jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402777 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Autres délais-Etrangers-2 |
| Avocat requérant | BERNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 26 octobre 2024, M. D C, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 11 octobre 2024 par lesquelles le préfet du Manche lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant le délai d'un an, et l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Cherbourg-en-Cotentin pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Manche de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai et, en tout état de cause, de lui délivrer, sous huitaine, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Manche d'effacer son nom du fichier des personnes recherchées et du Système d'information Schengen ;
5°) de condamner le préfet de la Manche à verser à Me Bernard la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve que Maître Marion Bernard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle ;
6°) de dire, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, que cette somme sera versée à ce dernier, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence et méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée de défaut de motivation, d'un défaut d'examen complet de sa situation, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et est entachée d'un défaut de motivation, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français méconnaissent le droit d'être entendu ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 28 octobre 2024 :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Bernard, représentant M. C.
Le préfet de la Manche n'était ni présent ni représenté.
L'instruction a été close au terme de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant tunisien né le 5 août 2000, a déclaré être entré régulièrement sur le territoire français en 2022 sous couvert d'un visa touristique délivré par l'Espagne le 31 août 2022 pour une durée de 302 jours. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis la fin de l'expiration de son visa et il n'a jamais sollicité de titre de séjour. Il a été interpellé le 10 octobre 2024 par la police aux frontières et placé en retenue administrative pour une vérification de son droit au séjour. Le 11 octobre 2024, le préfet de la Manche a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 212-3 du même code : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision ".
5. L'arrêté attaqué a été signé électroniquement, pour le préfet de la Manche, par Mme Perrine Serre, secrétaire générale de la préfecture de la Manche. Par arrêté n° 2023-87 VN du 1er septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs n° 1, Mme A a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet de la Manche les mesures d'éloignement, les décisions fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour sur le territoire français. Les signatures électroniques de ces actes administratifs, autorisées par les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, font foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment les articles L. 611-1 et suivants de ce code, et précise notamment que M. C s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. La décision précise également qu'il est célibataire et sans charge de famille, qu'il ne démontre aucun lien stable et intense avec la France et qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 22 ans, dans lequel résident ses parents, ses frères et ses sœurs. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision en litige et du défaut d'examen complet de sa situation doit être écarté.
7. En troisième lieu, si le requérant soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une audition au cours de laquelle il a été assisté d'une interprète en langue arabe qu'il a déclaré comprendre et que la possibilité lui a été laissée de porter à la connaissance des autorités toute observation relative à sa situation.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, au soutien de ses allégations, il ne peut se prévaloir que d'une expérience professionnelle de dix mois, qu'il ne dispose d'aucune attache familiale proche en France, qu'il est célibataire sans charge de famille, que ses parents, ses quatre frères et ses trois sœurs vivent dans son pays d'origine et qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France sans chercher à régulariser sa situation. Enfin, il ne démontre ni l'objet ni la teneur des conséquences qu'il présente comme étant d'une exceptionnelle gravité.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Il ressort des pièces du dossier d'une part que la décision vise expressément les alinéas 2 et 8 de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs au maintien irrégulier sur le territoire français au-delà de la durée de validité du visa et l'absence de garanties de représentation suffisantes, et d'autre part que le requérant ne justifie pas d'une stabilité professionnelle. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée de défaut de motivation et qu'en la prenant, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
11. En dernier lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, fixant le pays de renvoi et portant assignation à résidence.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Bernard et au préfet de la Manche.
Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
M. B Le greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026