de séjour.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lebossé, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations :

- de Me Papinot, substituant Me Lerévérend, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle précise que le préfet ne conteste pas avoir reçu une demande de délivrance de titre de séjour.

Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante tchadienne née le 23 février 1968 à Koumra (Tchad), était titulaire d'un titre pour raisons médicales valable jusqu'au 1er mars 2022, qui n'a pas été renouvelé. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme C demande la suspension de l'exécution de la décision implicite née du silence gardé sur sa demande de titre de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi ci-dessus mentionnée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. La requérante, qui produit une attestation d'embauche pour un contrat de remplacement à durée déterminée en tant qu'auxiliaire de vie auprès du centre communal d'action sociale de la ville de Caen, soutient que le refus implicite de séjour la maintient dans une situation de précarité. Il résulte de l'instruction que Mme C fait l'objet d'une procédure d'expulsion locative en raison du défaut de paiement des loyers. Compte tenu de ces éléments et du délai écoulé depuis la présentation de la demande, la requérante justifie d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et donc, de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

4. En vertu de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'autorité préfectorale sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet. Selon le premier alinéa de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 232-4 du même code dispose : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme C a adressé aux services de la préfecture du Calvados un pli recommandé avec avis de réception, qui a été reçu le 20 mars 2024. Il n'est pas contesté que ce pli contenait une demande de délivrance de titre de séjour. La requérante a sollicité, par l'intermédiaire de son conseil, la communication des motifs de la décision implicite de refus née du silence gardé par l'autorité préfectorale sur sa demande de titre de séjour. La requérante fait valoir, sans être contredite par le préfet qui n'a pas présenté de mémoire en défense, que cette demande de communication de motifs est restée sans réponse. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a rejeté la demande de titre de séjour de Mme C.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7 Compte tenu de ce qui vient d'être exposé, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme C, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Lerévérend renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lerévérend de la somme de 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Mme C.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a rejeté la demande de titre de séjour de Mme C, est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme C, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve que Me Lerévérend renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Lerévérend une somme de 500 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Mme C.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Lerévérend et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Caen.

Fait à Caen, le 15 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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