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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402759

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402759

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402759
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantPAPINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 octobre 2024 et 23 octobre 2024, Mme A B C, représentée par Me Papinot, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant refus des conditions matérielles d'accueil ;

3°) A titre principal d'enjoindre à l'OFII de lui attribuer les conditions matérielles d'accueil comprenant l'allocation pour demandeur d'asile et un hébergement jusqu'à ce qu'il ait été statué définitivement sur sa demande de réexamen dans un délai de 3 jours à compter de la date de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 € par jour de retard ;

3°) Subsidiairement d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation dans un délai de 5 jours à compter de la date de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 € par jour de retard

4°) A titre plus subsidiaire de surseoir à statuer et de saisir la Cour de justice de l'Union européenne de la question préjudicielle relative à la conformité de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec l'article 20 de la directive " accueil " 2013/33/UE ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- l'OFII n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;

- la requérante n'a pas été informée de ce que les conditions matérielles d'accueil pouvaient lui être refusées et qu'elle pouvait présenter ses observations notamment sur ses conditions d'entrée en France, sa prise en charge médicale et son impossibilité matérielle d'effectuer des démarches administratives dans une langue comprise par elle, en méconnaissance des articles L. 551-10 et R. 551-23 et D. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision implicite est contraire à l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les moyens spécifiques à la décision expresse du 10 septembre 2024 :

-l'entretien de vulnérabilité n'a pas été réalisé avec l'assistance d'un interprète ;

- elle n'a pas été informée de la possibilité de bénéficier d'un examen médical en méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décisionest prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- l'OFII ne justifie pas que sa vulnérabilité a été prise en compte à l'issue d'une évaluation menée par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin en violation de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- une décision expresse de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil est intervenue le 10 septembre 2024 et a été notifiée à la requérante par remise en mains propres le même jour ;

- les moyens soulevés par Mme B C ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision attaquée ;

- la demande d'aide juridictionnelle du 22 octobre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par décision du 2 septembre 2024, la présidente du tribunal a désigné M. Rivière pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lounis, greffier d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Rivière, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application des dispositions combinées des articles R. 922-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité de la requête en raison de sa tardiveté ;

- les observations de Me Lerévérend substituant Me Papinot, représentant Mme B C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et soutient en outre, en réponse au moyen d'ordre public, que les délais et voies de recours ne sont pas opposables dès lors qu'ils n'ont pas été notifiés dans une langue comprise par la requérante et que la requête est recevable.

La directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction est intervenue après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante colombienne née le 28 mai 1967, est entrée en France en octobre 2023 où sa demande de protection internationale a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 juin 2024. Le 10 septembre 2024, Mme B C a déposé une demande de réexamen. Le préfet du Calvados lui a délivré une attestation de réexamen de sa demande d'asile selon la procédure accélérée, le jour même. Concomitamment, Mme B C a sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Si l'intéressée demande l'annulation d'une décision implicite de refus, une décision expresse de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile le 10 septembre 2024 notifiée le même jour.

Sur l'étendue du litige :

2. Si la requérante présente des conclusions à fin d'annulation d'une décision implicite de refus, alors qu'au demeurant le délai écoulé entre la demande et le recours contentieux est insuffisant pour faire naître une décision implicite, il est constant qu'une décision expresse de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 10 septembre 2024 lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 551-15 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :

3. Aux termes de l'article L. 555-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qui y mettent fin, totalement ou partiellement, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ". Et selon l'article L. 921-1 de ce même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. (). "

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 10 septembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été notifiée à Mme B C par voie administrative le jour même. Cette notification comportait l'indication des voies et délais de recours. A cet égard, et contrairement à ce qu'affirme la requérante, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit une obligation de notification des décisions de refus des conditions matérielles d'accueil prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 551-15 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans une langue comprise par l'intéressée. La requête de Mme B C, enregistrée au greffe du tribunal le 14 octobre 2024, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de sept jours, est tardive. Par suite, elle est entachée d'une irrecevabilité manifeste insusceptible d'être couverte en cours d'instance et doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

5. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection./ L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué".

6. Dès lors que l'action est manifestement irrecevable, il n'y a pas lieu d'admettre Mme B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B C n'est pas admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C, à Me Papinot et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. RIVIÈRE

Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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