vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402761 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BALAVOINE ET DAVID AVOCATS - BMP & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 octobre 2024 à 19 h 11 et le 17 octobre 2024, M. A C et Mme E C, représentés par Me Launay, demandent au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté du préfet du Calvados du 1er octobre 2024 octroyant le concours de la force publique pour leur expulsion, jusqu'à ce que le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Lisieux ait statué sur leur demande de délai et jusqu'au terme de la période de sursis à toute mesure d'expulsion ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur l'urgence :
- par des jugements d'adjudication du juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Lisieux du 22 février 2024 et un jugement rectificatif du 19 mars 2024, les droits et biens immobiliers de Monsieur C, situés sur la commune d'Annebault, ont été adjugés à la société Lloyds Bank PLC ; M. C a interjeté appel de ces jugements et la procédure d'appel est en cours d'instruction à la cour d'appel de Caen ;
- par un acte signifié le 12 août 2024, Monsieur C a assigné la société Lloyds Bank PLC devant le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Lisieux, à une audience fixée le 21 novembre 2024, afin de se voir accorder un délai d'un an renouvelable pour libérer les lieux, en raison notamment de l'âge et de l'état de santé de son épouse ;
- sans attendre l'audience à venir du juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Lisieux, la société Lloyds Bank PLC a sollicité le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion locative avant le 1er novembre 2024 ;
- compte tenu de la décision préfectorale accordant au commissaire de justice le concours de la force publique, il est manifeste que l'expulsion du logement qu'ils occupent est imminente.
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
- l'arrêté préfectoral en litige porte atteinte à la possibilité d'assurer de manière effective leur défense devant le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Lisieux afin de solliciter le bénéfice des délais prévus par les articles L. 412-3 et L. 412-4 du code des procédures civiles d'exécution, suite au commandement de quitter les lieux qui leur a été notifié ; le juge de l'exécution ne peut accorder le bénéfice de ces délais si l'expulsion de la personne est déjà intervenue ;
- l'état de santé de Mme C est manifestement incompatible avec le stress généré par une expulsion avec concours de la force publique, un déménagement épuisant et précipité, alors qu'ils ne disposent pas d'une solution de relogement ;
- le concours de la force publique en vue de l'expulsion du logement qu'ils occupent intervient juste avant le début de la " trêve hivernale " prévue par les dispositions de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution ;
- le concours de la force publique accordée par le préfet du Calvados les expose à des traitements inhumains ou dégradants portant atteinte à la dignité humaine, ainsi qu'à une atteinte excessive à leur droit à mener une vie familiale dans des conditions normales.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 octobre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les requérants ont été informés depuis suffisamment longtemps de la nécessité de quitter leur logement ;
- conformément à l'article L. 111-10 du code des procédures civiles d'exécution, un jugement frappé d'appel qui bénéficie de l'exécution provisoire peut faire l'objet d'une exécution forcée par commissaire de justice ; le juge n'a pas écarté le caractère exécutoire de sa décision en l'espèce ;
- les requérants, qui n'ont pas saisi le premier président de la cour d'appel d'une demande de suspension d'exécution provisoire, n'ont pas entrepris de démarches depuis les décisions du juge de l'exécution du 22 février 2024 ;
- dès lors, l'urgence n'est pas établie ;
- il n'est pas démontré que l'état de santé de Mme C constituerait une circonstance postérieure à la décision judiciaire d'expulsion justifiant un réexamen par l'autorité administrative de l'appréciation portée par l'autorité judiciaire ;
- la procédure engagée s'inscrit dans un strict respect des dispositions du code des procédures civiles d'exécution ;
- les trois premiers documents médicaux produits sont antérieurs à la décision du tribunal judiciaire ; le compte rendu d'hospitalisation fait état d'absence d'anomalie clinique ; le certificat médical établi par un médecin généraliste ne permet pas de se prononcer sur la gravité de l'état de santé de Mme C.
Par des mémoires en intervention, enregistrés le 17 octobre 2024, la société Lloyds Bank PLC, représentée par Me Couturier, demande au tribunal de rejeter la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 octobre 2024 à 15 heures en présence de M. Dubost, greffier d'audience, M. D a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Launay, pour M. et Mme C, qui reprend les termes de leur requête. Il précise que les éléments médicaux montrent que l'état de santé de Mme C s'est aggravé au cours des derniers mois ;
- de Mme B, élève avocate sous la supervision de Me Balavoine, substituant le cabinet JDC et représentant la société Lloyds Bank PLC. Elle précise que M. C continue de louer un bien qui a fait l'objet d'une saisie immobilière.
Le préfet du Calvados, dûment convoqué, n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'intervention de la société Lloyds Bank PLC :
1. La société Lloyds Bank PLC justifie d'un intérêt suffisant au maintien de l'arrêté attaqué. Son intervention est, par suite, recevable.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cette disposition soient remplies, qu'une mesure visant à la sauvegarde d'une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement la gravité des troubles invoqués par le requérant pour caractériser la situation d'urgence, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et compte tenu des justifications apportées par le requérant et par l'administration.
4. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. () ". Il résulte de ces dispositions que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 111-10 du code des procédures civiles d'exécution : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 311-4, l'exécution forcée peut être poursuivie jusqu'à son terme en vertu d'un titre exécutoire à titre provisoire. L'exécution est poursuivie aux risques du créancier. () ".
5. Les requérants exposent qu'ils ont assigné la société Lloyds Bank PLC devant le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Lisieux, à une audience fixée le 21 novembre 2024, afin de se voir accorder un délai supplémentaire pour libérer les lieux, en raison notamment de l'âge et de l'état de santé de Mme C. Or, les requérants, qui se bornent à faire valoir que M. C a interjeté appel de ces jugements, ne justifient pas que ces jugements sont dépourvus de caractère exécutoire. A cet égard, le préfet fait valoir, sans que cela soit contesté, que M. C n'a pas sollicité la suspension de l'exécution provisoire des décisions du juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Lisieux du 22 février 2024. Si les requérants soutiennent que l'arrêté préfectoral en litige porte atteinte à la possibilité d'assurer de manière effective leur défense devant le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Lisieux et de bénéficier de la période dite de " trêve hivernale ", le concours de la force publique a été octroyé afin d'assurer l'exécution de jugements d'adjudication qui ordonnent aux détenteurs de délaisser les immeubles adjugés sous peine d'expulsion. En outre, et dès lors que la famille n'est pas séparée, l'octroi du concours de la force publique pour permettre l'expulsion ne saurait traduire à lui seul une atteinte à la vie privée et familiale des requérants. M. et Mme C, qui ont d'ailleurs continué à louer le bien en dépit de ces adjudications et d'un commandement de quitter les lieux du 12 juillet 2024, ne produisent aucune pièce probante relative à leur situation financière, qui établirait un état de précarité faisant obstacle à un hébergement temporaire. Au demeurant, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que le préfet serait tenu de s'assurer du relogement effectif des occupants avant d'accorder le concours de la force publique à leur expulsion. Enfin, les documents médicaux postérieurs au commandement de payer versés au dossier, à savoir une lettre de liaison du SMUR du 18 septembre 2024 mentionnant l'absence d'anomalie clinique franche et un certificat médical du 11 octobre 2024 peu circonstancié, ne permettent pas d'établir que l'exécution de la décision d'expulsion serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine. Dans ces conditions, les circonstances invoquées par les requérants ne permettent pas de caractériser une situation d'urgence de nature à justifier l'intervention du juge des référés dans les très brefs délais prévus par l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que les conclusions aux fins de suspension de M. et Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Lloyds Bank PLC au titre des frais de même nature.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de la société Lloyd's Bank PLC est admise.
Article 2 : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par la société Lloyd's Bank PLC sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et Mme E C, au ministre de l'intérieur et à la société Lloyds Bank PLC.
Copie en sera transmise au préfet du Calvados.
Fait à Caen, le 18 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
F. D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
D. Dubost
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026