lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCE- Etrangers |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13, 16 et 18 octobre 2024, M. C E, représenté par Me Mileo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2024 par lequel le préfet du Calvados a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente de ce réexamen et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il appartient à la préfecture de justifier que la signataire disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation révélant l'absence d'examen personnalisé de sa situation ;
- la décision portant retrait de titre de séjour méconnaît les articles L. 432-6 et L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le droit d'être entendu ;
- le préfet a omis de lui notifier le droit d'être assisté et de présenter des observations écrites, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; la décision attaquée aurait dû être précédée d'une procédure contradictoire au cours de laquelle le requérant aurait dû être mis en mesure de présenter des observations écrites et orales sur son droit au séjour et la perspective de son éloignement, et de se faire assister ou représenter par son curateur ;
- le préfet aurait dû saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avant de retirer le titre de séjour ;
- il ressort de l'expertise psychiatrique ordonnée par le tribunal judiciaire de Rennes qu'il présentait au moment des faits un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement ou le contrôle de ses actes ;
- la décision portant retrait de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité du retrait de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet, qui n'a pas pris en compte les garanties de représentation qu'il présentait, a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'octroyer un délai de départ volontaire ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision prononçant l'interdiction de retour est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision d'interdiction du territoire français et sa durée doivent faire l'objet d'une décision motivée au regard des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision d'interdiction du territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15, 16, 17 et 21 octobre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 septembre 2024, la présidente du tribunal a désigné M. B pour juger du contentieux des mesures prévues par les articles L. 614-2 à L. 614-4 et L. 615-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence.
Les parties ont été averties le 16 octobre 2024 de la réouverture de l'instruction à la suite du dépôt tardif d'un mémoire en défense et du renvoi à une nouvelle audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Papinot, substituant Me Mileo, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant marocain né le 11 août 2002 à Agadir (Maroc), a déclaré être entré en France en 2017 de manière irrégulière. Il a obtenu en 2022 une carte de séjour pluriannuelle, valable jusqu'au 8 mars 2026. M. E a été condamné le 19 mars 2024 par le tribunal judiciaire de Rennes à trois ans de prison dont un an avec sursis probatoire. Par un arrêté du 4 octobre 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Calvados a retiré la carte de séjour pluriannuelle de M. E, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 11 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2024-269 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme A D, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, dans la limite des attributions du bureau du séjour, pour signer les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire français, les décisions refusant ou octroyant un délai de départ volontaire, les décisions désignant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté du 4 octobre 2024 mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile servant de base légale aux différentes décisions qu'il contient, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté énonce des éléments de fait propres à la situation du requérant, en indiquant que celui-ci a été condamné à deux reprises à des peines d'emprisonnement, qu'il a reconnu avoir été recruté pour vendre de la drogue et qu'il ne justifie pas avoir de liens personnels et familiaux en France. En outre, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fondé sa décision sur les dispositions de l'article L. 612-3, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est précisé que M. E a indiqué lors de son audition de pas vouloir se conformer à une mesure d'éloignement. La durée de l'interdiction de retour a été fixée à trois ans compte tenu de l'absence de famille en France et de la circonstance qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Ainsi, ces actes, qui n'avaient pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de
M. E, énoncent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Ils sont dès lors suffisamment motivés.
4. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le préfet, qui mentionne dans son arrêté les pathologies psychiatriques dont M. E a fait état lors de son audition, a procédé à un examen personnalisé de la situation du requérant.
En ce qui concerne les autres moyens invoqués contre le retrait de titre de séjour :
5. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
6. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier daté du 12 septembre 2024 et notifié le même jour à M. E, le préfet du Calvados a informé le requérant qu'il envisageait de retirer sa carte de séjour pluriannuelle et de lui notifier une obligation de quitter le territoire français. Par ce même courrier, M. E a été invité à présenter ses observations sur les mesures envisagées. Si le requérant se prévaut de son placement en régime de curatelle renforcée, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui a formulé le 13 septembre 2024 des observations manuscrites, claires et intelligibles, n'ait pas été en mesure de transmettre le courrier du préfet au curateur. Le jugement de curatelle renforcée versé à l'instance précise d'ailleurs qu'une représentation d'une manière continue serait disproportionnée pour M. E. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense et du principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit une obligation pour le préfet de consulter le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avant le retrait d'un titre de séjour qui n'avait pas été délivré pour des raisons médicales.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / () ". L'accord franco-marocain renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre.
9. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". L'article L. 432-6 du même code dispose : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut être retirée à l'étranger ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 222-34 à 222-40, 224-1-A à 224-1-C, 225-4-1 à 225-4-4, 225-4-7, 225-5 à 225-11, 225-12-1 et 225-12-2, 225-12-5 à 225-12-7, 225-13 à 225-15, au 7° de l'article 311-4 et aux articles 312-12-1 et 321-6-1 du code pénal. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné le 19 septembre 2023 par le tribunal judiciaire de Coutances à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Le requérant a fait l'objet le
19 mars 2024 d'une nouvelle condamnation par le tribunal judiciaire de Rennes à trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pour des faits de tentative de meurtre en bande organisée, de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime et détention de stupéfiants. Compte tenu de la nature et de la gravité des faits à l'origine de cette dernière condamnation et de la réitération des violences commises à l'égard des personnes, et même si un examen psychiatrique réalisé le 28 décembre 2023 indique que M. E présentait au moment des faits un trouble psychique ayant altéré son discernement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 432-4 et L. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en retirant le titre de séjour de
M. E.
En ce qui concerne les autres moyens invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision de retrait de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer le pays de renvoi.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. Le requérant se prévaut des liens qu'il a conservés avec sa famille d'accueil et de la présence d'une tante en France. Toutefois, M. E, qui est célibataire sans charge de famille, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents. Il ne justifie pas d'un projet professionnel précis ni même d'une volonté d'insertion. Dès lors, compte tenu des condamnations pénales dont il a fait l'objet, et même si un examen psychiatrique réalisé le 28 décembre 2023 indique que M. E présentait au moment des faits un trouble psychique ayant altéré son discernement, le préfet du Calvados n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens invoqués contre le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire.
16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () ".
17. L'arrêté attaqué, qui vise le 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. E a déclaré lors de son audition le
27 juin 2024 ne pas vouloir se conformer à une mesure d'éloignement, ce que confirme le procès-verbal d'audition versé au dossier. Si le requérant se prévaut de la directive " retour " du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, il n'explique pas en quoi cette directive aurait été mal transposée. Dès lors, même si le requérant dispose de garanties de représentation suffisantes, et compte tenu ce qui a été exposé dans le cadre de l'examen de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens invoqués contre la décision fixant le pays de destination :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
19. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
20. Il est précisé dans l'arrêté en litige que si M. E a déclaré souffrir de schizophrénie et de paranoïa, il pourra bénéficier d'un traitement identique ou équivalent dans son pays d'origine où sont commercialisés des antipsychotiques de première et seconde génération. Il ressort des pièces du dossier que le requérant était suivi de façon régulière en consultation au service médico psychologique régional de Caen Ifs depuis juin 2023. Selon un examen psychiatrique réalisé le 28 décembre 2023, M. E présentait au moment des faits un trouble psychique ayant altéré son discernement et nécessitant la prise de traitements antipsychotiques. Il ressort d'un certificat médical établi le 10 octobre 2024 par un médecin psychiatre que le requérant prend " un traitement psychiatrique important sans lequel il risque de décompenser sur le plan psychiatrique ". Le préfet verse à l'instance une liste de médicaments de la classe thérapeutique neurologie-psychiatrie commercialisés au Maroc, sur laquelle figure notamment le Zopiclone mentionné par le requérant lors d'une audition le 27 juin 2024. Toutefois, le requérant produit une ordonnance d'un médecin psychiatre de l'établissement public de santé mentale de Caen du 11 octobre 2024, selon laquelle M. E suit un traitement composé de Xeplion, de Loxapac, de Lepticur, d'Imovane (Zopiclone) et d'Abilify. Or, le Loxapac et le Lepticur ne figurent pas sur la liste des médicaments commercialisés au Maroc. Il ne ressort pas du dossier et il n'est pas allégué par le préfet que d'autres médicaments mentionnés sur cette liste pourraient être substitués à ceux qui ont été prescrits à M. E. Dans ces conditions, compte tenu du risque d'aggravation des troubles psychiques dont souffre M. E en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet, qui n'a pas estimé utile de consulter pour avis le collège de médecins de l'OFII, a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
21. Il résulte de ce qui précède que la décision du préfet du Calvados du 4 octobre 2024 fixant le pays de destination est entachée d'illégalité en tant qu'elle prévoit la possibilité de renvoyer le requérant vers le pays dont il possède la nationalité.
En ce qui concerne les autres moyens invoqués contre l'interdiction de retour sur le territoire français :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français.
23. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
24. Le préfet du Calvados, pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, s'est fondé sur le fait que M. E, célibataire sans enfant, a déclaré ne pas avoir de famille en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, le préfet du Calvados, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant au principe ou à la durée de cette mesure.
25. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est seulement fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination en tant qu'elle prévoit la possibilité de renvoyer M. E vers le pays dont il possède la nationalité.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
26. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
27. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 1 000 euros à M. E en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 4 octobre 2024 du préfet du Calvados est annulé seulement en tant qu'il prévoit la possibilité de renvoyer le requérant vers le pays dont il possède la nationalité.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. BLa greffière,
signé
A. D'OLIF
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026