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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402800

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402800

mercredi 5 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMITATA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, Mme E A C, représentée par Me Mitata, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet du Calvados a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de saisir, sans délai, les services ayant procédé au signalement de la requérante aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, en vue de la mise à jour du fichier, tenant compte de l'annulation sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Mitata, une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mitata renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant du moyen commun à toutes les décisions de l'arrêté attaqué :

- elles sont entachées d'incompétence.

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur le 2° de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en méconnaissance de la présomption d'innocence alors qu'aucune condamnation pénale n'a été prononcée s'agissant des faux et usages de faux qui lui sont imputés.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise sur le fondement de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour qui est illégale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale l'obligeant à quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale l'obligeant à quitter le territoire français.

S'agissant du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour :

- en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, de sorte qu'il doit être fait injonction au préfet du calvados de saisir sans délai les services ayant procédé à ce signalement en vue de la mise à jour du fichier tenant compte de cette annulation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code pénal,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais,

- et les observations de Me Mitata, avocat de Mme A C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante gabonaise, a demandé le 12 janvier 2023 le renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 août 2024, notifié le 11 septembre 2024, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. Mme A C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun à toutes les décisions de l'arrêté attaqué :

2. Par un arrêté du 4 octobre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Calvados n° 14-2023-243, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme B D, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / () / 2° ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ". Aux termes de l'article 441-1 du code pénal : " Constitue un faux toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques. / Le faux et l'usage de faux sont punis de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ". Aux termes de l'article 441-2 du même code : " Le faux commis dans un document délivré par une administration publique aux fins de constater un droit, une identité ou une qualité ou d'accorder une autorisation est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. / L'usage du faux mentionné à l'alinéa précédent est puni des mêmes peines. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas utilement contesté que Mme A C a produit à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour une attestation de scolarité falsifiée mentionnant son inscription à l'AE2SE Business School de Caen en 2022 ainsi qu'un récépissé falsifié. Par suite, alors même qu'elle justifie avoir ultérieurement été convoquée par cette école pour passer des examens de rattrapage en décembre 2022, le préfet du Calvados, qui n'a pas méconnu le principe de la présomption d'innocence, n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que Mme A C avait établi de fausses déclarations sur sa situation universitaire et avait fourni un faux document afin de pouvoir bénéficier frauduleusement d'un droit au séjour au France.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, pour les motifs exposés aux points 2 et 4, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français reposerait sur un refus de renouvellement de séjour illégal doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme A C fait valoir qu'elle a retrouvé une nouvelle formation au sein de l'INSEEC Paris en master 2 pour l'année scolaire 2024 /2025 et qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant français depuis le 20 mars 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A C est célibataire et sans enfant, qu'elle est arrivée en France récemment, en 2019, afin d'y suivre des études et que sa vie commune avec un ressortissant français est très récente. Dans ces conditions, Mme A C ne justifie dès lors pas de relations en France d'une intensité et d'une stabilité telles que le préfet du Calvados aurait porté au droit de Mme A C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

8. Pour les motifs exposés aux points 2, 5 et 7, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant fixation du pays d'éloignement reposerait sur une obligation de quitter le territoire français illégale doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Pour les motifs exposés aux points 2, 5 et 7, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français reposerait sur une obligation de quitter le territoire français illégale doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C, à Me Mitata et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

Mme Pillais, première conseillère,

M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

La présidente,

Signé

H. ROULAND-BOYERLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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